QUATORZIÈME LEÇON
l’hérédité et ses lois
Voyez-vous cet œuf? C’est avec cela qu’on renverse toutes les écoles de théologie et tous les temples de la terre.
Diderot (Entretien entre d’Alembert et Diderot).
Hérédité de certaines variations. — Le mouton ancon. — Observations de Réaumur. — La •famille Lambert. — L’hérédité directe et immédiate. — L'hérédité en retour (réversion, atavisme). — Théorie des caractères latents. Effets des croisements.
Les variations, dont nous venons de faire une rapide revue, peuvent être transmises par la génération, aussi bien quand elles ont caractérisé le père ou la mère. Cette transmission, dite héréditaire, est surtout frappante pour le cas où la variation individuelle est très accentuée, c’est-à-dire représente une véritable anomalie. Ici les exemples sont très nombreux, et nous nous contenterons de rappeler les plus significatifs.
Ainsi le mouton ancon, dont nous avons si souvent rappelé Lhistoire, accouplé avec une brebis ordinaire, lui fit produire de jeunes agneaux dont les uns étaient des ancons purs, tandis que les autres étaient des moutons dépuré race commune. Le caractère de variation du père n’était donc pas fatalement transmisà tous les produits engendrés, mais
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loujours à quelques-uns. Mais lorsqu’on eut obtenu un nombre suffisant de moutons ancons pour les entrecroiser, leurs produits lurent toujours des ancons bien caractérisés. (Le colonel Humparey, qui a donné tout au long l’histoire de ces animaux, dit formellement n’avoir jamais eu connaissance d’un seul cas où un bélier et une brebis ancons n’aient pas produit des agneaux ancons.)
De même un agneau mâle mérinos étant né en 1838 à la ferme de Mauchamp, et se faisant remarquer par une laine longue, droite, lisse et soyeuse, fut choisi comme reproducteur, et, en 1833, l’éleveur, se trouvant avoir élevé assez de béliers du meme caractère pour le service de son troupeau entier, pouvait bientôt vendre des reproducteurs de sa nouvelle race (Darwin, Variations , 1. 1 , p . 1 (37). Les races cultivées de bœufs sans cornes ont eu pareillement pour souche un individu que cette particularité avait fait choisir comme reproducteur. Anderson raconte que, dans une portée de lapins, il s’en trouva accidentellement un n’ayant qu’une oreille et qui devint le point de départ d’une race, laquelle continua à produire des lapins à oreille unique. L’albinisme est également héréditaire, et chez quelques animaux, par exemple les lapins et les souris, où les albinos sont recherchés, on veille à leur reproduction pour en obtenir des races
particulières.
Réaumur rapporte l’observation d’un couple maltais du nom de Kelleia, dont les mains et les pieds étaient conformés comme ceux de tout le monde, et qui eut un lils, G ratio, possédant six doigts parfaitement mobiles à chaque main et à chaque pied. Ce Gratio Kelleia, s’étant marié avec une femme dont les extrémités étaient normales, en eut quatre enfants : « L’aîné, un garçon, nommé Salvator, avait six doigts et six orteils comme son père; le second et le troisième enfant, deux garçons, avaient cinq doigts et cinq orteils
comme leur mère ; mais les mains et les pieds du troisième étaient un peu difformes; le dernier, enfin, une fille, avait cinq doigts et cinq orteils, mais ses pouces étaient difformes aussi. La variété se reproduisait ainsi dans toute sa pureté chez l’aîné, tandis que le type normal se produisait pur chez chez le troisième, et presque pur chez le second et le dernier enfant.
Il semblerait donc tout d’abord que le type normal avait été jusqu’ici plus puissant que la variété. Mais tous ces enfants grandirent et se marièrent; les femmes des garçons, le mari de la fille étaient normalement constitués, el remarquez ce qui se produisit alors : Salvator eut quatre enfants, dont trois présentaient les membres hexodactyles de leur grand-père et de leur père, le plus jeune était pentadactyle comme la mère et la grand’mère; ainsi donc cette fois, malgré une double dilution de sang pentadactyle, la variété hexodactyle l’emportait. Cette variété l’emportait d’une façon plus marquée encore dans la descendance de deux autres de ces enfants, Marie et Georges. Marie, dont les pouces seulement étaient difformes, donna naissance à un fils qui avait six orteils, et à trois autres enfants normalement constitués; mais Georges, qui n’était pas pentadactyle tout à fait aussi pur que sa sœur, eut d’abord deux filles qui avaient l’une et l’autre six doigts et six orteils; puis il eut une fille qui avait six doigts à chaque main et six orteils au pied droit seulement; il eut enfin un garçon qui n’avait que cinq doigts à chaque main et à chaque pied. Finalement André, le fils pentadactyle pur, fut père de nombreux enfants dont aucun ne s’écartait du type normal (Huxley, Lay Sermons , trad. fr., p. 374).
Ce cas peut servir comme type des nombreux exemples d’hexadactylie héréditaire rapportés dans tous les traités sur les monstruosités et sur l’hérédité. Remarquons cepen-
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dant que d’autres exemples du même cas sont plus remarquables encore, par le fait que, à chaque génération, l’anomalie paraissait devenir plus prononcée, quoique dans chacune la personne affectée se soit toujours mariée avec une qui ne l’était pas; tel est le cas rapporté par le docteur Struthers :
« Un doigt surnuméraire parut sur une main à la première génération; à la seconde, sur les deux mains ; à la troisième, trois frères l’eurent sur les deux mains et U un d’eux sur un pied; à la quatrième génération, les quatre membres présentèrent l’anomalie. » 11 ne faudrait pas cependant s’exagérer la force d’hérédité, car, comme le fait remarquer le docteur Struthers lui-même, les cas de non-transmission des doigts surnuméraires, ou de leur apparition dans des familles où il n’v en avait pas auparavant, sont plus fréquents encore que les cas héréditaires. Aussi serait-ce faire abus de la croyance à l’hérédité nécessaire que déjuger comme dans le cas rapporté par Ilæckel ( Création , p. 159), à savoir, de cette famille espagnole où tous les enfants, un excepté, avaient des pieds et des mains sexdigités; le plus jeune seul était normal, et le père, qui était sexdigité, ne voulait pas le reconnaître pour son enfant.
Citons encore, comme cas remarquable observé dans l’espèce humaine, celui de la famille Lambert, qui vivait à Londres à la fin du siècle dernier. L’individu souche de cette famille, Edouard Lambert, dit l’homme porc-épic, présentait une peau couverte d’un revêtement corné épais d’un pouce et hérissé d’écailles et de piquants : il eut six enfants et deux petits-fils présentant ces mêmes particularités ; mais ses petites-filles furent exemptes de ces formations cornées. — Dans trois générations successives d’une famille siamoise on a observé la présence de longs poils recouvrant la figure et le corps, anomalie qui était accompagnée de l’absence des dents.
Si nous revenons aux animaux, et que nous voulions des laits encore plus remarquables, nous pouvons emprunter à Darwin l’histoire d'une race de porcs à deux jambes, chez lesquels les membres postérieurs faisaient complètement défaut, particularité qui se transmit pendant trois générations.
On sait combien de maladies sont héréditaires, et ici il n’est pas besoin d’insister, les faits à l’appui étant de notion vulgaire; on sait aussi que les traits particuliers du caractère , comme l’orgueil, l’ambition, se transmettent plus ou moins intégralement, et que les maladies mentales présentent trop fréquemment des cas d’hérédité. D’autre part, les facultés intellectuelles sont plus ou moins transmissibles : dans la famille de Bach on a compté jusqu'à vingt-deux musiciens, et ce qui s’est réalisé ainsi pour les aptitudes musicales s’est montré le même nombre de fois pour l’aptitude à la poésie, aux arts d’imitation, aux mathématiques, etc.
Du reste, il n’est pas besoin d’exemples de transmission de formes ou de facultés plus ou moins extraordinaires pour prouver l’hérédité; la transmission, dans l’espèce humaine, des traits du visage et du caractère de l’esprit est chose d’observation si ordinaire, que c’est sans doute la constatation des faits de cet ordre qui a amené l’homme à les ériger en loi absolue; c’est le sentiment plus ou moins conscient de cette loi qui a été la source d’un grand nombre d’institutions humaines, comme celles des castes, de la noblesse héréditaire, de la monarchie héréditaire, etc. « Malheureusement, ditHæckel(CVéaJ£cw,p. 161), ce ne sont pas seulement les vertus, mais aussi les vices qui se transmettent en se forlifiant, par l’hérédité, et si vous prenez la peine de comparer, dans l’histoire universelle, les individus ayant appartenu aux diverses dynasties, vous trouverez partout mille preuves attestant la puissance de l’hérédité, mais bien moins de
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l’hérédité des vertus que celle des vices. Songez, par exemple, aux empereurs romains, aux Claudiens, ou aux Bourbons de France, d’Espagne et d’Italie. »
C’est encore la conscience de la haute importance de l’hérédité qui est l’origine du sentiment de fierté avec lequel les familles conservent et montrent leurs antiques arbres généalogiques, oubliant que trop souvent les conditions de milieu, créées précisément par les mérites de leurs ancêtres, sont devenues pour les descendants une cause de dégénération, de sorte que l’hérédité est ici contre-balancée et annulée par les modifications individuelles successives. Bien plus sérieux aux yeux des naturalistes sont les documents généalogiques des animaux domestiques à la reproduction desquels l’homme a veillé avec la plus rigoureuse sévérité, écartant tout sujet qui n’était pas reconnu d’une inconstestable supériorité, évitant toute condition capable de produire une dégénérescence de la race. C’est ainsi que nous voyons dès longtemps les Arabes, à demi civilisés, conserver la généalogie de leurs chevaux, les éleveurs dresser scrupuleusement et publier les généalogies du bétail courte-cornes et plus récemment de la race Hereford. On a également, dit Darwin ( Variations , t. II, p. o), dressé des généalogies de lévriers, et les noms de quelques-uns, comme Snowbal, Mayor, etc., sont aussi connus des chasseurs que ceux d’Eclipse et d’Hérold le sont sur le turf. Autrefois, on dressait des généalogies des coqs de combat appartenant aux lignées en renom, et dont quelques-unes remontent à un siècle en arrière. Les éleveurs du Yorkshire et du Cumberland relèvent et impriment les généalogies de leurs porcs, et, pour montrer combien on estime les individus de race pure, on peut citer M. Brown qui, à Birmingham, en 1850, gagna tous les premiers prix pour les petites races, et vendit à lord Ducie, pour le prix de quarante-trois guinées, une jeune truie et un mâle de sa race;
mathias du val. — Darwinisme.
la truie seule fut achetée ensuite par le Rév. F. Thursby pour soixante-cinq guinées, lequel écrit : « Elle m’a fort bien payé, car j’ai vendu ses produits pour trois cents livres, et je possède d’elle encore quatre truies pleines. » Les espèces sonnantes, ainsi payées et repayées, sont un excellent critérium de la valeur de la supériorité héréditaire.
Tout l’art de l’éleveur, qui a donné de si grands résultats depuis le commencement de ce siècle, repose sur ce fait de T hérédité de chaque détail de conformation; et pourtant
l’hérédité n’est pas absolue, car, si elle l’était, l’art de l’éleveur serait la certitude même, et la part qui reviendrait à l’habileté et à la persévérance des éleveurs qui ont amené nos animaux domestiques à leur état actuel, ne serait que minime (Darwin, Ibid., p. 4). Nous reviendrons sur cette question en parlant de la sélection artificielle.
L’hérédité, chez les animaux, porte, comme chez l’homme, aussi bien sur les facultés cérébrales que sur les formes anatomiques. Ainsi un chien qui présente des aptitudes particulières pour la chasse, transmet ses instincts par la génération, comme le lévrier transmet sa rapidité à la course. Chez l’homme aussi, comme chez les animaux, on constate encore l’hérédité de certaines particularités physiologiques, comme, par exemple, de la fécondité; ainsi Lucas cite l’exemple d’une mère qui eut vingt-quatre enfants, dont cinq filles; celles-ci, à elles cinq, mirent au jour quarante-six enfants; de plus cette femme avait eu un fils, lequel fut père d’une fille, et cette dernière, jeune encore à l’époque où fut recueillie l’observation, était déjà accouchée de son seizième enfant. — 11 est assez généralement reconnu, dit Ribot que la longévité dépend moins de la race, du climat, de la profession, du genre de vie et de l’alimentation, que de la transmission héréditaire. Cette forme d’hérédité a été remarquée depuis très longtemps en Angleterre, où les-
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compagnies d’assurances sur la vie se font transmettre, par leurs agents, des renseignements sur la longévité des ascendants de la personne à assurer. Il est, en revanche, des familles où les cheveux blanchissent dès la première jeunesse et où l’énergie des facultés physiques et intellectuelles s’éteint de bonne heure. Chez d’autres, une mort précoce est si ordinaire, qu’il n’y a qu’un petit nombre d’individus qui puissent s’y soustraire à force de précautions. Dans la famille de Turgot, on ne dépassait guère l’âge de cinquante-neuf ans; et l’homme qui en fait la célébrité, voyant approcher cette époque fatale, malgré toute l’apparence d’une bonne santé et d’une grande vigueur de tempérament, fit observer un jour qu’il était temps pour lui de mettre ordre à ses affaires et d’achever un travail qu'il avait commencé, parce que dans sa famille on finissait à cet âge; il mourut, en effet, à cinquante ans. — De même, si certaines maladies sont héréditaires, inversement l’immunité dont jouissent certaines familles à l’égard de maladies contagieuses, et en particulier de la variole, est bien établie (Ribot, p. 7).
Nous venons de donner, presque pêle-mêle, ou du moins sans autre lien de classification que celui même résultant de la nature des particularités transmises, un certain nombre d’exemples d’hérédité. Mais ces faits peuvent et doivent être classés plus particulièrement au point de vue des rapports entre les produits et leurs ascendants; c’est à cette classification qu’on a donné le nom de lois de V hérédité. Nous allons, en donnant de nouveaux exemples, passer en revue ces lois; mais n’oublions pas que sous ce nom on n’entend autre chose que la coordination naturelle des faits tels qu’ils nous sont connus.
La première loi est celle dite de Y hérédité directe et immé-
diate. Elle exprime ce fait, le plus général et de l’observation la plus commune, que les parents ont une tendance à léguer à leurs enfants tous leurs caractères, généraux et individuels, anciens et nouvellement acquis. Mais, comme chez les organismes élevés, par le fait de la reproduction sexuée, il y a deux individus engendreurs, il est bien rare que le produit engendré représente une résultante parfaite entre les caractères de ses parents, c’est-à-dire qu’ils soit, selon l’expression de Lucas, en équilibre absolu entre le père et la mère dans leur nature physique et morale. Le plus souvent il y a mélange des caractères propres aux parents, mélange qui peut être plus ou moins irrégulier, mêlant aussi bien les caractères physiques que les particularités cérébrales, et c’est ainsi que, selon une constation vulgaire, on dit d’un enfant qu’il a les yeux de sa mère et la bouche de son père, etc., ce mélange irrégulier pouvant présenter toutes les combinaisons possibles.
Mais ces combinaisons peuvent affecter des dispositions régulières et former, relativement aux emprunts faits aux parents, quelque chose de symétrique pour ainsi dire, d’où, dans les ressemblances héréditaires, certains croisements qui, vu la fréquence qu’ils présentent, sont comme les subdivisions de la loi d’hérédité directe et immédiate; ainsi :
1° L’égalité d’action des deux parents peut consister en un partage où l’un donne les formes extérieures, et l’autre lègue ses qualités mentales; les exemples très nets de ce croisement du physique et du moral des parents, sur un même produit, sont très nombreux. Chez l’homme, dit Ribot, l’exemple le plus connu est celui de Lislet Geoffroy, ingénieur à l’ile de France, fils d’un blanc et d’une négresse très bornée. Au physique, il était nègre autant que sa mère par les traits, la couleur, la chevelure, et par l’odeur propre à sa race ; au moral il était si bien un blanc, sous le rapport du dévelop-
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pement intellectuel, qu’il avait réussi à vaincre les préjugés du sang si puissants aux colonies, à être reçu dans les maisons les plus aristocratiques. A sa mort il était membre correspondant de l’Académie des sciences.
Chez les animaux, Darwin rapporte divers exemples de cette hérédité croisée bi-latérale. Lord Oxfort, dit-il, a opéré un croisement dans sa fameuse meute de lévriers avec le boule-dogue, race qui fut choisie parce qu’elle manquait d’odorat, mais possédait au plus haut degré le courage et la ténacité, qualités qu’on recherchait. Au bout de six ou sept générations, toute trace de la forme extérieure du bouledoguefut éliminée dans les descendants, mais le courage et la persévérance persistèrent. De même quelques chiens d’arrêt ont été croisés avec la race des chiens chassant le renard pour leur donner de la fougue et de la rapidité.
2° Ou bien le croisement héréditaire est tel qu’un sexe transmet ses caractères spécialement aux enfants du sexe inverse, les filles ressemblant au père, les fils à la mère.
Dans l’espèce humaine ces cas sont d’observation vulgaire, à tel point que Michelet croit pouvoir aftirmer l’hérédité croisée au nom de l’histoire, relativement aux familles royales : « Nul roi, dit-il en parlant de Louis XVI, ne montra
mieux une loi de l’histoire qui a bien peu d’exceptions: le roi, c’est l’étranger. Tout fils tient de sa mère. Le roi est le fils de l’étrangère et en apporte le sang. La succession presque toujours a l’effet de l’invasion, les preuves en sont innombrables. Catherine, Marie de Médicis nous donnèrent de purs Italiens; la Farnèse de même dans Charles 111 d’Espagne; Louis XVI fut un vrai roi saxon et plus Allemand que l’Allemagne. »
Chez les animaux les faits sont sans doute plus démonstratifs encore lorsqu’ils sont le résultat d’expériences plus rigoureusement conduites, comme dans les deux cas sui-
vants, empruntés l’un à Giron, l’autre à Bufïon. « Un chat sauvage allié à une chatte domestique, dit Girou, m’a donné deux chats qui ressemblaient à la mère, étaient doux et familiers comme elle, et une chatte qui ressemblait au père, était sauvage comme lui et bien plus rusée que ses frères. » Le même auteur rappelle du reste que les chasseurs ont adopté le proverbe: « Chien de chienne et chienne de chien, » pour exprimer qu’on retrouve les qualités de la mère dans le fils et celles du père dans la fille. Quant au cas de Bufïon, il est relatif au croisement d’un chien et d’une louve, et présente un exemple de double croisement entre les sexes d’une part, entre les caractères physiques et moraux d’autre part; en effet, la louve mit bas deux petits: l’un, mâle, ressemblait physiquement au chien, mais était d’un caractère féroce et sauvage; l’autre, femelle, ressemblait physiquement à la louve, mais était douce, familière et caressante jusqu’à l’importunité (Voy. pour d’autres exemples, Bibot, op.cit., p. 185).
Comme contraste avec ces exemples d’hérédité croisée, rappelons, pour donner un type d’hérédité directe avec prépondérance d’un sexe sur le sexe du même nom, le cas déjà cité de la famille d’Edouard Lambert, l’homme porc-épic, dans laquelle l’anomalie ne se propageait qu’aux mâles, et ajoutons que, au point de vue psychologique, Baillarger, en s’appuyant sur les données statistiques empruntées aux maladies mentales, incline à croire que l’hérédité a lieu ici plus souvent entre les sexes du même nom. Inversement, pour les affections pulmonaires, quelques auteurs, tels que Roche, pensent que la transmission du tubercule se fait en général des pères aux fdles et des mères aux garçons (Voy. Voisin, art. Hérédité du nouveau Dict. de méd. et chir. prat ., p. 408).
Dans le croisement des races, on observe parfois qu’une
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race a la prépondérance sur une autre, pour l’un comme pour l’autre sexe : c’est ainsi que le croisement entre les pigeons grosse-gorge et les pigeons paons donne des produits qui ressemblent toujours plus aux premiers qu’aux seconds. Chez les mammifères, le chacal a la prépondérance sur le chien, ainsi que l’a constaté Flourens à la suite de plusieurs croisements opérés entre ces animaux. Darwin a observé le même fait sur un métis de chacal et de terrier (' Variations , t. Il, p. 72). D’après les observations de Colin et d’autres, l’âne a incontestablement sur le cheval une prépondérance plus prononcée du côté du mâle que du côté de la femelle, ainsi le mulet ressemble plus à l’âne que le bardau.
La seconde loi de l’hérédité est dite celle d hérédité en retour ou de réversion , ou Ü atavisme : elle comprend les faits bien connus de ressemblance d’un enfant non plus avec son père ou sa mère, mais avec son grand-père ou sa grandmère, de sorte que l’hérédité de certains caractères semble avoir sauté une génération. On peut dire alors que l’hérédité est médiate.
Ces faits avaient été déjà remarqués des anciens : Plutarque raconte qu’une femme grecque ayant mis au jour un enfant noir, et étant appelée en justice pour adultère, il se trouva qu’elle était en la quatrième ligne descendue d’un Ethiopien. Montaigne rappelant le fait, en exprime ainsi son étonnement : « Quel monstre est-ce que cette goutte de semence, de quoi nous sommes produits, porte en soy les impressions non de la forme corporelle seulement, mais des pensements et inclinations de nos pères... et comme portet-elle ses ressemblances d’un progrez si téméraire et si desréglé que l’arrière petit-fils respondra à son bisaïeul, le neveu à l’oncle? »
De Quatrefages rapporte, d’après une source authentique
et officielle, le cas suivant, tout semblable au précédent : Deux esclaves noirs, dans une même habitation située dans la Virginie se marient. La femme met au monde une fille entièrement blanche. En voyant la couleur de son enfant
elle fut saisie de terreur, et, tout en déclarant qu’elle n’avait jamais eu de relations avec un blanc, elle s’efforça de cacher sa fille, en faisant éteindre la lumière pour que le pere ne pût la voir. Celui-ci arriva bientôt, se plaignit' de cette obscurité inusitée et demanda à voir son enfant. Les terreurs de la mère s’en accrurent, quand elle vit son mari approcher la lumière; mais, dès qu’il vit sa fille, il parut enchanté... Peu de jours après il lui dit : Vous avez eu peur de moi, parce que mon enfant était blanc, mais je l’aime bien davantage pour cela : mon propre père était blanc, bien que mon grandpère et ma grand-mère fussent aussi noirs que vous et moi. Quoique nous venions d’un pays où l’on n’a jamais vu de peuple blanc, il y a toujours eu un enfant blanc dans toutes les familles qui se sont alliées à nous. » Il paraît, ajoute M. de Quatrefages, que des phénomènes de cette nature se sont produits même en Afrique, et M. l’amiral Fleuriot- Delangle en citait dernièrement un analogue. Nous avons déjà donné un exemple semblable en rapportant l’histoire de la famille de Gratio Kelleia, où nous avons vu la variation hexodactyle sauter par-dessus toute une génération pour se produire dans toute sa force à la génération suivante.
Martin de Maussy a observé des familles chez lesquelles au bout de plusieurs générations il y a toute une série d’enfants, portant beaucoup plus que leur père et leur mère les signes d’un mélange africain, remontant au moins à une cinquième génération antérieure. Il est encore une dame dont le père était quarteron ; mariée à un Anglais de race pure, elle eut dix-neuf enfants, qui tous offraient des traces non équivoques de ce seizième de sang africain; par contre,
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deux sœurs de cette dame, mariées également à des Européens, eurent des enfants cpii ne portaient aucune trace du mélange paternel (Bulletin de la Société d'anthropoloqie , 1865, p . 288).
Les éleveurs ont recueilli un nombre immense de faits de ce genre, montrant tout à coup la réapparition, chez un sujet, de caractères que présentaient seulement ses ancêtres très éloignés. Ainsi on est arrivé à fixer par la sélection une race de moutons sans cornes, mais dont les ancêtres primitifs étaient pourvus de ces formations; aussi voit-on parfois, parmi les agneaux mâles de ces races sans cornes, apparaître quelques individus portant de petites cornes. Les races bovines de Galloway et de Suffolk sont dépourvues de cornes depuis cent cinquante ans environ, et cependant on voit, de temps à autre, naître un veau à cornes. De même chez les races de la volaille sans queue, race produite par Ilewett (Darwin, Variations , t. Il, p. 32), et dans laquelle cet éleveur a vu apparaître, de temps en temps, des oiseaux à queue bien fournie. Non moins nombreux sont les cas analogues de retour dans le règne végétal; ainsi, des graines recueillies sur les plus belles variétés de pensées cultivées, on obtient fréquemment des plantes qui, par leurs feuilles et leurs fleurs, sont tout à fait sauvages; et chez tous nos végétaux cultivés on remarque quelque tendance au retour vers ce qui était, ou tout au moins vers ce qu’on présume avoir été leur état original.
C’est que, en effet, cette tendance à la réapparition, parle fait d’hérédité en retour, de caractères possédés par un ancêtre éloigné, souche primitive de diverses races, devient pour la théorie transformiste une source précieuse de renseignements : si les espèces actuelles ont eu des souches communes, des ancêtres communs, on doit voir parfois apparaître chez les individus actuels, par retour ancestral,
une trace quelconque, un ressouvenir plus ou moins marqué des caractères de la souche supposée : on trouve donc ainsi, dans les faits d’hérédité en retour, un nouveau lil conducteur vers le type ancestral.
En voici un exemple que Darwin a développé avec complaisance en étudiant les races de cheval et d’âne. Le zèbre a des raies sur le corps et les jambes; le couaga seulement sur le corps; l’âne a la zébrure scapulaire, souvent aussi des raies transversales sur les jambes. Or les poulains de chevaux d’Europe ont très souvent la raie dorsale, quelques-uns même présentent deux ou trois raies parallèles sur chaque épaule. Au nord-ouest de l’Inde, la race des chevaux katyvvar a toujours la raie dorsale. En présence de celte réapparition fréquente d’un caractère identique, on est amené à penser à un fait de réversion; or, comme chez les races de pigeons dont on connaît bien la souche commune, on voit apparaître souvent certains caractères de plumage qui rentrent absolument dans la classe des faits d’hérédité en retour; comme chez nombre d’autres formes domestiques on constate des réversions tout à fait semblables, on ne peut arriver qu’à la même conclusion pour le cheval, et par suite penser que ces faits de réversion permettent ici de remonter à un progéniteur commun d’où seraient issues deux familles : la première comprenant le zèbre et le couaga, qui sont toujours rayés, la seconde composée de l’hémione, de l’âne et du cheval, chez lesquels réapparaît d’une manière plus ou moins fréquente et accentuée la rayure caractéristique de leur origine commune1.
i. Il faut rapprocher de ces faits celui de l’apparition fréquemment constatée chez le cheval de véritables doigts latéraux qui permettent de rattacher géologiquement ce solipède à l’hipparion, espèce de cheval fossile de l’époque miocène, qui possédait trois doigts. La polydactylie du cheval serait donc un phénomène atavique; selon Gaudry, les os sésamoïdes accidentels de la même espèce sont des os du carpe permanent de l’hipparion. Les dents incisives obser-
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En présence de ces faits, on peut se rendre compte de l’apparition réversive de caractères ancestraux, en supposant qu’il y a chez chaque cheval une aptitude latente, et comme une tendance à produire des raies qui peuvent ne se manifester qu’une fois sur un grand nombre de générations; que dans chaque pigeon blanc, noir ou d’une autre couleur, qui a pu, pendant des siècles, transmettre sa coloration propre, il y a cette même tendance à reproduire le plumage bleuâtre du type originel; que, dans tout enfant appartenant aune famille sexdigitée, il y a cette même disposition à la production d’un doigt additionnel, et ainsi pour les autres cas (Darwin, Variations , t. Il, p. 59).
Cette expression de tendance, d’aptitude latente, peut paraître, au premier abord, un abus de mots, et cependant il est tout un ordre de faits qui justifient cette tentative d’explication ; nous voulons parler de ce qu’on appelle des caractères latents (nous ne disons plus ici tendances latentes). Voici ce dont il s’agit : un exemple particulier le fera d’abord bien comprendre, puis nous permettra de généraliser en rappelant rapidement d’autres cas. Les éleveurs savent parfaitement qu’un taureau issu d’une vache bonne laitière possède en lui quelque chose de cette qualité qui consiste à donner beaucoup de bon lait; ce quelque chose, le taureau ne peut le manifester par la sécrétion lactée; mais il le manifeste parla génération, c’est-à-dire que pour reproduire une vache bonne laitière en choisissant une mère qui ait cette qualité, l’éleveur doublera ses chances de succès en choisissant pour père le taureau en question, lequel avait été engendré par une vache bonne laitière. La vache bonne laitière peut donc transmettre par sa progéniture mâle ses bonnes qualités aux
vées accidentellement à la mâchoire supérieure des jeunes ruminants seraient pareillement des faits d’atavisme, puisque les premiers ruminants connus à l’époque géologique moderne ont des incisives aux deux maxillaires.
générations futures; nous devons donc penser que chez cette progéniture mâle ces qualités sont présentes, mais à l’état latent. Nous voyons ainsi dans plusieurs cas les caractères de chaque sexe demeurer à l’état latent chez le sexe opposé, prêts à se développer dans les produits de celui-ci, lorsqu’ils appartiennent au sexe qui comporte ces caractères.
Ce que nous venons de voir pour l’espèce bovine a lieu de même, à d’autres égards, pour toutes les espèces domestiques : ainsi, le coq de combat transmet à ses petits-tils, par sa progéniture femelle, sa vigueur et sa supériorité de courage. On sait aussi que chez l’homme les maladies qui, comme l’hydrocèle, sont nécessairement spéciales au sexe masculin, peuvent se transmettre au petit-fils par la fille. « Les cas de cette nature offrent les faits les plus simples de retour ou hérédité par réversion; et ils deviennent compréhensibles, si l’on admet que les caractères communs au grand parent et au petit-fils du même sexe, sont présents, mais latents, dans le parent intermédiaire du sexe opposé. » (Darwin, Variations , t. II, p. 55.) On voit donc que ces faits de réversion expliquent les cas où un sujet ressemble davantage à son grand-père paternel par quelque attribut masculin, comme une particularité dans la barbe chez l’homme, les cornes chez le taureau, les plumes sétiformes ou la crête chez le coq, etc. ; la mère ne peut point manifester les attributs de ce sexe, et cependant l’enfant hérite, par le sang de sa mère, des caractères masculins de son grand-père maternel.
Mais ce n’est pas tout; cette expression de caractères latents est en réalité si conforme à la nature même des choses, qu’on peut voir apparaître chez un sexe les caractères latents qu’il est supposé porter, et qui sont incompatibles avec son sexe; il suffit pour cela de créer pour l’individu des conditions artificielles qui sont connues comme de nature à rapprocher son organisation de celle du sexe opposé, ou
L’HÉRÉDITÉ ET SES LOIS
tout au moins à atténuer ses caractères sexuels propres.
Tel est l’effet de la castration : lorsqu’on opère ainsi un jeune coq, non seulement sa crête, ses caroncules et ses ergots s’atrophient, mais en lui apparaissent de plus des caractères propres à la femelle : le chapon se met à couver, fait éclore les œufs, et soigne comme une poule les jeunes poussins. La captivité seule amène parfois des résultats semblables. Réaumur rapporte qu’on a pu apprendre à un coq à prendre soin des jeunes poulets en le tenant longtemps enfermé dans l’obscurité; il acquit alors un cri particulier, analogue à celui de la poule, et conserva ensuite toute sa vie ce nouvel instinct maternel. Un certain nombre de cas bien constatés de divers mammifères mâles ayant produit du lait, prouvent que leurs glandes mammaires rudimentaires peuvent conserver la faculté de lactation à l’état latent. Inversement un grand nombre de femelles d’oiseaux, telles que les poules,, canes, perdrix, etc., revêtent partiellement les caractères secondaires mâles de leurs espèces après l’ablation des ovaires, ou même tout à fait physiologiquement lorsqu’elles ueillissent. Une cane âgée de dix ans a été signalée comme ayant revêtu les plumages parfaits d’hiver et d’été du canard mâle. Waterton rapporte un cas curieux d’une poule, qui après avoir cessé de pondre, prit le plumage, la voix, les ergots, le naturel belliqueux du coq, et se montrait toute prête à combattre l’adversaire qu’on lui présentait. Ainsi tous les caractères, y compris l’instinct du combat, étaient restés assoupis chez cette poule tant que ses ovaires avaient rempli leurs fonctions. On connaît des cas de femelles de deux espèces de cerfs, qui avaient pris des cornes en vieillissant (Darwin, Variations , t. Il, p. 54); et du reste l’espèce humaine offre des exemples très analogues, car, sans parler des castrats, et pour nous en tenir aux faits physiologiques, on sait que la femme, après la ménopause, pré-
sente peu à peu, dans le développement des poils, dans la vigueur musculaire, et dans le caractère même, des traits qui rapprochent son physique et son moral de ceux de l’homme.
Puisque les caractères latents, les tendances latentes qui sont la source des faits d’hérédité réversive, sont une chose bien réelle, cessant d’être latente sous certaines influences, de même certaines influences doivent sans doute agir pour provoquer les manifestations d’hérédité en retour et les rendre plus fréquentes. C’est ce qu’on observe en effet. La cause la mieux connue comme agissant dans ce sens est le croisement . Lorsqu’on croise deux races de pigeons domestiques, on obtient presque invariablement, parmi les produits de croisement, des oiseaux présentant les couleurs du bizet sauvage; en croisant un canard Aylesbury blanc mâle avec une cane Labrador noire, deux races pures et très constantes, M. B. Brent, obtint, dans la couvée, un caneton mâle toutàfait semblable au canard sauvage. Les croisements entre les diverses espèces du genre Equus ont une tendance évidente à déterminer la réapparition des raies sur différentes parties du corps et surtout sur les jambes.
Mêmes réversions d’instincts par le fait des croisements. 11 est certaines races de poules qu’on nomme pondeuses éternelles, parce qu’elles ont perdu tout instinct d’incubation : l’espèce originelle était cependant bonne couveuse, car, dans l’état de nature, il est peu d’instincts qui soient plus énergiquement développés que celui-là. Or, on a enregistré tant de cas de poules obtenues du croisement des deux races, l’une et l’autre incapables d’incubation, et devenues des couveuses de premier ordre, qu’il faut attribuer à un retour par croisement la réapparition de cet instinct perdu. Les ancêtres de tous nos animaux domestiques devaient évidemment avoir un naturel sauvage; or, lorsqu’on croise une es-
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pèce domestique avec une autre espèce, que celle-ci soit elle-même domestiquée ou simplement apprivoisée, les hybrides sont souvent fort sauvages, fait qui n’est compréhensible qu’autant qu’on admet que le croisement a dû causer un retour partiel à la disposition primitive. Les mulets, provenante la jumen t et de l’âne, ne sont certainement pas sauvages, mais ils sont notoirement obstinés et vicieux.
Ces derniers faits, dit Darwin ( Variations , t. II, p. 49), doivent nous rappeler les remarques que les voyageurs ont si souvent faites, dans toutes les parties du monde, sur la dégradation et les dispositions sauvages des races humaines croisées. Il y a bien des années, ajoute-t-il, je fus frappé du fait que, dans l’Amérique du Sud, les hommes provenant d’un mélange complexe de Nègres, d’indiens et d’Espagnols, avaient rarement, quelle qu’en puisse être la cause, une bonne expression. Après avoir décrit un métis du Zambèse que les Portugais lui signalaient comme un monstre d’inhumanité rare, Livingstone remarque : « Il est incompréhensible pourquoi les métis, comme l’homme en question, sont tellement plus cruels que les Portugais, mais le fait est incontestable. » Un habitant disait à Livingstone : « Dieu a fait l’homme blanc, et Dieu a fait l’homme noir; mais c’est le diable qui a fait les métis. » Le grand Ilumboldt, qui ne partageait aucun des préjugés contre les races inférieures, s’exprime en termes énergiques sur les dispositions sauvages et mauvaises des Zarnbos, ou métis des Indiens et des Nègres, et plusieurs observateurs ont confirmé sa manière de voir.
Chez les végétaux les cas d’hérédité en retour sont plus ou moins fréquents selon le mode de reproduction. Ainsi, parmi les arbres fruitiers, quelques variétés se sont fixées au point que les graines donnent presque toujours la variété voulue, absolument comme si l’on avait employé la greffe. Mais
pour quelques-uns, tandis que la greffe et le marcotage reproduisent la variété cultivée, la graine reproduit presque invariablement la forme sauvage. Vers le commencement de de ce siècle, M. Descemet découvrit dans sa pépinière de Saint-Denis, au milieu d’un semis d’acacias (Robinia pseudoacacia), un individu sans épines qu’il décrivit sous l’épithète de speclabilis. C’est de cet individu multiplié par boutures que sont descendus tous les acacias sans épines répandus aujourd’hui dans le monde entier. Or, ces individus produisent des graines; mais ces graines mises en terre ne donnent que des acacias épineux.