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INTRODUCTION
espèce unique seraient obligés d’entrer en lutte les uns avec les autres pour se disputer et la place et la nourriture; les plus favorisés, c’est-à-dire ceux qui naîtraient les plus forts, les mieux pourvus de moyens d’attaque et de défense, d aptitudes pour se dérober aux causes de destruction, etc., ceux-là seuls pourraient subsister, se reproduire, et cette lutte produirait une sélection des forts aux dépens des faibles.
Mais en réalité cette lutte pour l’existence commence de bien meilleure heure que dans le cas que nous venons de supposer pour simplifier la première conception de la sélection par la concurrence vitale : à quelque moment de son histoire passée qu’on s’adresse au monde vivant, et en laissant de côté pour l’instant la question des premières origines de la vie sur la terre, non seulement des individus de même espèce se sont trouvés mêlés les uns aux autres, mais encore les espèces diverses se sont trou vées côte à côte, se disputant la place et la nourriture, entretenant cette lutte constante, universelle, dans laquelle le plus faible doit succomber. Dans ces conditions la concurrence vitale ne demande que du temps pour opérer la sélection naturelle , c’est-à-dire faire que les caractères avantageux apportés en naissant par quelques individus s’accentuent successivement dans leurs descendants, de manière à donner des formes qui constituent d’abord de simples variétés, telles que nous en voyons se produire et se conserver tous les jours sous nos yeux, puis à élever ces variétés au rang dit d’espèces, les espèces à celui des familles, et même successivement à
INTRODUCTION
celui d’ordres et de classes. L’enchaînement anatomique des types est bien du dès lors à une transformation successive, graduelle, et cette transformation est due à la sélection naturelle.
Il faut bien distinguer ces deux éléments de la théorie : d’une part transformation des types, transformisme ; la conception n’en appartient pas à Darwin, car nous avons vu avec quelle précision l’énoncé en avait été
donné et par Lamark et par Etienne Geoffroy Saint- Hilaire ; et d’autre part l’explication de ce transformisme, la découverte de sa cause naturelle : ici tout le mérite revient à Darwin, c’est-à-dire à la théorie de la sélection naturelle.
Parmi les formes de la sélection il en est que Darwin a étudiées d’une manière toute spéciale : telles sont celles qu’il désigne sous le titre de sélection sexuelle. Si en effet, la plupart des formes animales peuvent s’expliquer comme étant le résultat direct des influences longtemps accumulées du milieu extérieur (en comprenant par là aussi bien les conditions climatériques que les conditions résultant de la présence d’êtres rivaux, ennemis, contre lesquels l’animal a à lutter), il est des caractères dont on aurait peine à concevoir ainsi le développement : car ils ne nous paraissent pas constituer directement des avantages pour la concurrence simplement vitale, c'est-à-dire pour la défense de l’animal à la recherche de sa nourriture ou en lutte avec ses ennemis; tels sont les caractères si remarquables du plumage chez les oiseaux males, et en général toutes les particularités