‹ Le DarwinismeChapitre 12 sur 102 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

bilité du croisement : un individu de race blanche peut se croiser avec un individu de race ncgre, et ainsi sera engendré un mulâtre , un individu possédant, selon l’expression consacrée, moitié de sang blanc et moitié de sang noir, c’est-à-dire des caractères intermédiaires entre ceux de ses parents, entre deux races. Ces mulâtres ou métis peuvent se reproduire soit entre eux, soit avec des individus de l’une ou de l’autre race parente, et la fécondité de ces métis n’a pas de limites, c’est-à-dire peut se produire pendant un nombre infini de générations. La fécondité des métis , résultat du croisement de deux races, serait le trait caractéristique des races. Quelque distinctes et en apparence fort éloignées que soient les races, leur valeur de races comme parties d’une seule espèce est, dit-on, établie par ce fait que les individus de deux races différentes peuvent se croiser et produire des métis féconds : ainsi quoi de plus différent que nos diverses races de chiens, que le lévrier et le bouledogue par exemple? Mais le lévrier et le bouledogue se croisent et leurs métis sontféconds : lévrier etbouledogue ne sont donc que des races appartenant à une seule et même espèce. (Il est bien entendu que nous exposons ici la manière de voir opposée au transformisme, et qu’il y aura à revenir sur tous ces faits, car, par exemple pour nos chiens, comme pour d’autres animaux domestiques, nombre d’auteurs, à la suite des recherches suscitées par la doctrine de Darwin, sont arrivés à admettre que nos espèces domestiques dérivent de la fusion de plusieurs espèces sauvages.)

Au contraire les croisements entre individus d’espèces différentes sont impossibles; ou s’ils ont lieu, leur produit, dit hybride , est infécond, ou, s’il est fécond, cette fécondité est très rapidement limitée, de sorte que l’hybride ne se perpétue pas. Nous nous contentons d’énoncer la loi posée antérieurement à l’avènement des doctrines transformistes

LA RACE ET L’ESPÈCE

et soutenue par les adversaires du transformisme; la discussion des faits est très complexe, et ne pourra venir que successivement dans la suite de ces études.

En définitive nous aurions donc la définition de la race et de l’espèce en complétant de la manière suivante l’énoncé de Cuvier : « La race, comme l’espèce, est la réunion des individus issus l’un de l’autre ou de parents communs, et de ceux qui leur ressemblent autant qu’ils se ressemblent entre eux : la race est caractérisée par la production de métis féconds; l’espèce par la non production d’hybrides, ou par la production d’hybrides inféconds ».

Il nous reste maintenant à voir si ces distinctions sont bien

réelles.

D’abord, au point de vue 'pratique, c’est-à-dire au point de vue de la classification, du moment qu’on fait intervenir dans la définition de l’espèce des caractères autres que ceux purement anatomiques, des caractères physiologiques (les croisements et la fécondité ou non fécondité des produits), la distinction des espèces devient presque impossible au naturaliste; car s’il peut, pour les animaux domestiques, être renseigné sur la possibilité des croisements et la valeur de leurs produits, il ne saurait songer à déterminer expérimentalement le croisement des espèces sauvages. Et cependant les caractères anatomiques sont tels que les naturalistes n’arrivent pas à se mettre d’accord pour l’établissement des espèces : par exemple quelques botanistes distinguent, dans nos contrées, jusqu’à 300 espèces d’Hieraeiums, alors que d’autres n’en admettent au plus que 20 espèces : il y a donc toute une série de types considérés par les uns comme bonnes espèces , par les autres comme mauvaises espèces , c’est-à-dire espèces distinguées à tort, devant être reléguées au rang de variétés, de races.

Il arrive donc, en pratique, que, faute de la possibilité

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