‹ Le darwinisme; leçons professées à l'Ecole d'anthropologieChapitre 44 sur 87 · GOETHE, DUCHKSNE ET NAUDIN · texte numérisé non relu

GOETHE, DUCHKSNE ET NAUDIN

Plus connu, et aussi plus complet déjà dans sa doctrine, est le botaniste Naudin. Les Considérations philosophiques sur l'espèce ci la variété ont été publiées en 1852, dans la Revue horticole^ p. 402; elles ont du reste été republiées en partie dans les Nouvelles archives du Muséum (vol. I, p. 171). Il y déclare nettement que les espèces se forment de la même manière que les variétés cultivées, et que la communauté d'organisation s'explique par la communauté d'origine. En partant d'un ancêtre commun, dont les descendants ont varié dans des directions diverses, t le règne végétal se présente, dit-il, comme un arbre dont les racines, mystérieusement cachées dans les profondeurs des temps cosmogoniques, auraient donné naissance à un nombre limité de tiges successivement divisées ou subdivisées. Ces premières tiges représenteraient les types primordiaux du règne : les dernières ramifications seraient les espèces actuelles. » Pour ce qui est de la formation des variétés cultivées, il l'explique parla sélection exercée par l'homme qui arrive ainsi à produire des espèces artificielles; pour la formation des espèces sauvages, il invoque un semblable mécanisme de sélection : € Nous ne croyons pas, dit-il, que la nature ait procédé, pour former ses espèces, d'une autre manière que nous ne procédons pour obtenir nos variétés. Disons mieux : c'est son procédé que nous avons transporté dans notre pratique... Comme nous, la nature a voulu former des races pour les approprier à ses besoins, et avec un nombre relativement petit de types primordiaux, elle a fait naître successivement et à des époques diverses toutes les espèces végétales et animales qui peuplent le globe. »

Il ajoute que, dans la voie des Iransformations, la nature à dû aller bien plus loin que nous, à cause du temps immense dont elle a disposé; mais, et c'est la seule chose qui manque pour que nous nous trouvions en présence d'une théorie

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aussi complète que celle de Danvin, Naudin n'eiplique pas quel mécanisme a produit la sélection naturelle ; au lieu de voir la lutte pour l'existence, il s'égare ici dans la conception à'nnpréiendvi principe de finalité y c puissance mystérieuse, dit-il, fatalité pour les uns, pour les autres volonté providentielle, dont l'action incessante sur les êtres vivants détermine, à toutes les époques de l'existence du monde, la forme, le volume et la durée de chacun d'eux, en raison de sa destinée dans l'ordre de choses dont il fait partie. C'est cette puissance qui harmonise chaque membre à l'ensemble en l'appropriant à la fonction qu'il doit remplir dans l'organisme général de la nature, fonction qui est pour lui sa raison d'être, i

Du reste aucune des questions accessoires de la théorie transformiste n'esl restée étrangère à Naudin. Aussi la question de l'hybridité a été abordée par lui et étudiée au point de vue expérimental ; en effet, résultat important à noter et dont nous aurons plus tard à montrer l'importance, Naudin a constaté que les espèces du genre Cucurbita ne peuvent pas se féconder l'une par Tautre, tandis que dans le geare Luffa, appartenant également à la famille très homogène des Cucurbitacées*, deux espèces, nettement différentes par les caractères extérieurs, se fécondent. Ce qui signifie au fond, qu'il peut y avoir des diversités internes plus grandes que les externes, et qu'il est impossible d'avoir un critérium absolu pour distinguer les espèces aussi bien que pour distinguer les genres, les familles et les classes.

En terminant cet historique des précurseurs de Darwin, nous pouvons, avec une légitime fierté, remarquer quel rôle considérable, on peut dire prépondérant, les naturalistes français ont joué dans ces premières tentatives pour établir

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