LVI INTRODUCTION
Fritz Muller a formulé la loi en disant : « L'histoire de l'évolution embryonnaire d'un individu d'une espèce est une répétition courte et abrégée, une sorte de récapitulation de l'histoire de l'évolution de celte espèce. » L'histoire de l'évolution embryonnaire de Têtre individuel, Hœckel lui donne le nom d'ontongénie {ov\ ovtoç, être; yévog^ formation, développement); l'histoire de l'évolution de l'espèce, Haîckel lui donne le nom de phylogénie (çyXr), tribu; 7£vog, développement), et toute la doctrine de l'évolution ou de l'haeckélisme, comme on l'appelle aussi, est contenue dans cette courte formule de Haeckel : « Lontogénie est une courte récapitulation de la phylogénie. j>
Nous ne saurions entrer ici dans tous les développements que comporte cette formule. Mais si nous ne pouvons pour le moment entrer dans le détail des faits, surtout de ceux qui seront ultérieurement l'objet de notre élude, qu'il nous soit permis de donner encore quelques exemples qui, moins généraux que celui dont nous nous sommes servi pour esquisser une première idée de la doctrine; nous la ferons mieux comprendre en lui donnant pour ainsi dire un corps saisissable.
Prenons par exemple un vertébré qui, dans son histoire embryologique, est une des sources les plus fécondes d'enseignements philosophiques, de même qu'il a été aux mains des expérimentateurs la principale source de nos notions en physiologie, la grenouille commune : La femelle pond un œuf, qui, fécondé, se transforme en un être bien différent de sa mère; cet être, vulgairement
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connu sous le nom de têtard (ou larve de grenouille) , n'est pas un amphibie, mais un animal purement aquatique, pourvu d'une longue nageoire caudale, respirant par des branchies Pair dissous dans l'eau, et mourant asphyxié, comme un poisson, lorsqu'on le laisse à l'air libre, hors de son élément liquide : ce têtard est un poisson, non seulement par ses formes extérieures, par son appareil respiratoire, mais encore par les autres organes internes, par exemple par son appareil rénal : car le rein primitif (ou rein précurseur) du têtard est un rein cervical comme celui des poissons osseux les plus inférieurs. Mais ce poisson n'est qu'un état transitoire de la grenouille ; bientôt on lui voit apparaître des appendices latéraux sous forme de bourgeons qui se développent en membres, en même temps que les branchies s'atrophient avec oblitération de leurs vaisseaux, et que de la paroi inférieure du pharynx partent deux bourgeons creux donnant naissance à quelque chose de semblable d'abord à la vessie natatoire des poissons, mais fonctionnant bientôt comme poumons aériens.
Or ce n'est pas seulement la grenouille qui est un poisson à l'un de ses stades de développement ; un stade analogue se présente chez tous les vertébrés, lors même que l'œuf qui leur donne naissance se développe dans rintérieur de l'organe maternel , comme chez les animaux à gestation, chez les mammifères : en effet, dans les premiers temps de la vie intra-utérine, l'embryon humain, comme celui du lapin, du chien, comme du reste celui des reptiles et des oiseaux, présente sur les
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côtés du COU des fentes, dites branchiales y semblables rux fentes sur les lèvres desquelles se développent les branchies des poissons ; seulement ici les ramifications branchiales, n'ayant pas de raison d'être en ce point, ne se développent pas, Pembryon ayant formé un autre organe, le placenta, par lequel il respire dans le sang de la mère, absolument comme le poisson respire dans Feau. Et ce que nous venons de voir pour l'appareil respiratoire se vérifie de même pour chaque organe : le cœur à quatre loges du mammifère commence par un simple tube qui se contourne et reproduit successivement dans ses stades de formation le cœur d'un poisson, le cœur d'un batracien, le cœur et l'aorte d'un oiseau; l'appareil rénal passe par trois phases distinctes, dont les deux premières reproduisent successivement les types permanents chez les poissons, puis chez les batraciens.
Si maintenant nous récapitulons la marche des études d'embryologie depuis que WolfT renversa la théorie de la préexistence des germes, nous ne pourrons nous défendre d'une juste admiration pour les progrès accomplis et la haute portée philosophique des faits acquis. Il n'y a pas encore un siècle que tous les naturalistes admettaient la préexistence de l'être tout formé dans l'œuf, y existant avec tous ses organes. Comment, avec une pareille doctrine, les faits môme les plus évidents de parenté probable entre diverses espèces pouvaient-ils arrêter l'attention des savants? Comment penser à une évolution de l'espèce, puisque chaque individu d'une espèce était censé créé depuis l'origine du monde avec