PREMIÈRE PARTIE
rang de sous-classe ; à cet effet, il se base sur les dispositions de l’encéphale, et divise la classe des mammifères en quatre sous-classes : savoir, celle des archencéphales (cerveau supérieur, cette classe ne comprend que l’homme); gyrencéphales (cerveau à circonvolutions; tels les carnassiers, ruminants, etc.); lissencép haies (cerveau lisse), et ly encéphales (pas de corps calleux réunissant les deux hémisphères). Pour distinguer le cerveau des archencéphales de celui des gyrencéphales supérieurs, Owen se hase sur des différences bien peu accentuées, à savoir que chez l’homme seul le ventricule latéral du cerveau se prolongerait dans le lobe postérieur en une corne occipitale, dite cavité ancyroïde; que chez l’homme seul, il aurait un petit hippocampe; enfin, que chez l’homme seul le cerveau se prolongerait assez en arrière pour recouvrir complètement le cervelet.
Ce seraient là des caractères auxquels on aurait peine à attacher une importance telle que de baser sur eux la distinction de l’une des sous-classes des mammifères. Mais là n’est même pas la question : la question est de savoir si ces caractères existent réellement, si ces différences, si petites soient-elles, distinguent en effet le cerveau de l’homme d’avec celui des singes les plus élevés. Or, il faut le dire hardiment, il n’en est rien : les singes, au moins pour ce qui est des anthropoïdes, présentent toutes ces particularités considérées à tort comme propres à l’homme, et lorsqu’on voit, par exemple, que dès 1821 Tiedmann avait représenté et reconnu la corne occipitale du ventricule latéral chez les singes, queGratiolet a constaté chez le chimpanzé l’existence d’un petit hippocampe rudimentaire, on se demande si c’est par ignorance de ces faits si bien connus, ou en les supprimant sans aucune justification, que le professeur Owen, en 1857, vint poser son prétendu caractère distinctif entre les archencéphales et les gyrencéphales simiens. Dès 18C0, à la
LE TRANSFORMISME ET L’ESPÈCE HUMAINE
réunion de l’Association Britannique à Oxford, Huxley se vit contraint de donner à Owen un démenti direct et sans réserve.
Pour la suite de cette vive controverse, dans laquelle le beau rôle n’est certes pas resté à Owen, nous renvoyons aux pages émues où Huxley en a retracé l’histoire 1 ; il nous suffit de savoir que la tentative d’Ovven est encore bien moins justifiée que celle de Cuvier.
Les anatomistes sont donc revenus à placer, comme l’avait fait Linné, l’homme et les singes dans un seul et même ordre, celui des 'primates. Depuis la publication des belles leçons de Broca sur ce sujet (l 'Ordre des primates , mémoires d’Anthropologie, t. III), il ne saurait plus y avoir de doutes à cet égard; l’homme diffère moins des singes en général et des anthropoïdes en particulier, que ces animaux ne diffèrent entre eux : l’homme et les singes, appartenant à la classe des mammifères, forment donc dans cette classe un seul ordre, celui des primates; cet ordre a été divisé en cinq familles : 1° les lémuriens (lemur, loris, indri, etc.); 2° les cébiens (atèle, eriode, ouistiti, etc.); 3° les pithéciens (semnopithèque, guenon, magot, etc.); 4° les anthropoïdes (gorille, chimpanzé, orang, gibbon), et 5° les hominiens; cette dernière famille, à l’inverse des précédentes, ne contient qu’un seul genre représenté par Y homme, et caractérisé notamment par son attitude verticale et sa marche exclusivement bipède.
Tel est le résultat auquel arrivent les anatomistes, et il semble qu’en fait de classification le dernier mot doive rester
1. H. Huxley. La place cle l'homme dans la nature (Trad. fr. par E. Dally. Paris, 1868); page 256 : « En sorte, dit Huxley, que la question se présente sous la forme suivante : Non seulement ce que j’ai avancé est d’accord avec les doctrines des savants anciens et avec celles des anatomistes les plus récents, mais je suis tout prêt à le démontrer sur le premier singe venu, tandis que les assertions du professeur Owen sont non seulement diamétralement opposées à toutes les autorités anciennes et nouvelles, mais elles n’ont été, et j’ajoute, ne peuvent être appuyées sur une seule préparation qui les justifie. »