‹ Le darwinisme; leçons professées à l'Ecole d'anthropologieChapitre 26 sur 87 · TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TROISIÈME LEÇON

Dans tout l'enivrement d'un orgneil sans mesure. Ébloui des lueurs de ton esprit bomtf, Homme, tu m'as crie : Hepose-toi, Nature, Ton osuvre est close, je suis ne!

M">« L. AcKBRMANN (Poésitt pkilotophique^.

Des rapports naturels exprimés par la classification : doctrine d*Agassiz et des théologistes. — La paléontologie et les types ancestraux. — L'embryologie et révolution individuelle (ontogénie). — Les types prophétiques d'Agassiz. — Les vertébrés et les invertébrés. — L*origine de la vie.

Aquoi correspondent donc ces rapports naturels, cette réalité des groupements de la classification? Ici, comme précédemment à propos de l'origine et de la nature des espèces, nous nous trouvons en face de deux réponses opposées, celle des téléologistes, ou partisans de la fixité des espèces créées <^hacune pour sa fm, et celle des transformistes, ou partisans de la variation, de l'évolution des espèces.

Pour les téléologistes, et ici nous tenons à reproduire les paroles même d'Agassiz, le plus autorisé et le plus éminent représentant de cette doctrine, c ces coupes naturelles de la classification ont été instituées par l'intelligence divine <;omme les catégories de sa pensée, et nous ne sommes, dans nos essais d'explication (de classification) de la nature, que

4i PREMIÈRE PARTIE.

les interprètes inconscients d'une conception divine. Quand, orgueilleux philosophes, nous croyons inventer des systèmes scientifiques, et classer la création par la seule force de notre raison, nous ne faisons que suivre humblement, que reproduire, à l'aide d'expressions imparfaites, le plan dont les fondementsfurent jetés à l'origine des choses... Ces systèmes, désignés par nous sous les noms des grands maîtres de la science qui les premiers les proposèrent, ne sont que la traduction dans la langue de l'homme des pensées du Créateur... S'il y a quelque vérité dans la croyance que l'homme a été fait à l'image de Dieu, rien n'est plus opportun pour le philosophe que de s'efforcer, par l'élude des opérations de son propre esprit, à se rapprocher des œuvres de la raison divine. Qu'il apprenne, en pénétrant la nature de sa propre intelligence, à mieux comprendre l'intelligence infinie dont la sienne n'est qu'une émanation ! Une semblable recommandation peut, à première vue, paraître irrespectueuse. Mais lequel est véritablement humble? Celui qui, après avoir pénétré les secrets de la création, les classe suivant une formule qu'il appelle orgueilleusement son système scientifique, ou celui qui, arrivé au même but, proclame sa glorieuse allinité avec le Créateur, et, plein d'une reconnaissance ineffable pour un don aussi sublime, s'efforce d'être l'interprète complet de l'intelligence divine, avec laquelle il lui est permis, bien plus, il lui est, de par les droits de son être, ordonné d'entrer en communion » (Agassiz, Op. cil,, p. 8 et 9).

Il semble que, de sang-froid, cette question d'oi^eil plus ou moins grand du classificateur, pourrait être résolue d'une manière toute différente, même en la posant telle que la pose Agassiz, et, quant à cette tendance à faire coucourir les conceptions purement scientifiques avec les articles de foi« quant à cette présomption qui proclame TafOnité de l'intelligence humaine et de l'intelligence du Créateur, rappelons-

LtS PARENTÉS DES ÊTHES. 45

nous simplement à ce propos ce passage où Henri Heine, dans un de ses poèmes, nous montre le vieil ours Atta-Troli donnant, dans une caverne des Pyrénées, des leçons de métaphysique à ses jeunes oursons : c Là-haut, dit-il, sous une tente parsemée d'étoiles, sur un trône d'or, siège le grand ours qui dirige l'univers. »

Mais laissons de côlé ces formes poétiques du langage d'Â* gassiz, ces tendances mystiques de sa pensée, et, même dans le passage suivant, ne voyons que ce qui a trait à la manière dont il conçoit ce qu'a de réel la classification ; ce passage sufQra pour, s'il en était encore besoin, montrer combien Âgassiz est opposé à toute idée de transformation, d'évolution directe des organismes sous l'influence des causes extérieures : c S'il est une fois prouvé, dit-il, que l'homme n'a pas inventé mais seulement reproduit cet arrangement systématique de la nature; que ces rapports, ces proportions existant dans toutes les parties du monde organique ont leur lien intellectuel et idéal dans l'esprit du Créateur ; que ce plan de création, devant lequel s'abime notre sagesse la plus haute, n'est pas issu de l'action nécessaire des lois physiques, mais a au contraire été librement conçu par l'intelligence toute puissante, et suivi dans sa pensée avant d'être manifesté sous des formes extérieures tangibles; si, enfln, il est démontré que la préméditation a précédé l'acte de la création, nous en aurons fini, une fois pour toutes, avec les théories désolantes qui nous renvoient aux lois de la matière pour avoir l'explication de toutes les merveilles de l'univers, et, bannissant Dieu, nous laissent en présence de l'action monotone, invariable, de forces physiques assujettissant toutes choses à une inévitable destinée » {Id. td., p. 10).

Cette réalité naturelle de la classification, le transformisme au contraire la trouve dans une dérivation des espèces actuelles, lesquelles proviennent d'espèces antérieures

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modifiées par des conditions diverses, précisément par cette action des causes physiques que Agassiz traite avec tant de mépris de monotones et invariables. Pour eux la ciassiGcation sera devenue aussi parfaite que possible, c'est-à-dire aussi conforme à la réalité, aussi naturelle en un mot, lorsqu'on sera parvenu à établir un arbre généalogique complet. Arrivera-t-on jamais à cette perfection? Nous ne saurions répondre à cette question, mais Tessentiel est d'y viser, et à cet effet les naturalistes, outre l'élude de l'organisation des animaux actuellement vivants, ont deux sources de renseignements sur lesquelles nous devons dire encore quelques mots préliminaires, car les ordres d'études en question représentent précisément les deux principales preuves du transformisme. Nous voulons parler de la paléontologie et de l'embryologie.

Quant à la paléontologie ^ il est évident que si les types de genre, de famille, de classe, ont eu une réalité objective puis se sont éteints (ci-dessus p. 28), c'est dans les restes fossiles que nous pouvons espérer d'en trouver la trace, et que si l'hypothèse transformiste est vraie, plus nous examinerons des dépôts anciens, plus nous trouverons des types différents des espèces actuelles, des types représentant la souche de ces espèces, des types anceslraux. C'est là une question que nous aurons plus tard à développer longuement. Qu'il nous suffise de dire pour le moment que, de l'aveu de tous les naturalistes, de l'aveu même d'Agassiz, les représentants les plus élevés du règne animal manquent absolument dans les plus anciens dépôts qui fassent partie de l'écorce terrestre, et qu'il existe une gradation naturelle, des animaux les plus anciens aux animaux les plus élevés de l'époque actuelle (Agassiz, 0;?. a7., p. 167).Ceci est encore trop vague, quoique nous ne voulions pas entrer dès main*

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