‹ Le DarwinismeChapitre 48 sur 102 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

au surnaturel parce que nous avons l’habitude de tout mesurera notre aune.

Du reste cette prétendue croyance au surnaturel se réduit, en dernière analyse, à attribuer à des êtres animés la production des phénomènes physiques; qu’on donne à ces êtres animés le nom d 'esprits, de puissances surnaturelles, de divinités, le point de départ, l’origine première de la fausse interprétation est toujours la même. Or, si c’est cette fausseté de l’interprétation qu’on veut considérer comme le rudiment élémentaire de la religiosité, on n’en peut faire un caractère de distinction fondamentale entre l’homme et les animaux, car l’observation de ces derniers nous permet de constater

chez eux des erreurs semblables. Ecoutons à cet égard ce que raconte Darwin, précisément dans un paragaphe intitulé : « Croyance en Dieu; religion. » (La descendance de Y homme , p. 99.) « Un petit fait, dit-il, que j’ai eu occasion d’observer chez un chien qui m’appartenait, peut faire comprendre la tendance qu’ont les sauvages à s’imaginer que des essences spirituelles vivantes sont la cause déterminante de tonte vie et de tout mouvement. Mon chien, animal assez âgé et très raisonnable, était couché sur le gazon un jour que le temps était très chaud et très lourd; à quelque distance de lui se trouvait une ombrelle ouverte que la brise agitait de temps en temps; il n’eût certainement fait aucune attention à ces mouvements de l’ombrelle si quelqu’un eût été auprès. Or, chaque fois que l’ombrelle bougeait, si peu que ce fût, le chien se mettait à gronder et à aboyer avec fureur. Un raisonnement rapide, inconscient, devait dans ce moment traverser son esprit; il se disait, sans doute, que ce mouvement, sans cause apparente, indiquait la présence de quelque agent étranger, et il aboyait pour chasser l’intrus qui n’avait aucun droit à pénétrer dans la propriété de son maître » (loc. cit.y p... 101). Il n’y qu’un pas, facile à franchir, ajoute

LÀ PLACE DE L’HOMME DANS LA NATURE

Darwin, de la croyance aux esprits à celle d’un ou plusieurs dieux. Les sauvages, en eiïet, attribuent naturellement aux esprits les mêmes passions, la même soif de vengeance, forme la plus simple de la justice, les mêmes affections que celles qu’ils éprouvent eux-mêmes.

Nous venons de citer cet exemple du chien de Darwin, pour montrer combien l’illustre observateur savait recueillir les plus petits détails et leur donner ce cachet d’interprétation à la fois simple et puissante qui fait le caractère de tous ses travaux; mais une fois cet exemple rappelé, il n’est certainement personne qui, dans ses propres souvenirs, ne retrouve un exemple de chien aboyant à une porte que fait battre le vent, ou ayant peur dans l’obscurité, ou intimidé la nuit, en pleine campagne par les ombres fantastiques que projette le clair de lune, et alors on se demandera s’il faut bien réellement assigner aux sauvages de l’Australie un prétendu caractère de religiosité, parce que ces malheureux ignorants, tout comme nos jeunes enfants, tremblent la nuit de tous leurs membres quand ils doivent voyager seuls, croient à des apparitions, etc., etc.

Dans tout cela, on ne saurait assez le répéter, il n’y a autre chose à voir, dans ces croyances au naturel, qu’une fausse interprétation, qu’une erreur : rappeler que ces croyances au surnaturel peuvent (et doivent) être l’apanage des races les plus primitives, c’est rappeler, ce qui n’a pas besoin de démonstration, que tous les hommes, quand ils ne savent pas, sont voués à l’erreur ; mais faire de cette erreur le point de départ, la forme élémentaire de la religiosité, on peut se demander si c’est là agir bien adroitement de la part d’auteurs qui, par de nombreuses professions de foi éparses dans leurs œuvres, semblent s’ériger en défenseurs plus ou moins conscients des doctrines spiritualistes et religieuses.

Quoique, avec ce qui précède, la question nous paraisse

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