‹ Le DarwinismeChapitre 45 sur 102 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

voulons parler du sentiment du beau et de la croyance en Dieu (ou religiosité).

Pou r ce qui est du sentiment du beau, il ne faut pas aller en prendre comme type les formes les plus élevées chez les peuples civilisés, pour rechercher s’il se trouve chez les animaux quelque chose d’analogue à notre esthétique. Il est évident qu’aucun animal ne serait capable d’admirer une belle nuit étoilée, un beau paysage ou une musique savante; mais ces goûts relevés dépendent, il ne faut pas l’oublier, de l’éducation et de l’association d’idées complexes, et ne sont appréciés ni par les barbares, ni par les personnes dépourvues d’éducation (Darwin, Descend, de V homme, p. 99). Mais si l’on s’occupe de ce qu’on peut appeler les sentiments élémentaires du beau, c’est-à-dire du plaisir que l’on ressent à contempler certaines couleurs et certaines formes, ou à entendre certains sons, on ne peut refuser ces sentiments aux animaux, quand on voit un oiseau male étaler orgueilleusement devant la femelle ses plumes gracieuses ou ses splendides couleurs ; il est impossible de ne pas admettre que les femelles admirent la beauté des mâles. Dans tous les pays, les femmes se parent de ces plumes ; on ne saurait donc contester la beauté de ces ornements. Les oiseauxmouches et certains autres oiseaux disposent avec beaucoup de goût des objets brillants pour orner leur nid et les endroits oû ils se rassemblent : c’est évidemment là une preuve qu’ils doivent éprouver un certain plaisir à contempler ces objets. Or, à en juger par les ornements hideux et la musique non moins atroce qu’admirent la plupart des sauvages, on pourrait conclure que leurs facultés esthétiques sont à un état de développement inférieur à celui qu’elles ont atteint chez quelques animaux, les oiseaux par exemple (Darwin, loc. cit., p. 98 et 99).

Pour ce qui est de la religiosité, nous devons d’autant plus

LA PLACE DE L’IIOMME DANS LA NATURE

y attacher d’importance, c’est-à-dire nous arrêter à en faire une étude critique, que, aujourd’hui, ce caractère est le seul qu’invoquent encore les partisans d’un règne humain, et que cette manière de voir a trouvé pour défenseur un naturaliste français éminent, un anthropologiste dont tous s’accordent à admirer les beaux travaux, de même qu’ils sont unanimes à reconnaître la haute portée et la parfaite bonne foi de ses doctrines; nous avons nommé M. de Quatrefages; il nous sera permis de présenter, sur le point en question, les critiques qui nous paraissent justes, lorsque, renvoyant le lecteur à l’ouvrage qui renferme l’exposé de la doctrine en litige (l'Espèce humaine, Paris, 1877), nous aurons déclaré, comme l’auteur le déclare lui-même en analysant l’œuvre de Darwin, qu’il y a un véritable charme à suivre un pareil esprit jusque dans ses écarts, et que l’on sort de cette étude avec un redoublement de profonde admiration pour le savant et de haute estime pour l’homme.

Dès les premières pages du livre V Espèce humaine , M. de Quatrefages examine, avec une très grande largeur de vues, les rapports de l’homme avec les animaux; ni dans les dispositions anatomiques, ni dans le jeu des organes, il ne trouve rien qui puisse faire ranger l’homme en dehors et à part du règne animal. « Au point de vue anatomique, dit-il, l’homme diffère moins des singes supérieurs que ceux-ci ne diffèrent des singes inférieurs » (p. 13). Pour ce qui est de l’intelligence, si le développement relatif de celle-ci établit certainement entre l’homme et l’animal une différence considérable, ce n’est pas cependant, dit l’auteur, Y intensité d’un phénomène qui lui donne sa valeur au point de vue de la séparation de l’homme et des animaux, mais uniquement sa nature. L’intelligence humaine et l’intelligence animale peuvent-elles être considérées comme étant de la même nature? Les naturalistes, à l’inverse des philosophes et des

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