PREMIÈRE PARTIE
revenir pour établir toute classification sérieuse; à ce point de vue, comme du reste à tout autre point de vue, l’homme appartient au règne animal ; c’est un animal de l’embranchement des vertébrés, de la classe des mammifères, de l’ordre des primates : dans cet ordre des primates il forme la famille des hominiens , à côté des diverses familles de singes dites anthropoïdes , pithéciens , cébiens , etc.
Nous avons cru devoir revenir sur cette question importante, comme appendice nécessaire de ces études préliminaires sur l’espèce et sur la classification, examinées comme introduction à l’exposé du transformisme, parce qu’il était important de fixer la place de l’homme dans la nature, afin de savoir si la doctrine transformiste lui est applicable comme aux autres animaux. La réponse n’est plus douteuse maintenant; du reste elle ne l’a jamais été, et c’est précisément parce que tous avaient compris combien rigoureusement le transformisme devait être appelé à expliquer l’origine de l’homme, que, dès les premières publications de Darwin, alors que ce grand naturaliste s’était abstenu encore de faire aucune allusion à l’espèce humaine, de telles hostilités se sont élevées contre sa doctrine de la part des hommes attachés aux traditions orthodoxes.
Aujourd’hui les idées ont fait leur chemin : à peine restet-il encore à combattre, chez les personnes étrangères aux sciences naturelles, une dernière pensée, purement sentimentale, de répulsion pour cette parenté indiquée entre les hommes et les singes, comme membres de l’ordre des primates. Mais, est-il besoin de le préciser? cette parenté, dont les uns s’indignent, et que les autres acceptent et proclament avec ostentation, cette parenté n’est pas absolument telle qu’on la voit souvent énoncée de part et d’autre, car ce point du transformisme, comme du reste la doctrine entière, présente ce caractère d’être une des choses dont
LA PLACE DE L’HOMME DANS LA NATURE
tout le monde parle, et que peu de personnes connaissent réellement.
En effet, si dans les pages qui précèdent, nous avons été assez heureux pour faire comprendre ce qu’est réellement la classification considérée comme arbre généalogique (et c’est du reste une question qui sera par la suite plus amplement développée), il doit être devenu évident pour chacun que les espèces actuelles ne dérivent pas les unes des autres, mais d’ancêtres communs; que semblablement les genres ou familles voisins, quelle que soit la gradation hiérarchique qu’on aperçoive entre eux, ne peuvent pas être considérés comme représentant, par leurs types actuels les plus élevés, les dérivés des types actuels les plus inférieurs, mais seulement comme procédant de types ancestraux communs, et en procédant par une série de types intermédiaires que la science s’applique à retrouver par la paléontologie ou à concevoir par l’emhryologie : en un mot, et pour rappeler la forme ordinaire, complètement inexacte du reste, dans laquelle on a trop souvent exprimé les rapports de l’homme et des autres primates, l’homme ne descend pas des singes anthropoïdes; le gorille, le chimpanzé, ne sont pas les aïeux de l’humanité; des formes ancestrales communes ont existé, et d’elles se sont détachées successivement, comme des branches d’un tronc commun, des séries de types diversifiés qui ont abouti parallèlement et indépendamment, les unes au type homme, les autres au type anthropoïde, au pitiiécien, au cébien. C’est-à-dire, pour employer, mais d’une manière plus exacte que précédemment, des termes empruntés à l’expression ordinaire des degrés de parenté, que les hommes et les singes ne sont pas même frères, mais seulement arrière, très arrière-petits-cousins.
Si sous cette forme, qui est la seule vraie, le seul rapprochement entre l’homme et les singes paraît encore blessant