‹ Le DarwinismeChapitre 31 sur 102 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ils ne présentent à ce moment que les traits généraux de l’espèce, et les caractères de race se montreront peu à peu à mesure que l’animal se développe pour atteindre l’état adulte. Les souvenirs vulgaires de chacun à cet égard nous dispensent d’avoir à citer ici des exemples particuliers; la chose du reste paraît toute naturelle : les races ne sont que des variétés de l’espèce, elles en dérivent, et, pendant le développement de l’individu, qui ne présente d’abord que des caractères d’espèces, les traits distinctifs delà race viennent successivement se joindre à ces caractères. Mais si les espèces ne sont que des différenciations d’un type genre qui a préexisté, si les genres ne sont eux-mêmes que des différenciations d’un type représentant la classe et qui a autrefois existé, nous devons nous attendre, en étudiant le développement d’un individu jusque dans les premières phases de sa formation, c’est-à-dire en faisant son embryologie, nous devons nous attendre à le voir d’abord représenter, dans ses premiers linéaments, le type de la classe, puis celui du genre, auquel type viendont bientôt se joindre les caractères de l’espèce, comme plus tard, après la naissance, aux caractères de l’espèce viendront successivement s’ajouter les traits de race.

Or c’est précisément ce qui a lieu. Dès les premiers travaux sérieux d’embryologie, on s’est aperçu que tous les embryons de tous les vertébrés se ressemblent au début; la ressemblance est si complète entre les jeunes embryons de mammifère, de tortue, d’oiseau, que l’embryologiste doit se mettre en garde contre la confusion qu’il en pourrait faire, et c’est ainsi que de Baer, le père de l’embryologie moderne, avait coutume de dire que s’il oubliait d’éliqueter les bocaux renfermant les embryons très jeunes qu’il recevait de toute part, il lui était dans la suite impossible de dire à quelle classe d’animaux ces fœtus appartenaient. Les embryons de

l’homme, du chien, de la tortue âgés d’un mois, et l’embryon du poulet au quatrième jour de l’incubation, diffèrent si peu l’un de l’autre qu’on ne saurait les distinguer; c’est seulement au bout de six ou huit semaines pour les trois premiers, au bout de sept jours pour le dernier, que les traits distinctifs apparaissent et s’accentuent à mesure quel’animal se développe. Cette différenciation successive des embryons à partir d’un type commun est aujourd’hui chose classique pour tous les embranchements et elle sert à tous les naturalistes, à quelque école qu’ils se rattachent, pour établir leurs classifications, pour les contrôler, pour voir si ces classifications sont bien conformes à la nature, aux affinités, disons le mot, à la parenté des êtres classés. Dès 1829, Milne Edwards, dans une communication à l’Institut, et plus tard dans un long mémoire, exposait le résultat des nombreuses observations qui lui avaient fait voirque « les changements de formes subis par les crustacés dans le jeune âge tendent toujours à imprimer à l’animal un caractère déplus en plus spécial et à l’éloigner davantage du type commun du groupe naturel dont il fait partie... »; que « les particularités propres àl’espèce ne se montrentque lorsque l’animal a déjà reçu ses caractères génériques, et que, à une période moins avancée de son développement, il offre déjà le mode d’organisation propre à sa famille, sans porter encore le cachet distinctif du genre auquel il appartient1 ».

Chose remarquable, Agassiz, sur les idées duquel nous aimons à revenir parce qu’il est peu de naturalistes qui aient exprimé aussi largement de si hautes conceptions, et parce que, nous allons nous en convaincre bientôt, sa manière de voir n’est pas si différente de celle des transformistes,

1. Voy. aussi G. Moquin-Tandon, De quelques applications de l’embryologie à la classification méthodique des animaux ( Annales des sciences naturelles). mathias duval. — Darwinisme. 4

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