PREMIÈRE PARTIE
Ions d’abord que, aujourd’hui, la science de l’homme préhistorique nous a complètement informés sur la nature des outils dont se servaient les premiers hommes ; avant la pierre polie, c’était la pierre taillée; avant celle-ci, la pierre éclatée par le feu; et sans doute, avant la pierre dont on avait provoqué l’éclatement, l’homme avait dû se servir simplement de la pierre telle qu’il la trouva dans le sol. « Or, dit Darwin (op. cil., p. 85), à l’état de nature le chimpanzé se sert d’une pierre pour briser un fruit indigène à coque dure, ressemblant à une noix. Rengger enseigna facilement à un
singe américain à ouvrir ainsi des noix de palme ; le singe se servit ensuite du même procédé pour ouvrir d’autres sortes de noix ainsi que des boîles. Un autre singe, auquel on avait appris à soulever le couvercle d’une grande caisse avec un bâton, se servit ensuite d’un bâton comme d’un levier pour remuer les corps pesants, et j’ai, moi-même, vu un jeune orang enfoncer un bâton dans une crevasse, puis, le saisissant par l’autre bout, s’en servir comme d’un levier. On sait que, dans l’Inde, les éléphants apprivoisés brisent des branches d’arbres et s’en servent comme de chassemouches ; or, on a observé un éléphant sauvage qui avait la même habitude... Au Jardin zoologique, un singe, dont les dents étaient faibles, avait pris l’habitude de se servir d’une pierre pour casser les noisettes; un des gardiens m’a affirmé que cet animal, après s’en être servi, cachait la pierre dans la paille, et s’opposait à ce] qu’aucun autre singe y touchât. Il y a lâ une idée de propriété, idée qui, du reste, est commune à tout chien qui possède un os, et à la plupart des oiseaux qui construisent un nid » (op. cil., p. 86).