‹ Le DarwinismeChapitre 3 sur 102 · XXXVI] I · texte numérisé non relu

XXXVI] I

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les plantes et les animaux passant des uns aux autrespar des nuances insensibles. Cette idée s’impose si fatalement à l’esprit, quand on étudie la classification des êtres par les méthodes naturelles, que Buffon avait déjà dit que toutes les espèces groupées dans une famille semblent être sorties d’une souche commune.

Mais c’est le naturaliste français Lamark qui, le premier, en 1809, d’une manière nette et précise, nia résolument la fixité des types organiques et proclama le changement continu et indéfini comme une ioi de la nature : les dispositions organiques appropriées au genre de vie de l’animal, dispositions qu’on regardait jusque-là comme construites par une intelligence supérieure,, pour répondre à un but déterminé, à une cause finale , selon l’expression consacrée (théorie téléologique), Lamark. les considéra comme résultant de l’adaptation des espèces à leur milieu : l’organe n’est plus fait pour la fonction ; mais c’est la nécessité de la fonction qui a peu à peu modelé, adapté, achevé l’organe. D’une manière générale, et selon l’expression même de Lamark, la cause modificatrice peut être désignée sous le nom d’influence des milieux, d’empire des circonstances, de résultat des habitudes et des efforts. Malheureusement Lamark ne s’en tint pas à cet énoncé général, qui est en somme celui de la doctrine transformiste dans ses formes les plus récentes; mais, tandis qu’aujourd’hui une étude plus complète de cet empire des circonstances a permis d’en préciser exactement les détails, Lamark, qui avait seulement conçu la loi générale sans être encore en état

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d’en rassembler tous les cas particuliers, voulait cependant l’appuyer par des exemples, ou plutôt la rendre saisissable à tous par l’indication de cas particuliers. Or, les exemples qu’il présenta furent si malheureusement choisis, qu’ils prêtèrent immédiatement le liane à la critique et firent succomber la doctrine presque sous le coup du ridicule, car ils ne pouvaient, pour le moment, et tels qu’ils étaient énoncés, subir la discussion. En effet, Lamark supposait, par exemple, que la longue langue du pic-vert et du fourmilier était ainsi développée par suite des efforts faits par ces animaux pour aller chercher les insectes jusque dans les fentes des arbres ou dans les terriers creusés dans le sol; de même les membranes interdigitales des vertébrés aquatiques s’étaient formées, pensait-il, par suite des efforts qu’avaient faits ces animaux pour nager; ou bien encore le long col de la girafe résultait de ce que cet animal, dans ses efforts continus pour élever la tête et brouter la cime des arbres, avait allongé ses vertèbres cervicales, etc.

Ainsi s’explique le peu de succès de la doctrine de Lamark. En 1828, ces mêmes idées transformistes furent reprises par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire; celui-ci, que ses admirables études de Philosophie anatomique amenaient nécessairement, par la conception de l’unité de composition organique, à l’idée de la transformation, de l’évolution des espèces, n’eut garde d’offrir à ses adversaires des arguments aussi fragiles que ceux présentés par Lamark. Il se tint à

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l’énoncé général du principe : il proclama la modification des types sous fin fluence du monde ambiant ou du milieu, tout en se gardant bien de descendre dans l’exploration des faits particuliers. Cette fois encore, mais par l’excès inverse, il devait être vaincu en restant dans le vague, il laissa sa théorie sans précision; en constatant ce manque de faits à l’appui, Cuvier, son terrible adversaire, en eut aisément raison; et c’est ainsi que, pour la seconde fois, la doctrine du transformisme, après avoir jeté ses premières lueurs en France, y fut définitivement éteinte.

Elle devait de nos jours nous revenir de l’étranger, formulée à nouveau par un naturaliste que de laborieuses études de détails et de longs voyages avaient mis en état d’accumuler d’innombrables exemples et cas particuliers; aussi fut-il procédé ici d’une manière inverse que précédemment : d’abord l’exposé des faits dans leurs menus détails, puis l’indication sommaire des conclusions; mais les faits étaient si explicites; si heureusement groupés, si habilement présentés, que leur exposé forçait le lecteur à formuler pour ainsi dire de lui-même la loi générale de la transformation des espèces : tel fut Darwin, qui, par son livre De V origine des espèces 'par la sélection naturelle , établit définitivement la doctrine entrevue par Lamark et Etienne Geoffroy Saint-Iiilaire.

Il ne sera pas inutile de jeter ici un rapide coup d’œil sur la doctrine de Darwin; nous pourrons ainsi, dès la première des leçons qui vont suivre, entrer

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directement dans le sujet. Nous n’indiquerons ici que l’idée directrice et la conclusion.

Darwin constate que les plantes ou les animaux peuvent, en se développant, présenter des caractères par lesquels ils diffèrent légèrement de leurs générateurs : ces variations organiques, ces modifications individuelles que le sujet apporte en naissant, il peut, c’est un fait d’observation vulgaire, les transmettre à ses descendants. Ainsi il est telle plante qui présente des Heurs blanches, par exemple, avec petite corolle : dans un parterre semé de ces Heurs, on en verra apparaître quelques-unes dont la corolle plus large pourra présenter une légère teinte rose; si l’on a soin de recueillir les graines de cette variété et de les semer avec soin, on obtiendra une nouvelle génération dans laquelle seront beaucoup plus nombreux les individus à corolle large et rosée, et où même quelques-uns de ces derniers présenteront une fleur plus large et plus rouge que tous les autres. En choisissant la graine de ces derniers, on verra dans la génération suivante s’accentuer de plus en plus le type à Heur large et rouge, et par des choix successifs ainsi régulièrement institués on parviendra à fournir une variété définitive et fixe, c’est-à-dire une espèce qui se reproduira toujours avec le caractère qu’on a voulu exagérer. C’est là le procédé usuel qu’emploient les jardiniers pour produire de nouvelles formes : ils choisissent les graines, les individus reproducteurs, et les éleveurs de bestiaux ne procèdent pas autrement pour produire ces races qu’ils

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veulent plus particulièrement adapter soit aux travaux des champs (bêtes de trait, de labour), soit à l’alimentation. Dans tous ces cas, l’homme intervient pour perpétuer et développer, par la transmission héréditaire, des modifications individuelles spontanées; à cet effet, il fait de la sélection, et, vu son intervention, cette sélection est dite artificielle .

Mais chez les plantes ou les animaux sauvages il apparaît aussi à la naissance des variétés individuelles : si une sélection successive du genre de la précédente était faite ici, ces caractères pourraient se trouver exagérés au bout d’un certain nombre de générations et arriver à caractériser un type bien différent des anciens générateurs. Or ce choix, cette sélection a lieu; elle est naturelle, c’est-à-dire non opérée par l’homme, par une intelligence se proposant un but, mais simplement par les conditions ambiantes, par le milieu extérieur, par les seules forces de la nature; c’est pourquoi elle est dite sélection naturelle .

Darwin fait remarquer, en effet, que parmi les variations spontanées que l’individu apporte en naissant, il en est qui peuvent être pour lui des avantages ; ou bien elles lui facilitent la recherche de sa nourriture, ou bien elles sont propres à le dérober à ses ennemis; ou bien elles le mettent en état de lutter avec ceux-ci, etc. Or le sujet pourvu de ce caractère avantageux sera, comparativement à son semblable, à son frère par exemple, qui n'a pas apporté le même caractère individuel, plus en état de vivre, de se reproduire, et parmi ses descendants

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