DIX-SEPTIÈME LEÇON
LA SÉLECTION ARTIFICIELLE
Si quelqu'un voulait faire l'histoire complète et la description détaillée des pigeons de volière, ce serait moins l’histoire de la nature que celle de l'art de l’homme.
Buffon.
Fixation, par sélection, des caractères héréditaires. — Documents historiques. — Pratique de la sélection par les éleveurs, les horticulteurs. — Conditions nécessaires : du temps et de nombreux sujets. — Résultats obtenus : les mérinos de Mauchamp; le cheval de course. — De la divergence des caractères. — La sélection puissance créatrice.
L’hérédité, par sa seule action, accentue et cumule les caractères qu’elle transmet, lorsque les influences, qui ont amené l’apparition de ces caractères chez les ascendants, continuent à agir sur les descendants. Comme effet de cette hérédité cumulatrice ou progressive (le mot progressif étant ici employé uniquement pour indiquer la fixation et l’accentuation des caractères transmis), nous pouvons rappeler les exemples précédemment cités des animaux (chiens et porcs) chez lesquels les oreilles sont devenues graduellement pendantes sous l’influence de la domestication, c’est-à-dire par défaut d’usage des muscles releveurs du pavillon. Du même genre est l’exemple fourni par les papillons de vers à soie : les papillons mâles des vers à soie qui sont élevés dans les
magnaneries, n’exerçant plus leurs ailes pour voler à l’air libre, celles-ci ont diminué de génération en génération, et actuellement ces mâles ont des ailes trop courtes et incapables de les soutenir; ils battent des ailes, mais ils ne volent plus.
Mais cette fixation et accentuation des caractères se produit d’une manière plus sûre et plus rapide lorsque par exemple l’homme, agissant sur les animaux ou les plantes domestiques, intervient pour choisir les individus reproducteurs, de manière à ne laisser se reproduire que ceux qui présentent au plus haut degré un caractère qu’il désire voir se fixer et s’accentuer, en avant soin de sacrifier ou d’écarter de la reproduction tous les sujets qui ne présentent que peu ou pas ce caractère. L’homme intervenant ainsi par un choix (en latin sclifjere, choisir), on a donné à cette action le nom de sélection , et on la désigne spécialement sous le nom de sélection artificielle , pour la distinguer de la sélection naturelle produite non plus par la volonté ou le caprice de l’homme, mais par le simple jeu des lois naturelles, c’est-àdire des rapports des organismes les uns avec les autres et avec leurs milieux. Nous allons tout d’abord étudier la sélection artificielle, son mode d’action, ses conditions et ses résultats.
La pratique de la sélection ou choix des reproducteurs a dû être adoptée par l’homme presque aussitôt qu’il s’est livré à la culture des plantes et à la domestication des animaux; en effet, il devait naturellement penser à conserver, par exemple comme graine d’ensemencement, celles qui lui paraissaient les plus belles et les plus avantageuses; du reste, dès les premiers temps de l’histoire ancienne, nous voyons, relativement aux animaux, cette sélection déjà érigée en véritable méthode.
Youatt, en rapportant et retraçant tous les passages de
LA SÉLECTION ARTIFICIELLE