PREMIÈRE PARTIE
lion spontanée n’est pas réalisable, peut-être est-il permisde concevoir que, à une certaine époque, les conditions de milieu étant autres, une semblable agrégation a pu se faire dans des particules inertes, et le monde organique sortir ainsi tout d’un coup du monde minéral1. Nous éviterons autant que possible de suivre ces auteurs sur un terrain aussi hypothétique, parce que, si les faits d’observation et d’expérimentation nous éclairent sur les transformations et révolution des êtres, s’ils nous permettent de concevoir tous les êtres actuels comme dérivés d’un premier organisme simple et élémentaire, ils ne nous donnent aucune source de renseignement qui, soit par le raisonnement, soit par pure analogie, nous permette de concevoir le mode d’origine de ce premier organisme.
Nous sommes donc arrivés ici au terme de cet exposé général, de cette introduction à l’étude du transformisme; nous voyons combien sont nombreuses les diverses branches des sciences naturelles auxquelles cette doctrine doit aller emprunter scs preuves; mais nous voyons aussi comment ces dix rerses branches seront ainsi plus directement rattachées les unes aux autres. En effet, parti de ce simple fait des variétés individuelles et des caractères des races, le transformisme s’élève successivement à une conception plus large des espèces dont il étudie l’origine, pour arriver à ne voir, dans la série régulièrement classée des organismes vivants et fossiles, qu’un vaste tableau généalogique lui permettant de remonter jusqu’aux premières formes de la vie : la paléontologie et l’embryologie viennent alternativement ou simultanément lui fournir ses principaux arguments, ses points essentiels de comparaison; mais les questions rela-
1. Voy. sur ces questions l’intéressante leçon professée par R. Blanchard à l’École d’anthropologie {Y Origine de la vie, in Revue scientifique, 7 février 1885).
tives à la distribution géographique des êtres, aux rapports réciproques de ces êtres entre eux et avec leur milieu, les résultats obtenus par les expériences des éleveurs, les observations sur l’extinction de certains types, fournissent aussi au transformisme une série de faits importants, et parfois ses arguments les plus décisifs sont puisés dans l’étude attentive des phénomènes en apparence les plus insignifiants. Nous allons voir en effet, en comparant à Darwin ses précurseurs, que Tune des causes qui lui ont donné l’avantage sur ceux-ci et ont fait triompher avec lui la doctrine dès longtemps proclamée par eux, c’est que, au lieu de se tenir aux conceptions générales, Darwin, descendant dans l’infini détail de la question, à su tirer avantage des faits les plus minimes et les accumuler en des séries de preuves accablantes pour ses adversaires.