XII INTRODUCTION
malozoïde était reçu et se développait en embryon. Aus^ sitôt nombre de partisans de la préexistence des germes acceptèrent cette théorie, qui, ainsi formulée, se prêtait parfaitement à leur conception ; rien n'était en effet à changer dans celles-ci que le lieu de l'emboîtement; ce n'était plus l'ovaire et l'œuf, mais bien le spermatozoïde et le testicule, c'est-à-dire l'organisme mâle au lieu de l'organisme femelle qui réalisait cet emboîtement à l'infini; et combien cette nouvelle forme de la théorie devait-elle être plus séduisante, lorsqu'on songe que quelques auteurs, suppléant par l'imagination à l'imperfection des microscopes alors en usage, prétendirent, dans ce spermatozoïde qui n'est aujourd'hui pour nous qu'une simple cellule avec un long cil vibratile, reconnaître tous les organes d'un petit animal, c'est-à-dire une bouche, un tube digestif et même des circonvolutions intestinales ! Quelques-uns restèrent fidèles à l'emboîtement dans l'œuf; de nombreux écrits furent échangés par eux avec les partisans de l'emboîtement dans l'animalcule spermatique, et c'est ainsi que tout le xviii' siècle, au lieu de recherches d'observation et d'expérience, est presque uniquement rempli de disputes acerbes entre les ovistes et les animalculites (ou spermistes) .
C'est en 1759 et 1768 que furent publiés, sans aucune influence, du reste, sur l'esprit des naturalistes et philosophes contemporains, deux mémoires dans lesquels la théorie de l'emboîtement était soumise au contrôle de l'observation, et se trouvait réfutée du premier coup.
INTRODUCTION. xni
Leur auteur est celui qu'à bon droit la postérité a, longtemps après, proclamé le père de l'embryologie : c'est G. F. Wolff,
Né à Berlin en 1733, Wolff étudia l'anatomie sous la direction de Meckel, et en 1759, c'est-à-dire à vingt-six ans, il soutenait sa thèse inaugurale, ayant pour titre Theoria generaiionis. Dans cette œuvre si remarquable, mais que les physiologistes de l'époque n'étaient pas préparés à comprendre, Wolff s'efforce de remonter à l'origine des parties de Tembryon : il étudie particulièrement ce que nous appelons la figure veineuse du blastoderme, c'est-à-dire les réseaux qui parcourent Taire transparente et l'aire opaque du blastoderme : il montre que ces réseaux ne préexistent pas; que primitivement le blastoderme est uniformément configuré à la place qu'ils doivent occuper ; qu'à un moment donné on y voit apparaître des épaississements (ce qu'on a appelé depuis les Ilots de Wolff) ^ lesquels émettent bientôt des prolongements allant ultérieurement se rejoindre et s'anastomoser d'un îlot à l'autre. Il insiste sur cette /brmation d'un système circulatoire, dont aucune partie n*était préformée. — Mais ce réseau sanguin est extérieur au corps de l'embryon, du moins à son début. C'est pourquoi Wolff s'attaque bientôt à ce corps même, en recherchant l'apparition première d'un de ses principaux organes, de son tube digestif. Son traité De formalione intestinorum (1768) contient en germe tout ce que plusieurs générations d'embryologistes devaient plus tard démontrer et souvent confirmer seulement.