Voy. Alph. de Candolle, op, cit, p
GOETHE, DUCUëSN£ £T NAUDIN. 175
la doctrine transformiste : les noms de Lamarck et d'Etienne Geoffroy-Saint- Hilaire resteront à jamais placés à côté de celai de Darwin. L'Allemagne aussi, avec Gœthe, occupe un rang honorable dans cette marche en avant, et Ilœckel s'est efforcé, avec raison, de rendre justice au philosophe naturaliste dans lequel ses compatriotes en étaient toujours à voir uniquement le poète. Malheureusement Lamarck et Etienne Geoffroy-Saint-Hilaire furent à peu près oubliés en France sous l'influence de Cuvier, et, en Allemagne, les excès de ceux qu'on appelait philosophes de la nature, et qui prétendaient tout déduire de principes posés a priori^ en se passant de robser\'alion des faits, décréditèrent pour longtemps les conceptions générales en sciences naturelles et la recherche des origines des formes organiques actuelles. C'esten Angleterre que ces études devaient êtres reprises et que le transformisme devait, avec Darwin, nous revenir triomphant.
Darwin, qui s'est attaché à rendre justice à chacun de ses précurseurs de tous pays et à bien préciser la part qui revient à chacun d'entie eux dans l'ensemble de la doctrine, nous a donné une longue liste de tous ceux qui, en Angleterre, ont, soit dans des ouvrages généraux, soit dans des monographies spéciales et peu connues, touché de près ou de loin à la question de l'origine des espèces*. De cette liste nous ne retiendrons que les noms suivants, comme se rapportant à des opinions émises d'une manière particulièrement remarquable.
En 1813, W.C. Wells, dans un Mémoire sur < une femme
1. Voy. VOrigine den espèces au moyen de la sélection naturelle. Traduct. fr. 1880. in Introduction sur les progrès de l* opinion relalivement à Vorigine des espèces.
blanche donl la peau, dans certaines parties, ressemblait à celle du nègre j», paraît être celui qui le premier a formulé le principe de la sélection naturelle (nous avons vu cependant qu'il avait été précédé par Duchesne) en rappliquant, du reste, seulement à certains caractères des races humaines. En effet, faisant remarquer que les nègres sonl réfractaires à certaines maladies tropicales, et que d'autre part tous les animaux tendent à varier dans une certaine mesure, variations dont les agriculteurs profitent pour améliorer les races domestiques en pratiquant sur elles la sélection, C. Wells ajoute que certainement une sélection semblable, mais plus lente, est mise en œuvre par la nature, pour la production des variétés humaines adaptées aui régions qu'elles habitent, c Ainsi, dit-il, parmi les variétés accidentelles qui ont pu surgir chez les quelques habitants disséminés dans les parties centrales de TAfrique, quelquesunes étaient sans doute plus aptes que les autres à supporter les maladies du pays. Cette race a dû par conséquent se multiplier, pendant que les autres dépérissaient, non seulement parce qu'elles ne pouvaient résister aux maladies, mais aussi parce qu'il leur était impossible de lutter contre leurs vigoureux voisins. D'après mes remarques précédentes, il n'y a pas à douter que cette race énergique ne fût une race brune. Or, la même tendance à la formation des variétés persistant toujours, il a dû surgir, dans le cours des temps, des races de plus en plus noires et la race la plus noire étant la plus propre à s'adapter au climat, elle a dû devenir la race prépondérante, sinon la seule, dans le pays particulier ou elle a pris naissance. >
Il est impossible de trouver une expression plus nette, pour un cas particulier, du mécanisme de la sélection naturelle par la lutte pour l'existence. Notons que ce remarquable passage de Wells n'a été, pour ainsi dire, retrouvé