‹ Le DarwinismeChapitre 35 sur 102 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

embranchement. Mais ici on pourrait croire que la doctrine transformiste doit s’arrêter et qu’il n’v a plus aucune parenté probable entre les vertébrés et les autres embranchements qu’on peut réunir sous le nom d’invertébrés. Or il n’en est rien. Si, au début des études transformistes, quelques esprits prudents ont cru qu’il n’y avait pas lieu de remonter plus haut qu’à une forme ancestrale type, distincte pour chaque embranchement, aujourd’hui les études toutes récentes de l’embryologie nous montrent une affinité évidente entre les invertébrés et les vertébrés. C’est là une question que nous avons tout spécialement développée dans les leçons des deux années précédentes, et sur laquelle nous ne pouvons revenir ici que pour en indiquer rapidement les traits essentiels : nous avons vu, en étudiant la formation des feuillets du blastoderme et l’orifice dit blastopore ou anus de Rusconi , que, lorsque l’involution nerveuse, formée aux dépens du feuillet externe, commence à apparaître chez le vertébré, elle affecte une disposition qui rappelle, relativement à cet orifice, la disposition du collier œsophagien des articulés relativement à l’orifice buccal : à ce premier stade, l’embryon, quel que soit le type selon lequel il doit ultérieurement évoluer, présente une forme intermédiaire, une forme ancestrale entre le vertébré et l’invertébré ; puis bientôt il se différencie selon l’un ou l’autre de ces types, c’està-dire que, s’il prend le type articulé, les deux bandes nerveuses péri-rusconiennes forment un collier œsophagien, en même temps que l’orifice de Rusconi devient bouche, tandis que, s’il prend le type vertébré, les bandes nerveuses périrusconiennes s’atrophient, l’orifice ruseonien devient ce qu’on a appelé la ligne primitive, et une bouche, de nouvelle formation, apparaît à l’extrémité opposée de l’embryon. Nous aurons du reste à revenir sur ces faits embryologiques; contentons-nous d’avoir rappelé qu’ils suffisent

désormais pour combler l’abîme qu’on avait cru exister entre les vertébrés et les invertébrés et séparant ces deux embranchements l’un de l’autre.

Au-dessus des embranchements sont les divisions dites

règnes, le règne animal et le règne végétal : or ici encore,

quelque différent que soit un animal supérieur d’avec un

végétal supérieur, quand on arrive vers les formes les plus

simples et les plus élémentaires de ces deux règnes, on se

trouve en présence d’organismes, pour la place desquels il

est difficile de faire un choix rigoureusement motivé entre

les deux règnes; il est en effet presque de notion vulgaire

aujourd’hui que nombre d’êtres monocellulaires occupent une place intermédiaire entre les végétaux et les animaux, de sorte qu’on peut concevoir sans peine l’existence très ancienne d’êtres semblables, qui auraient été les ancêtres communs des innombrables organismes plus élevés qui forment aujourd’hui les deux règnes.

La doctrine du transformisme, en remontant ainsi l’arbre généalogique, arrive jusqu’à une forme ancestrale infiniment simple, jusqu’à l’organisme monocellulaire comparable aux amibes et monères qu’on rencontre encore aujourd’hui. Ici parait être la limite extrême jusqu’à laquelle il soit possible de remonter, et là s’arrêtent un grand nombre de transformistes, désireux de s’en tenir rigoureusement aux faits dont l’enchaînement peut être établi, sans faire intervenir une hypothèse en désaccord avec les résultats expérimentaux. Cette hypothèse est celle de la génération spontanée , c’està-dire de l’apparition, dans un milieu purement minéral, d’un composé albuminoïde, d’une petite masse de protoplasma, d’un petit organisme monocellulaire en un mot. Nous verrons cependant que, parmi les continuateurs de Darwin, il en est, llæckel entre autres, qui n’hésitent pas à admettre que si, dans les conditions actuelles, celte généra-

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