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LA NOTION DE RACE ET D’ESPÈCE

Il ne faut pas croire la chaîne des êtres interrompue par la diversité des formes ; la forme n’est souvent qu’un masque qui trompe, et le chaînon qui paraît manquer existe peut-être dans un être connu à qui les progrès de l’anatomie comparée n’ont encore pu assigner sa véritable place,

Dj derot ( Philosophie scientifique).

L’individu et l’espèce. — La variété et la race. — Dérivation naturelle de la variété à la race, de la race à l’espèce. — Doctrine théologique de la fixité des espèces. — Doctrine scientifique, transformiste ou évolutioniste. — La question de l’origine des espèces peut et doit être posée. — Démonstration par l’étude des organes rudimentaires.

L’idée fondamentale du transformisme est tout entière dans la question de la valeur qu’il faut attribuer à Y espèce comparée à la race , à la variété , à Y individu. Voyons donc comment ces termes de classification ont été entendus en

mathias duval. — Darwinisme. 1

dehors du transformisme, ou, pour mieux dire, voyons sur quels ordres de faits on s’était appuyé pour nier tout rapprochement possible, toute transition entre la variété et l’espèce. En examinant ensuite si ces distinctions sont rigoureusement légitimes, nous donnerons un énoncé déjà presque complet du transformisme.

Quand le naturaliste examine les êtres vivants, tout aussi bien que quand un homme jette les yeux sur ce qui l’entoure, il 11e voit que des individus : ainsi chacun de nous reconnaît, comme individu, chacun des hommes qu’il fréquente ou rencontre et il reconnaît chacun de ces individus à ce qu’il diffère des autres par des caractères personnels de taille, de démarche, de couleur des yeux, de cheveux, de barbe, de dimension de nez, de forme et de dimension de la bouche et des lèvres, etc., ces caractères individuels étant par cela même infiniment variés.

Mais tous ces individus, pour nous en tenir d’abord à l’examen de nos semblables, présentent de très nombreux caractères communs : tous ont l’attitude verticale, des membres différenciés en bras et en jambes, et leur locomotion se fait uniquement par le jeu des membres inférieurs, les supérieurs servant à la préhension; tous ont le nez saillant; tous ont une dentition formée de trente-deux dents, groupées chez tous en deux incisives, une canine, etc., à chaque demi-mâchoire. Nous savons que les pères des individus qui ont ces caractères communs ont en des caractères semblables, et que leurs enfants les présenteront de même. Ces caractères communs, transmis par la génération, sont dits caractères spécifiques, et les individus qui les présentent forment une seule et même espèce, l’espèce homme, pour l’exemple choisi. Inutile de dire que nous arriverions de même à comprendre l’espèce chien ou chat, ou une espèce botanique quelconque, d’après l’existence de caractères

LA RACE ET L’ESPÈCE

communs transmis par la génération, c’est-à-dire en définissant l’espèce comme l’a fait Cuvier : « la réunion des individus issus l’un de l’autre ou de parents communs, et de ceux qui leur ressemblent autant qu’ils se ressemblent entre eux ».

En nous en tenant toujours tout d’abord à l’espèce homme, si nous étendons notre examen, et le faisons porter non plus seulement sur les individus qui nous entourent, mais sur les habitants des diverses parties du globe, nous retrouvons des individus présentant encore les mêmes caractères spécifiques (attitude verticale, dentition, etc.), et appartenant à l’espèce homme, mais différant de nous par des traits constants selon les régions; c’est-à-dire que, en Afrique, nous voyons des hommes à peau noire, à cheveux crépus, à dents obliquement implantées dans les mâchoires, à nez saillant, mais épaté, à lèvres épaisses; tandis que, en Chine et au Japon, par exemple, nous trouvons comme traits caractéristiques une peau plus ou moins jaunâtre, un nez court et large, des paupières obliques, des cheveux noirs et droits. On dit alors que ces individus sont des variétés de l’espèce humaine, et que l’ensemble de ceux qui présentent les caractères sus-énoncés forme une race; et nous avons ainsi, dans l’espèce humaine, la race nègre et la race jaune, par opposition à la race blanche dont nous-mêmes faisons partie.

Mais les individus de la race jaune ont, comme ceux de toute autre race, reçu de leurs parents leurs caractères de race, et ils les transmettent à leurs enfants. A la race peut tout aussi bien s’appliquer la définition donnée par Cuvier pour l’espèce : réunion des individus issus l’un de l’autre ou de parents communs, et de ceux qui leur ressemblent autant qu’ils se ressemblent entre eux. Il faut donc qu’il y ait quelque chose qui permette de distinguer la race de l’espèce. Cette distinction, on a pensé la trouver dans la possi-

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