‹ Le DarwinismeChapitre 13 sur 102 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

d’établir sur les caractères anatomiques une règle absolue pour caractériser les bonnes espèces, et dans l’impossibilité d’employer comme pierre de touche les caractères physiologiques delà reproduction, les naturalistes demeurent hésitants sur la valeur de certains types classés comme espèces. Combien leurs doutes, relativement aux espèces sauvages, doivent devenir plus anxieux, lorsqu’ils voient, parmi nos espèces cultivées, par exemple parmi les pigeons, des types si différents que le sont entre eux le pigeon paon, le pigeon culbutant, le pigeon grosse gorge, types qu’on considère seulement comme des races parce qu’on sait qu’ils descendent tous du pigeon de roche (colomba livia) et qu’ils se reproduisent entre eux, mais dont les caractères anatomiques (même ceux fournis par le squelette) sont si tranchés que, rencontrant ces types à l’état sauvage, aucun zoologiste n’hésiterait à en faire des espèces absolument distinctes. Mais ce n’est là qu’un point de vue pratique, et qui, s’il nous montre une réelle difficulté à appliquer les prétendus caractères distinctifs entre la race et l’espèce, n’ôterait du reste rien à la valeur théorique de ces caractères, si cette valeur était démontrée, dans tous les cas où nous pouvons étudier les races et espèces à la fois par l’anatomie et par la physiologie ; mais il n’en est rien, on va le voir.

D’abord les fails relatifs aux hybrides et au métis n’ont pas la valeur qu’on leur a attribuée : ils sont tout autres qu’on ne les a dépeints. Ainsi, pour ce qui est des espèces, nous discuterons plus tard, en faisant une histoire aussi complète que possible des hybrides, la fécondité ou la non fécondité des croisements; mais il nous suffira, pour le moment, de dire que, la science étant en possession de documents tels que ceux qui nous sont fournis pa? la reproduction courante, au Chili, des hybrides de chèvres et de brebis, ceux qui concernent la reproduction, dans les fermes du roi

LA RACE ET L’ESPÈCE. 7

de Wurtemberg, des hybrides de Bo.s taurus et Bos zeba, et enfin ceux fournis par les hybrides de lièvre et lapin, il n’est plus permis de contester que des espèces zoologiques notoirement distinctespuissent engendrer, parleur accouplement, des individus dont la limite de fécondation est indéterminée l. Voilà pour le croisement des espèces.

Quant aux métis, produits par un croisement de race à race, croisement qui, d’après la théorie en question, devrait être toujours possible, avec produits féconds, voici, sans entrer dans une analyse qui trouvera plus tard sa place, quelques faits brutaux et par eux-mêmes assez expressifs : YAperea du Brésil est la souche sauvage de notre cochon d’Inde; or, aujourd’hui, les individus de la race domestique du cochon d’Inde ne s’accouplent plus avec la race sauvage dont ils proviennent, et avec laquelle, anatomiquement et physiologiquement (génération), ils forment une seule et même espèce. Inversement, un couple de nos lapins domestiques, abandonné au xve siècle dans file de Porto-Santo (près de Madère), a donné naissance aune race sauvage qui ne contracte plus avec les lapins domestiques que des unions infécondes. De même deux races également domestiques, mais depuis longtemps séparées Tune de l’autre, notre chat et le chat des habitants du Paraguay, ne reproduisent plus ensemble. Enfin les grands éleveurs de volailles, qui possèdent de nombreuses races, ont observé que le croisement de races différentes donne souvent des œufs clairs, c’està-dire non féconds. Voilà donc des races, qui présentent les caractères physiologiques assignés aux espèces, de même que nous avons vu des espèces se comporter physiologiquement comme des races. Le prétendu critérium entre l’espèce et la race n’est donc pas d’une valeur absolue.

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