‹ Le darwinisme; leçons professées à l'Ecole d'anthropologieChapitre 4 sur 87 · INTRODUCTION. VU · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. VU

la semenoe femell6y par quelque chose d'analogue à ce que nous appelons aujourd'hui un précipité chimique résultant du contact de deux solutions différentes ? Or il se trouva que présisément à l'époque où prenait nais^sance la doctrine de la préexistence des germes, les anatomistes cherchaient à ramener la reproduction de^s vivipares au même type que celle des ovipares; on cherchait l'œuf des vivipares : l'immortel Harvey, connu surtout par la découverte de la circulation, entreprenait, dans les parcs de Charles I", de longues recherches sur les chèvres et les daims; il entrevoyait l'œuf du mammifère avec ses membranes, et sans être parvenu à expliquer l'origine de cet œuf, il proclamait hardiment le principe : omne vivum ex ovo. De son côté - Sténon, le célèbre anatomiste qui a donné son nom à •diverses parties du corps humain, disséquait avec soin ces poissons vivipares dits chiens de mer (squales), et trouvait chez la femelle un oviducle et des œufs comme «chez les oiseaux ; il n'hésitait pas à penser que, chez la femelle des mammifères, les prétendus testicules {testes muliebres) n'étaient que des ovaires produisant des <Bufs comme chez les oiseaux. Cette démonstration pour les mammifères était réservée à Régnier de Graaf, qui découvrit sur l'ovaire les vésicules qui portent son nom •(vésicules de Graaf) ; il considéra ces vésicules comme des œufs; nous savons aujourd'hui que ces vésicules sont seulement l'enveloppe dans laquelle est renfermé l'œuf. Mais il n'en est pas moins vrai que de la découverte de Graaf date notre connaissance réeUe sur l'iden-

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tité du mode de reproduction chez les ovipares et les vivipares : l'œuf du mammifère, deviné par Harvey, était presque montré par de Graaf sur Tovaire et retrouvé par lui dans Toviducte. La doctrine de la préexistence des germes ne rencontrait plus, dès lors, aucun obstacle pour s'appliquer aux vivipares; elle devenait générale : ce fut l'époque de son triomphe le plus complet.

Chose singulière, des observations directes, entreprises par un anatomiste dont les découvertes innombrables sont comme les bases les plus solides de l'anatomie microscopique, des observations directes entreprises par Malpighi virent confirmer cette doctrine et lui donner l*appui des faits. Un tel nom, associé aune telle doctrine, mérite qu'on s'y arrête. Malpighi, qui a laissé un admirable traité De formatione pulli in ovo incubato, poursuivit avec une grande exactitude la description de l'apparition du petit poulet dans la cicatriculede l'œuf incubé. Ce que présentent de plus remarquable les observations de ce genre, c'est la rapidité avec laquelle se fait l'apparition des divers organes. Il faut vingt et un jours d'incubation pour que le petit poulet soit achevé, soit capable de bêcher sa coquille, selon l'expression consacrée, et d'aller affronter la vie extérieure; mais dès le début de l'incubation il apparaît déjà : sur un œuf ouvert le second jour ou même parfois à la fin du premier, on voit déjà un point agité de mouve* ments rhythmiques ; c'est le piinctum salions d'Aristote, c'est le cœur exécutant déjà ses contractions. Malpighi voulut remonter'plus haut : il examina des œufs non cou-

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vés ; il crut y reconnaître, il y reconnut bien réellement, comme ses dessins en font foi, les premiers délinéaments d'un embryon .

Un anatomiste, un observateur consciencieux, ne pouvait guère, semble-t-il, en demander davantage; il n'avait plus qu'à se rendre à la doctrine de la préexistence des germes, à la préformation de l'embryon dans l'œuf; c'est ce que fit Malpighi. Et cependant, si l'observation était exacte, la conclusion était erronée; elle était basée sur un cas, dont, selon l'expression de notre illustre maître Claude Bernard, le déterminisne n'avait pas été rigoureusement établi.

Ce déterminisme du fait observé par Malpighi, on a pu le reconstituer aujourd'hui, en relisant le mémoire de Malpighi, en tenant compte des circonstances de son observation. Nous savons que la température de 37 degrés centigrades est la plus favorable au développement, à la transformation de la cicatricule en embryon ; mais des températures bien inférieures, celles de 35, de 30 et même de 28 degrés, peuvent amener le développement : en été, lorsque nous conservons quelques jours des œufs sans les mettre dans la couveuse, il arrive parfois, au grand étonnement de ceux qui ne seraient pas prévenus, qu'à l'ouverture d'un de ces œufs on se trouve en présence, non d'une cicatricule informe, ou, pour mieux dire, uniforme, mais bien d'un embryon différencié, c'est-à-dire dans lequel on distingue déjà une extrémité caudale et une extrémité céphalique. C'est ce qui arriva à Malpighi dans l'observation en

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