‹ Le darwinisme; leçons professées à l'Ecole d'anthropologieChapitre 33 sur 87 · LAMARCK ET ETIENNE-GEOFFROY SAINT-HILIAIRE · texte numérisé non relu

LAMARCK ET ETIENNE-GEOFFROY SAINT-HILIAIRE

ment qu'à Tépoque où Lamarck développait ces idées, on venait justement de découvrir quelques-uns de ces intermédiaires si importants, pour ses vues, à constater non seulement entre les familles et les ordres, mais surtout entre les classes, c'est-à-dire entre ces grosses branches si voisines du tronc principal dont l'existence ne pouvait qu'être soupçonnée ; on venait justement de découvrir les mouotrèmes (ornithorhynque, échidné) qui réunissent les mammifères aux oiseaux et aux reptiles.

Dans cette transformation évolutive des types, Lamarck fait jouer un rôle important à l'hérédité. « Tout ce que, ditil, la nature a fait acquérir ou perdre aux individus par l'influence des circonstances où leur race se trouve depuis longtemps exposée, elle le conserve par génération aux nouveaux individus qui en proviennent » (Philosophie zoologiqu,ey i809, 1. 1, p. 255); et plus loin, en parlant des habitudes j dont nons allons dans un instant indiquer le rôle dans la modification des organes: « ce penchant des animaux, dit-il, à la conservation des habitudes et au renouvellement des actions qui en proviennent, étant une fois acquis, se propage ensuite dans les individus par la voie de reproduction ou de génération, qui conserve l'organisation et la disposition des parties dans leur état obtenu ; en sorte que ce même penchant existe déjà dans les nouveaux individus, avant même qu'ils l'aient exercé » {Ibid. I, p. 325).

Si nous ajoutons que pour lui le temps intervient comme un élément important dans la production de ces modifications, c'est-à-dire que les transformations sont lentes, graduelles, et exigent, pour devenir sensibles, des périodes dont la longueur échappe à notre observation, nous aurons suffisamment indiqué par combien de côtés Lamarck s'éloigne de ses prédécesseurs et se rapproche par contre de Darwin. En somme, avec Lamarck, le transformisme a trouvé sa con-

ceptionla plus large et la plus complèle'(comme conception, et non comme démonstration, ainsi que nous allons le voir), et la valeur de l'espèce a été définie par lui avec une netteté à laquelle il n'y a plus rien eu à ajouter depuis : t L'espèce, ditil, est l'individu répété dans le temps et dans l'espace >, définition qui comprend à la fois la notion empirique de l'espèce, et la notion philosophique de sa mutabilité. En effet, comme les faibles variations individuelles se changent dans le cours des temps, en différences essentielles, il en résulte que, après un grand nombre de générations successives, les individus qui appartenaient primitivement à une espèce, appartiennent à une nouvelle espèce. La durée limitée de notre vie nous a habitués à considérer des laps de temps si courts qu'il en est sorti l'hypothèse vulgaire et fausse de l'invariabilité.

Mais ce n'est pas tout d'avoir, par la grande habitude de manier les types organiques et d'en classer les séries, compris la formation des espèces par le fait des variations individuelles transmises par hérédité et fixées par le temps. Il faut encore expliquer pourquoi apparaissent et sont transmises les variations qui constituent une adaption de l'organisme aux circonstances de son existence : il faut (si nous comparons avec la théorie de Darwin ci-dessus brièvement résumée, p. 101), après les termes variations et hérédité^ trouver quelque chose qui soitl'équivalent du terme .sêtedwH précédemment défini : par la sélection, Darwin explique comment les variations qui constituent une adaption sont seules conservées, transmises par génération, et ainsi de plus en plus accentuées par hérédité cumulative. Lamarck n'ayant pas soupçonné les faits de sélection, se trouve amené à donner une explication théorique plus complexe : il invoque Vhabitude mise en jeu par les besoins. Expliquons ces deux expressions, et nous verrons, en empruntant ensuite des

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