‹ Le DarwinismeChapitre 15 sur 102 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

intermédiaires des métis, opposée au retour que présentent les descendants des hybrides vers leurs ascendants, ne saurait être posée comme une barrière entre l’espèce et la race. En faisant plus tard l’histoire de l’hybridation et du métissage, au point de vue des objections opposées au darwinisme, nous analvserons avec soin nombre de faits, dont la signification générale, qu’il nous suffit d’énoncer ici, est que les descendants des métis présentent assez souvent la tendance qui est constante chez les descendants des hybrides, à savoir qu’on voit chez eux les caractères des deux races mères se séparer, de sorte que ces deux races, de même que s’il s’agissait d’espèces, semblent se juxtaposer sans se confondre dans leurs descendants. Nombreux sont les exemples rapportés à ce point de vue par Sanson et relatifs aux races croisées de chevaux, moulons, porcs, bœufs, etc.

Nous arrivons donc derechef à cette conclusion qu’il n’y a pas de distinction absolue entre la race et l’espèce, et d’après ce que nous avons vu sur la formation des races, nous sommes amenés à penser que, de même que les races sont des variétés accentuées et devenues héréditaires, les espèces ne sont autre chose que des races de plus en plus différenciées.

11 ne faudrait pas en conclure que les transformistes se refusent à reconnaître le groupement des êtres, selon les degrés de leur conformité, en races et espèces. Il en est ici, pour cette notion vulgaire et qui s’impose, comme du jour à la nuit. Certes le jour, en plein midi, est chose toute différente des ténèbres de minuit; mais nous savons que vers le soir et vers le matin, toute une série de transitions nous font passer graduellement du jour à la nuit, et, inversement, et qu’il est tel moment dont on ne saurait dire s’il appartient encore au jour ou déjà à la nuit. De même il est des types pour lesquels

LA LACE ET L’ESPÈCE

la distinction de l’ordre d’espèce s’impose, tandis que pour d’autres celle de race ne saurait être dépassée; mais dans nombre de cas on trouve, dans les caractères anatomiques et physiologiques, comme dans leur mode de formation, toutes les transitions graduelles entre la race et l’espèce, comme entre la variété et la race, de sorte qu’il est impossible de dire, de par la nature même des choses, si tel type doit être considéré comme représentant une race ou une espèce.

Mais, pourrait-on dire alors, voilà tout un travail d’argumentation qui aboutit en définitive à peu de chose : comme leurs adversaires, les darwinistes admettent la distinction des espèces et des races; seulement ils la considèrent comme non absolue, comme présentant une série de degrés intermédiaires; pour eux le'S espèces sont disposées en séries régulières : celles qui sont immédiatement voisines dans leur série donnent par l’accouplement croisé des produits féconds, de même que les races ; si, au contraire, il y a entre les espèces un certain nombre de termes interposés qui les séparent longuement, le produit de leur accouplement est infécond. Tout cela, ajouterait-on encore, est assez facile à concevoir, et ne paraît pas d’une importance assez capitale pour devenir le point de départ de ces vastes théories énoncées sous le nom de doctrine de l’évolution, de la transmutation, etc. — Or ce serait là une erreur, car nous allons Pr écisément démontrer que lorsqu’on cherche à remonter à l’origine des choses, on arrive à des conclusions absolument opposées, selon qu’on admet une distinction absolue entre l’espèce et la race, ou que, ne donnant à l’idée de l’espèce qu’une valeur purement relative, on admet tous les degrés de transition possibles entre la variété, la race et l’espèce.

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