Vov. De Quatrefages, L’espèce humaine, 1877, p
formes extrêmes sus-indiquées. De même les feuilles sub- • mergées de la châtaigne d’eau (trapa natans ) sont capillaii •es, tandis que les feuilles aériennes ne le sont pas. La sagittaire doit son nom à ses feuilles aériennes qui ont exactement la forme d’un fer de flèche; mais lorsque ces feuilles sont submergées dans une eau courante, elles forment de longs rubans ondulants suivant le ïil des eaux. Mêmes variations pour le plantain d’eau (alisma planta go), dont les feuilles ovalaires deviennent rubannaires et flottantes dans les eaux courantes. Ch. Martins, auquel nous empruntons ces divers exemples ( Op . cit., Revue des Deux Mondes , mars 1873), fait encore remarquer que le jonc lacustre ( scirpus lacustris ) n’a point de feuilles et seulement des gaines rougeâtres terminées par un petit limbe ; que, quand la plante est dans une eau peu profonde, ce limbe avorte complètement, tandis que dans une rivière il se développe, s’allonge et atteint parfois une longueur de un à deux mètres. Les feuilles flottantes du nénuphar jaune sont étalées à la surface de l’eau sous forme de disques arrondis; mais les feuilles submergées sont transparentes et bosselées comme celles du chou pommé. Or, ces deux modifications morphologiques, la forme rubanée et la forme bosselée, deviennent constantes et permanentes dans les plantes marines : la première dans les laminaires, les zostères, les cymodocées; la seconde dans les ulvacées (Ch. Martins, op. cit., p. 13).
On pourrait croire que ce ne sont là que des modifications extérieures de forme. Mais l’étude histologique montre que l’eau imprime à l’organisme végétal des modifications profondes de la structure anatomique : ainsi mon père, le botaniste Duval-Jouve, a constaté qu’une plante aquatique, quelle que soit la famille à laquelle elle appartienne1, présente des
1. Duval-Jouve. De quelques ioncs à feuilles cloisonnées, 1872.
cellules cloisonnées aérifères. Dans un même genre, le genre Iris par exemple, les iris germanica et florentina, plantes terrestres, ne présentent pas de cellules cloisonnées, tandis que les iris fœtida et pseuclacorus, espèces aquatiques, en sont pourvus.
M. Ch. Flahaut, dans un travail récent (. Nouvelles observations sur les modifications des végétaux suivant les conditions 'physiques du milieu , in Annales des sc. nat. Bot.1880, 6e série, t. IX, p. 159), conclut que l’accroissement des feuilles sous les hautes altitudes, pour une même espèce, a pour cause l’éclairement très long, mais d’intensité faible, dont elles subissent continuellement l’influence. Par des expériences précises, il confirme également les observations antérieures sur l’augmentation du coloris des fleurs avec la latitude, pour une même espèce.
L’influence du séjour prolongé dans l’eau, chez des êtres qui n’y passent d’ordinaire que les premières phases de leur développement, n’est pas moins évidente chez les animaux et notamment chez les batraciens. C’est un fait dont nous avons donné avec détail un exemple probant lorsque, à propos d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, nous avons rapporté l’expérience de Williams Edwards sur les têtards de grenouille tenus immergés au fond de la Seine. Rappelons donc d’une manière générale les rapports que présentent chez les batraciens le séjour dans l’eau et les dispositions de l’appareil respiratoire. Ainsi les têtards de la grenouille et du crapaud respirent par des branchies temporaires, car, à mesure que les pattes poussent et que la queue se résorbe, les poumons se développent et les branchies s’atrophient, l’animal acquérant la respiration aérienne. Les tritons perdent beaucoup plus tard leurs branchies, alors qu’ils ont acquis à peu près la forme qu’ils présentent à l’état adulte.
Mais chez les uns comme chez les autres de ces animaux,
quand on les force à rester au fond de l’eau, en leur rendant impossible l’action de venir chercher l’air à la surface, la métamorphose ne s’accomplit pas. Aussi parfois, en présence d’un batracien exotique pourvu de branchies, est-on embarrassé de dire si on a affaire à un animal adulte pourvu de branchies ou bien aune forme larvaire d’un animal qui doit ultérieurement acquérir la respiration aérienne. Ainsi on connaît sous le nom d’axolotls ( siredon pisciforme) un batracien à branchies extérieures vivant dans le lac qui avoisine la ville de Mexico. Ces axolotls se reproduisent, et par conséquent peuvent être considérés comme des animaux adultes ; et cependant ils ne sont bien réellement que des têtards, pouvant parfois acquérir, selon les circonstances, une forme qui mérite à plus juste titre le nom d’adulte. En effet, un grand nombre de ces axolotls ayant été donnés à la ménagerie du Muséum, la plupart ne se modifièrent pas; mais, en octobre 1865, Aug. Duméril remarqua que plusieurs présentaient des taches jaunes, en même temps que leur crête caudale s’atrophiait ainsi que les branchies, et en novembre ces axolotls s’étaient transformés en un triton du genre amblystoma , dont les espèces habitent l’Amérique du Nord, c’est-cà-dire en un animal amphibie, respirant par des poumons, dépourvu de branchies, et à queue cylindrique. Duméril eut l’idée de couper les branchies d’un certain nombre d’axalotls; quelques-uns se métamorphosèrent en tritons, d’autres restèrent à l’état de têtard.
Au contraire, toujours chez les batraciens, l’influence d’un pays sec peut agir (cette fois non plus sur un individu, mais sur une série de générations) de manière à hâter singulièrement les métamorphoses, de sorte que l’animal sorte de l’œuf à l’état parfait. Ainsi, en Europe, la petite grenouille verte dite rainette, qui se tient habituellement sur les feuilles de plantes aquatiques, va pondre ses œufs dans l’eau,
mathias duval. — Darwinisme.
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et de ses œufs sort un têtard qui se transforme lentement comme celui de la grenouille ordinaire. Or M. Bavay a observé aux Antilles une espèce de rainette qui pond ses œufs sous les pierres et amas de feuilles humides. C’est dans cet œuf même que s’accomplissent les métamorphoses du têtard, qui y apparaît d’abord muni d’une queue et de branchies et en sort au bout de dix jours sous la forme d’une petite rainette (. Hylodes martinicensis) sans queue, sans branchies, et respirant par des poumons.
Quoique cet exemple sorte un peu des cas de variations individuelles, et que nous empiétions ainsi sur l’étude de l’adaptation et de l’évolution que nous devons faire ci-après, il était bon de noter dès maintenant ces métamorphoses accomplies tantôt hors de l’œuf, tantôt dans l’œuf même, car elles nous éclairent sur les métamorphoses des animaux supérieurs, qui parcourent dans le sein de leur mère les différentes phases de leur développement sérial à partir d’une classe d’animaux inférieurs à celle dont ils font partie.
La manière dont un organisme est pourvu d’air ou de lumière amène des variations d’un aspect caractéristique : on sait quel aspect prennent les plantes qui poussent dans des caves loin des rayons du soleil; on sait également quelle influence a l’action des rayons solaires sur le développement du pigment dans l’épiderme de la peau humaine.
Du reste, nous aurons à revenir sur l’influence de la lumière ou de l’obscurité en parlant des nombreuses espèces d’animaux aveugles qui habitent certaines cavernes profondes : ici les modifications produites (atrophie des yeux) se rapportent du reste à la cause connue sous le nom de défaut d’usage des parties. — Quant à l’influence produite par l’accès plus ou moins libre de l’air, rappelons qu’une même plante, selon qu’elle pousse libre ou entourée de voisines qui l’étouffent, prend un aspect général très différent
dans les deux cas, poussant large et étalée dans le premier, longue et de forme amincie dans le second.
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Ces dernières modifications se rapportent aussi bienàl’influence exercée par l’abondance ou la pauvreté de la nourriture, influence qui est l’une des causes les plus puissantes de variations. « Pour donner plus de nourriture à une plante, il suffit, dit Darwin, de la faire croître isolément, ce qui empêche les autres plantes de lui dérober ses éléments nutritifs. J’ai été souvent étonné de la vigueur avec laquelle poussent nos plantes sauvages communes, lorsqu’on les plante isolément, bien que dans un sol non fumé. » Quant à la culture dans un terrain gras, son influence modificatrice est assez connue pour que nous n’ayons pas à y insister ici. — La nature de l’alimentation modifie les animaux dans un un sens bien connu des éleveurs notamment pour le bétail (Darwin, Variations , t. II, p. 99).
Le 1er juillet 1882, M. P. Regnard communiquait à la Société de biologie les faits suivants : « Depuis quatre mois je nourris, à la ferme école de Joinville, des agneaux en ajoutant à leur ration ordinaire une certaine quantité de sang cuit et desséché. Je me suis demandé si une ration contenant une aussi grande quantité d’azote que celle que je donne à ces animaux, n’était pas capable de développer chez eux le système pileux, qui contient une quantité d’azote si notable. Or voici la quantité de laine fournie par ces agneaux de quatre mois, au moment delà tonte qui vient d’avoir lieu :