PREMIÈRE PARTIE
de nouvelles scissions, ou de nouveaux groupements dans la classilication linnéenne. C’est ainsi que parmi les six classes de Linné, les quatre premières (mammifères, oiseaux, amphibies, poissons) possèdent un squelette intérieur ayant pour axe une colonne vertébrale, et que ces caractères ostéologiques sont chez ces quatre classes toujours accompagnés d’une disposition essentielle du système nerveux central formé par un axe ou un cordon encéphalo-médullaire; les deux autres classes (insecta, venues) ne présentent rien de semblable. Cuvier fut donc amené à faire des quatre premières classes un groupe qu’il désigna sous le nom embranchement des vertébrés. Quant aux deux autres classes, il fut amené à les remanier complètement, et à en répartir les divers ordres dans trois embranchements dits des mollusques, des articulés et des rayonnés.
Nous ne le suivrons pas dans la division de ces derniers embranchements, nous contentant d’avoir montré qu’audessus de la division en classes il établit la division en quatre embranchements; nous le suivrons dans l’embranchement des vertébrés, où nous le voyons adopter la division de Linné en quatre classes, les mammifères, les oiseaux, les reptiles (au lieu d’amphibies) et les poissons. Dans la division de ces classes en ordres, si par exemple nous ne considérons (comme dans le tableau précédent) que la classe des mammifères, nous le voyons suivre à peu près Linné, si ce n’est qu’il distingue neuf ordres, ayant divisé l’ordre des primates en deux ordres (les Bimanes et les Quadrumanes) et ayant distingué les marsupiaux (d’où les 9 ordres : Bimanes, Quadrumanes, Carnivores, Marsupiaux, Rongeurs, Édentés, Pachidermes, Ruminants, Cétacés) ; mais ce sont là des modifications qui ne changent que peu l’aspect général de la classification de Linné, puisque aucun nouveau groupement d’ensemble n’est introduit, puisqu’il n’y a pas emploi d’un
nouveau terme, comme cela a eu lieu pour le groupement des classes en embranchements. Mais quand nous passons avec Cuvier, à la division des ordres en genres, ici encore les profondes connaissances anatomiques du grand naturaliste ne peuvent lui permettre de considérer tous les genres d’un ordre donné comme des divisions d’égale importance de cet ordre, car parmi ces genres il en est qui présentent des caractères communs, les distinguant des ordres voisins ; on est donc amené ici encore à faire un groupement qui sera intermédiaire entre l’ordre et ses genres et qui prendra le nom de famille. Pour en donner un exemple simple, élémentaire, et qui se rapporte à des faits connus de tous, prenons l’ordre des ruminants (Pecora), où Linné distinguait les genres ovis , bos, antilope , cervus. Mais les trois premiers genres sont munis de cornes creuses et permanentes, c’està-dire non soumises à une chute périodique; le quatrième genre au contraire (et quelques genres qu’on a détachés par subdivision dans les classifications modernes), a des cornes pleines et caduques. On a donc, vu l’importance du caractère commun aux trois premiers genres, classé ces trois genres dans une famille dite des cavicornia , tandis que le genre cervus devenait la famille des plenicornia (ou cervidés) subdivisée ultérieurement en genres.
Telles sont les principales modifications apportées à la classification de Linné ; elles consistent dans l’introduction du terme d’embranchement au-dessus des classes et de celui de familles entre un ordre et ses genres. Il est vrai qu’on a de plus divisé ultérieurement les familles nombreuses en tribus, et introduit de très nombreuses subdivisions en sous-classes, sous-ordres, sous-familles, etc. ; mais ce que nous venons de voir, en remontant aux travaux des premiers classificateurs, suffit pour nous montrer ce qu’on entend par classification, par tableau méthodique des espèces
ESPÈCES . 0. aries, 0. argali. A. darcas, A. euphore.
et des genres, etc. (Le tableau ci-joint montre la classification de Linné modifiée par l’introduction des termes embranchement et famille , ces termes étant, avec les noms donnés comme exemples, tracés en italique sur ce tableau où les exemples ne sont donnés chaque fois que pour un seul ou deux groupes).
En présence d’un tableau semblable, nous sommes amenés, en considérant les subdivisions successives des groupes, à comparer cet arrangement à celui bien connu des arbres généalogiques de l’histoire. De même que la nomenclature binaire nous a fait penser à l’emploi du nom de famille et d’un prénom pour désigner chacun des fils d’un même père, de même ces noms d’ordres, de classes, etc., placés au-dessus des noms de genres, nous font penser à la série des ancêtres d’une lignée multiple. Et si nous avons vu que, pour le transformisme, l’espèce est au genre ce que les fils sont à leur père, nous allons voir, en effet, que pour cette même doctrine la classification représente réellement un arbre généalogique et qu’aux ordres, classes, embranchements, correspondent réellement des formes ancestrales de plus en plus éloignées. Mais voyons d’abord quelle signification accordent à la classification les divers naturalistes.
Pour quelques-uns, dont, on peut le dire sans crainte, le nombre semble devoir diminuer de jour en jour, la classification ne serait qu’un utile artifice imaginé pour rendre plus facile l’étude d’objets innombrables en les groupant de la manière la plus commode. Son but unique serait de permettre au naturaliste d’embrasser plus aisément l’ensemble de ses connaissances, et à ce point de vue la classification serait une ingénieuse invention humaine que chacun pourrait refaire à son gré et à sa convenance. Or, cette manière devoir, acceptable lorsque la classification commençait à peine à débrouiller le chaos des innombrables organismes