PREMIÈRE PARTIE
et que, par suite, ees animaux ne méritent plus le titre de quadrumanes; ainsi, chez les atèles et les ériodes, l’extrémité du membre thoracique ne possède qu’un pouce rudimentaire, parfois réduit à un simple tubercule sans ongle ; tandis que chez les ouistitis le pouce existe, mais n’est pas opposable et ne jouit que de mouvements d’abduction et d’adduction, lesquels sont même assez restreints. Il n’y a donc pas, à l’égard de l’opposition du pouce et du gros orteil, plus de différence entre l’homme et les singes, qu’il n’y en a entre les divers genres de singes eux-mêmes, et par suite ce caractère ne justifie pas une séparation de l’homme d’avec les singes.
Ce n’est pas à dire qu’il n’y ait réellement une distinction fondamentale entre le pied et la main; Broca, qui a étudié avec une merveilleuse clarté cette question, a montré qu’il faut surtout chercher cette différence essentielle dans les mouvements de totalité de l’extrémité du membre, dans ce qu’on appelle la supination et la pronation. Nous ne saurions développer ici cette intéressante étude, et nous renvoyons le lecteur au mémoire de Broca (op. cit .), auquel du reste nous avons emprunté la plupart des considérations précédentes; qu’il nous suffise de dire que ce qui caractérise une main, c’est d’être portée par un segment de membre (avantbras) formé de deux os, dont l’un (radius) est mobile et tourne autour de l’autre (cubitus), tandis que ce qui caractérise un pied, c’est d’être porté par un segment de membre (jambe) formé de deux os (péroné et tibia) qui sont complètement immobiles l’un sur l’autre : la main présente les mouvements de pronation et de supination (dont les figures 1 et 2 donnent une idée suffisante), outre ceux de flexion, d’extension et de latéralité; le pied est absolument privé du passage de la pronation à la supination. A ce titre les mains des singes sont bien des mains, leurs pieds sont bien des pieds, et les
LE TRANSFORMISME ET L’ESPÈCE HUMAINE
singes, comme l’homme, sont des bipèdes et des bimanes : il n’existe pas d’animaux méritant le titre de quadrumanes.
Fig. 1.
— Squelette du bras et de l’avantbras droit, la main étant en supination ; le radius et la moitié radiale de la main sont ombrés de traits obliques ; le radius est placé parallèlement au cubitus.
— Ces mêmes parties, la main étant en pronation ; le radius croise le cubitus, et la moitié radiale de la main a passé du coté externe au côté interne.
Cuvier avait voulu faire de l’homme un ordre à part. Owen a voulu faire remonter plus haut la séparation de l’homme
d’avec les animaux; il a voulu ériger l’espèce humaine au