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l’ancien testament qui se rapportent à la reproduction, conclut qu’à cette période primitive, plusieurs des principes essentiels de l’élevage ont du être connus et pratiqués avec suite (Voy. Darwin, Variations , t. Il, p. 213). Dans l’histoire grecque il est dit qu’Erichtonius, quelques générations avant la guerre de Troie, avait beaucoup de juments, au moyen des quelles, et grâce à un choix judicieux d’étalons, il avait créé une race de chevaux supérieure à toutes celles des pays voisins. Dans six République, Platon dit à Glaucus : « Je vois que tu élèves chez toi beaucoup de chiens pour la chasse. Prends-tu donc des soins pour leur appariage et leur reproduction? Parmi les animaux de bonnes souches, n’y en a-t-il pas toujours quelques-uns qui soient supérieurs aux autres?... » (Voy. Darwin, ibid., p. 214.)
Au commencement du ixe siècle, Charlemagne avait expressément ordonné à ses officiers d’avoir grand soin de ses étalons, et de le prévenir avant de leur livrer les juments, lorsqu’ils seraient trop vieux ou mauvais. Mais dès le moyen âge, c’est surtout en Angleterre, là où de nos jours l’art de l’éleveur par sélection devait atteindre un si haut degré de perfection, que nous voyons le choix des reproducteurs s’élever au rang d’une véritable méthode caractérisée surtout par l’élimination, comme reproducteur, de tout ce qui avait un caractère d’infériorité. Ainsi non seulement il existe dans l’histoire ancienne d’Angleterre de nombreux documents relatifs à l’importation d’animaux de choix de races diverses, ainsi qu’à des lois contre leur exportation, mais nous voyons encore que, sous les règnes d’Henri Vil et d’Henri VIII, on ordonna aux magistrats de faire, à la Saint-Michel, une battue générale dans les communaux, et de détruire toutes les juments au-dessous d’une taille fixée; d’autres lois interdisaient l’abatage des béliers appartenant à de bonnes races, avant qu’ils eussent atteint
l’âge de sept ans, afin qu’ils eussent le temps de reproduire. Du reste, même chez les peuples les plus sauvages, du moment que certaines variétés d’animaux domestiques sont plus estimées, leur reproduction est soumise à une surveillance qui est une forme élémentaire de sélection. En Guyane, d’apres sir R. Schomburok, les chiens des Indiens Turumas sont fort estimés et sont l’objet d’un grand trafic; on y donne d’un bon chien le prix d’une femme. Aussi, à l’époque du rut, les Indiens gardent-ils les femelles dans des cages, veillant soigneusement à ce qu’elles ne soient pas couvertes par des mâles de qualité inférieure, et ces Indiens déclarent que s’ils ne tuent pas les chiens mauvais ou inutiles, c’est que ceux-ci périssent fatalement abandonnés à eux-mêmes. 11 y a, ditDarwin (Variations^. II, p. 219), peu de peuplades plus barbares que les naturels de la Terre de Feu, et cependant je tiens d’un missionnaire, M. Bridges, que lorsqu’ils ont une chienne de belle taille et forte, ils l’apparient avec un beau chien, et prennent soin de la nourrir convenablement pour que scs pelits viennent beaux et vigoureux. Lorsque ces habitants de la Terre de Feu sont fortement poussés par le besoin, ils tuent leurs vieilles femmes pour les manger, plutôt que leurs chiens, en disant que les vieilles femmes ne servent à rien, tandis que les chiens prennent les loutres ; et le même sentiment les portera à conserver leurs meilleurs chiens lorsqu’ils seront encore plus pressés par le besoin (Darwin, Variations, t, 11, p. 227).
Fn fin , un exemple curieux de sélection méthodique nous est offert par les anciens habitants du Pérou, exemple singulier en ce qu’ici la sélection par l’homme était étendue jusque sur les animaux sauvages ; en effet, au rapport de Garcilazode la Yega (Darw. Variations , t. Il, p. 219), les Incas faisaient chaque année de grandes chasses, dans lesquelles les animaux sauvages étaient rabattus sur un immense
LA SÉLECTION ARTIFICIELLE
espace vers un point central : on détruisait alors les bêtes féroces comme nuisibles; on examinait les diverses variétés de cerfs; les individus âgés étaient détruits, puis on libérait les plus jeunes et belles femelles , ainsi qu’un certain nombre de mâles choisis parmi les plus beaux et les plus vigoureux. Quant aux lamas et aux alpacas domestiques, ils étaient, du temps des Incas, classés par troupeaux selon leur couleur, et si un individu de couleur différente naissait dans un troupeau, on l’enlevait pour le placer dans un autre.
Tous ces exemples rentrent dans la forme de sélection artificielle que Darwin appelle sélection inconsciente , c’està-dire consistant dans la conservation des animaux les plus utiles et la destruction ou tout au moins l’abandon de ceux qui le sont moins, avec le seul soin de conserver la race, sans viser à la transformer en développant d’une manière spéciale un caractère apparu par variation individuelle.
Mais c’est dans les nations civilisées que la sélection artificielle consciente est devenue une force modificatrice, en s’attachant à fixer et développer, par le choix des reproducteurs, les caractères voulus et pour l’accentuation desquels l’éleveur conçoit une sorte de type idéal vers lequel il concentre ses efforts. Dans ces cas, la nature fournit plus ou moins spontanément les variations, ou bien l’homme les fait apparaître par des croisements, et toujours ensuite l’homme ajoute et cumule ces variations dans une direction déterminée.
Ainsi, au xvuT siècle, toutes les belles laines nous venaient d’Espagne; mais le gouvernement français, voulant chercher à s’affranchir de ce tribut, chargea Daubenton de créer avec les races françaises une laine aussi belle que celle des mérinos d’Espagne. Daubenton prit des béliers du Roussillon et les unit à des brebis de Bourgogne. Dans ces croi-
mathias duval. — Darwinisme. 22
semenls, qui se faisaient à Montbard, dans la Côte-d'Or, Daubenton fut assez heureux pour obtenir, dès la première génération, des animaux ayant une laine longue de trois pouces; en choisissant ensuite pour chaque accouplement les sujets à laine la plus longue, il avait, au bout de sept à huit générations, obtenu une laine de vingt-deux pouces de longueur. La toison des premiers béliers pesait deux livres ; à la huitième génération elle en pesait douze : la finesse et la pureté du brin de laine ayant été recherchées en même temps que sa longueur, la sélection artificielle était donc parvenue ici à créer une race dont la laine réalisait les caractères des toisons d’Espagne, à savoir la longueur, la finesse, l’abondance et la pureté (Ferrière, op.cit., p. 2-4).
Dans les pays où l’élevage est devenu une science avec ses règles pratiques bien définies, il est curieux devoir avec quel soin il est procédé au choix des reproducteurs, et alors on regarde une bonne sélection comme si importante que les meilleurs producteurs de troupeaux ne se fient pas à leur propre jugement ni à celui de leurs bergers, mais emploient des hommes spéciaux, des experts qui ont acquis une grande habitude de cette partie de l’aménagement des animaux. El du reste l’opération du choix est faite par ces spécialistes en plusieurs temps; ainsi en Saxe, pour élever les moutons mérinos, lorsque les agneaux sont sevrés, on les place tous à eur tour sur une table, pour examiner minitieusement leur forme et leur laine. Los plus fins sont réservés et reçoivent une première marque. A l’âge d’un an, avant de les tondre, on soumet ceux qui ont reçu une première marque à un second examen, on marque une seconde fois ceux qu’on trouve sans défauts, et le reste est condamné. Quelques
mois après on procède à une troisième et dernière visite,
après laquelle les béliers et brebis de premier choix reçoivent une troisième marque; mais la plus légère imperfec-
LA SÉLECTION ARTIFICIELLE
lion suffit pour faire rejeter un individu. On n’élève ces moutons que pour viser à la finesse de la laine, et le résultat obtenu répond au soin qu’on a donné à la sélection; on a inventé des instruments pour mesurer exactement l’épaisseur de la fibre, et on a obtenu des toisons autrichiennes dont douze brins de laine égalaient une seule fibre de la
laine d’un mouton Leicester (Darw. Variations , t. II, p. 209).
Pour pratiquer la sélection avec succès, il faut, en effet, que la personne chargée de faire le triage soit douée d’un œil très sûr, et qui fait de l’éleveur un véritable artiste. « En effet, dit Darwin, dans la grande majorité des cas, un caractère nouveau, ou une supériorité d’un caractère ancien, ne sont d’abord que peu prononcés, et pas fortement héréditaires, et c’est alors qu’on peut apprécier toute la difficulté qu’il y a à appliquer judicieusement la sélection, et la patience, le discernement, le jugement que nécessite son emploi. Peu d’hommes possèdent toutes ces qualités réunies, surtout celle de discerner de trop légères différences, et l’absence d’une des qualités requises peut faire perdre le travail d’une vie entière. J’ai été bien étonné, ajoute Darwin, lorsque des éleveurs célèbres, dont l’habileté et l’expérience sont consacrées par les succès qu’ils ont obtenus dans les concours, en me montrant leurs animaux qui me paraissaient tous semblables, m’indiquaient leurs motifs pour apparier tel individu avec tel autre » (Darwin, Variations , t. Il, p. 205). L’importance de la sélection gît principalement dans cette aptitude à reconnaître des différences «à peine appréciables, qui sont néanmoins transmissibles, et qu’on peut accumuler jusqu’à les rendre évidentes aux yeux de chacun.
Pour montrer que le choix des individus reproducteurs est tout dans le mécanisme de la sélection artificielle, il suffira de rappeler que, à quelque ordre d’animaux ou de
plantes qu’il s’adresse, l’homme ne peut développer des variations qu’à la condition d’être le maître des accouplements des individus de l’espèce, et d’empêcher de se reproduire les individus dont les caractères ne lui paraissent pas devoir être conservés.
Ainsi s’explique cette uniformité remarquable de l’abeille, car ici il est impossible d’apparier certaines reines et bourdons, puisque ces insectes ne s’accouplent que pendant le vol; aussi n’a-t-on aucun exemple de la séparation d’une ruche et de la propagation d’abeilles présentant quelque particularité appréciable, parce qu’on ne peut isoler complètement le type qu’on voudrait propager, puisque, par exemple en Allemagne et en Angleterre, dépuis l’introduction de l’abeille ligurienne, on a reconnu que les bourdons de celte race peuvent s’éloigner de leur ruche à plus de deux milles à la ronde et se croiser souvent avec les reines des espèces communes. (Notons, en passant, que l’abeille ligurienne, quoique parfaitement fertile lorsqu’elle se croise avec l’abeille ordinaire, est regardée par la plupart des naturalistes comme une espèce distincte.)
On pourrait peut-être penser, comme d’ordinaire les efforts de la sélection artificielle portent sur des vertébrés (mammifères ou oiseaux), et que dans l’exemple précédent il s’agit d’insectes, on pourrait peut-être penser que cette classe d’animaux est moins maniable pour l’éleveur, d’autant que le nombre des espèces d’insectes domestiques est relativement très restreint; mais les vers à soie nous présentent un exemple inverse du précédent, parce que précisément l’éleveur est ici placé dans des conditions très différentes, étant parfaitement maître de choisir les individus qu’il conserve pour la reproduction. On sait que le ver à soie commun (Bombyx mon) fut apporté à Constantinople au VP siècle, de là introduit en Italie, puis en France, en 1494, et que
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tout a favorisé la variation de cet insecte, puisqu’il a été conservé et élevé dans les conditions les plus diverses et les moins naturelles, puis transporté dans une foule de pays (sa domestication en Chine est supposée devoir remonter à près de 3000 ans avant J.-C.). Nous avons vu (ci-dessus p. 334) que le défaut d’usage a apparemment restreint le développement des ailes chez le papillon; mais l’élément essentiel de la production des nombreuses races très modifiées qui existent actuellement a été. l’attention qu’on a donnée, depuis fort longtemps, cà toute variation promettant quelque avantage, attention qui consiste à ne conserver, pour laisser leur habitant se livrer à la reproduction, que les cocons dont les caractères sont à conserver et à développer. Ainsi, comme le rapporte I. Geoffroy-Saint-Hilaire, une race de vers à soie introduite en France, en 1784, produisait, sur mille cocons, cent cocons qui n’étaient pas blancs ; au bout de soixante-cinq générations, pendant lesquelles on avait rigoureusement éliminé delà reproduction tout animal autre que ceux à cocons blancs, la proportion de cocons jaunes était descendue à 35 p. I 000; ce résultat, qui marque un progrès lent et continu, bien que le but ne soit pas encore complètement atteint, est donc la conséquence d’une sélection soigneusement poursuivie; aussi, même en France, la production des œufs, la spécialité de la sélection, pourrai t-on dire, constitue-t-elle une branche distincte de l’industrie de la soie; du reste, en Chine, la production des œufs est, de par les lois, restreinte à certaines localités favorables, et l’élevage des vers est interdit à ceux qui s’occupent de la production des œufs, pour que toute leur attention et leurs soins soient concentrés sur ce point spécial.
Appliquée aux plantes, la sélection a donné d’aussi bons résultats que pour les animaux ; ici le procédé est encore
simplifié, puisque d’ordinaire les deux sexes se trouvent réunis sur une même plante, et qu’il suffit alors de choisir quelques sujets dont on récoltera les graines. Mais, comme ici les cas d’atavisme ou de retour sont très fréquents, l’horticulteur s’attache de plus à faire un examen attentif de tous les individus levés de semis, afin d’éliminer tout ce qui ne promet pas le résultat recherché, autant que la réalisation de celui-ci peut être prévue dès le jeune âge de la plante.
Nous avons rapporté précédemment comment Duehenne était arrivé par sélection à créer une nouvelle variété de fraisiers, et comment il avait été ainsi amené à formuler, avant Darwin, la théorie de la sélection artificielle (Yoy. p. 172); parmi les très nombreux exemples de résultats semblables rapportés par Darwin, citons rapidement les suivants : Williamson, après avoir pendant plusieurs années semé de la graine (¥ Anemone coronaria , trouva un individu pourvu d’un pétale additionnel; il en sema la graine, et, en persévérant dans la même direction, finit par obtenir plusieurs variétés avec six ou sept séries de pétales. Par la culture et la sélection rigoureuse, M. Buckman, jardinier anglais, est arrivé à convertir du panais sauvage levé de graines en une bonne et nouvelle variété. Une sélection, soutenue pendant plusieurs années, a avancé d’une vingtaine de jours l’époque de la maturation des pois. Depuis que la betterave est cultivée en France, elle a à peu près doublé son rendement en sucre; c’est par une sélection attentive que ce résultat a été obtenu, c’est-à-dire en déterminant régulièrement la densité des racines, et en réservant les meilleures pour la production des graines.
Qu’il s’agisse des plantes ou des animaux, pour obtenir ces résultats modificateurs, il faut d’une part du temps, et d’autre part de nombreux sujets, car le choix sera d’autant
LA SÉLFXTION ARTIFICIELLE.
plus efficace qu’il s’exercera durant une plus longue série de générations, sur un plus grand nombre d’individus. Pour ce qui est du temps, l’art de l’élevage, dit Ilæckel (Création, 138), a déjà fait de tels progrès que, dans un nombre restreint d’années, l’homme peut déjà produire à volonté des particularités données chez les espèces domestiques animales et végétales ; on peut faire des commandes précises aux jardiniers et aux agriculteurs habiles et leur dire, par exemple : « Je désire avec telle espèce de plante avec telle ou telle couleur, de telle ou telle forme. » Là où, comme en Angleterre, l’art de l’élevage est très perfectionné, les jardiniers et les éleveurs sont souvent en état de fournir le produit désiré dans un temps prévu, après un nombre donné de générations. Un des éleveurs anglais les plus expérimentés, sir John Sebright, pouvait dire qu’en trois ans il produirait chez un oiseau une plume donnée, mais que, pour obtenir telle ou telle forme de la tête et du bec, il lui fall ait six ans.
Pour ce qui est de l’avantage qu’a l’éleveur à pouvoir choisir sur un grand nombre de sujets, il est reconnu que les résultats de la sélection artificielle sont d’autant plus rapides et plus considérables qu’on agit sur des espèces plus fécondes, et que les espèces dont nous possédons le moins de races et variétés sont précisément celles qui sont le moins prolifiques : ainsi, dit Darwin (Variai., t. Il, p. 249), il est probable que si, par exemple, le paon avait pu se reproduire aussi bien que l’espèce galline, nous en posséderions depuis longtemps plusieurs races distinctes. Au contraire, on a obtenu avec le pigeon les races les plus diverses, car cet oiseau se multiplie beaucoup et vite, et on peut sacrifier tous les sujets défectueux car ils servent à l’alimentation.
Quant aux plantes, l’importance du grand nombre ressort
du fait que les horticulteurs de profession l’emportent toujours dans les expositions sur les amateurs, en ce qui concerne la création de nouvelles variétés. Chez MM. Carter, dans l’Essex, qui cultivent pour graine les Lohelias, Nemophilas, Résédas, etc., par acres entiers, il ne se passe pas de saison qu’ils n’obtiennent quelques nouvelles sortes ou quelques améliorations d’anciennes variétés. A Kew, où on lève beaucoup de semis de plantes communes, on voit apparaître de nouvelles formes de Laburnum, Spirées et autres arbrisseaux. Pour les animaux, Marshall fait remarquer à propos des moutons d’une partie du Yorkshire, qui appartiennent à des gens pauvres et forment pour la plupart de petits troupeaux, qu’ils ne pourront jamais être améliorés. Enfin on demandait à lord Rivers comment il avait fait. pour avoir toujours des lévriers de premier ordre, et il répondit : (( J’en produis beaucoup, et j’en pends beaucoup » (Darw., loc. cit., p. 250).
Enfin, il est à peine besoin de le dire, si pour une raison quelconque, l’homme n’est pas amené à pratiquer la sélection parmi les individus d’une espèce qui présente du reste des variations spontanées, ces variations n’arriveront que très rarement à se fixer et à prendre d’elles-mêmes les caractères de races nouvelles. Ainsi, dit Darwin (Ibid. p. 291), en Angleterre, l’âne varie beaucoup par sa taille et sa coloration; mais comme c’est un animal de peu de valeur, qui n’est élevé que par des gens pauvres, il n’a été l’objet d’aucune sélection, et par conséquent n’a pas donné de races distinctes. L’infériorité de nos ânes ne doit pas être attribuée au climat, car dans l’Inde ils sont même encore plus petits qu’en Europe. Mais tout change quand on applique la sélection à cet animal. Près de Cordoue, où on les élève avec beaucoup de soins, ils ont été considérablement améliorés, et un âne étalon y atteint jusqu’au prix de 200 li-
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vres. Dans le Kentucky on a importé d’Espagne des ânes destinés à produire des mulets et qui avaient 1 mètre et demi de hauteur : avec des soins, les Kentuckiens sont arrivés à augmenter encore cette taile (lm,62), et les prix qu’ont atteints ces beaux animaux montrent combien ils sont appréciés, un mâle de choix ayant été vendu au-dessus de mille livres sterling.
Le point de départ de toute sélection étant la variation, on peut se demander si touts les organismes présentent en effet des variations assez nombreuses et dans des sens assez divers pour que le cultivateur ou l’éleveur puissent à un moment donné trouver la source première de la forme qu’ils voudront développer. A cet égard la réponse donnée par l’observation n’est pas douteuse. L’expérience, dit Wallace (op. cit ., p. 300), montre que si l’on examine un nombre suffisant d’individus, on est sûr d’y rencontrer toutes les variations cherchées. Que la mode demande un changement quelconque dans la forme, la grandeur ou la couleur d’une fleur, l’on est sûr qu’il se présente une variation suffisante dans la direction voulue. 11 en est de même lorsque le feuillage d’ornement est en vogue, comme cela a été le cas des pélargoniums, des lierres panachés, etc. « J’ai entendu faire récemment, dit Darwin (Origine des espèces , p. 41), la remarque qu’il est très heureux que le fraisier ait commencé précisément à varier au moment où les jardiniers ont porté leur attention sur cette plante. Or il n’est pas douteux que le fraisier a dû varier depuis qu’on le cultive, seulement on avait négligé ces légères variations. Mais dès que les jardiniers se mirent à choisir les plantes portant un fruit un peu plus gros, un peu plus parfumé, un peu plus précoce, à en semer les graines, à trier ensuite les plants pour faire reproduire les meilleurs, et ainsi de suite, ils sont arrivés à produire ces nombreuses et admirables variétés de fraises
qui ont paru pendant ces trente ou quarante dernières années. »
Les résultats obtenus par la sélection, au point de vue de la modification des formes spécifiques, nous les avons déjà indiqués en passant en revue les ouvrages de Darwin, el notamment son traité des Variations. Nous avons vu qu’ actuellement quelques-unes des races domestiques du Bizet diffèrent entre elles par leurs caractères extérieurs tout autant que peuvent le faire les genres naturels les plus distincts, et qu’il n’y a aucun doute que si les formes bien caractérisées de ces diverses races eussent été trouvées à l’état sauvage, toutes eussent été regardées comme espèces distinctes, dont quelques-unes auraient été placées dans des genres différents.
Chez les plantes cultivées, les modifications ne sont pas moins marquées ; à cet égard nous profitons aujourd’hui d’une sélection qui a été poursuivie d’une manière continue pendant des milliers d’années. C’est ce que prouvent les recherches de Oswald Ileer sur les habitations lacustres de Suisse, montrant que les graines de nos variétés actuelles de froment, d’orge, d’avoine, de pois, fèves, lentilles, dépassent en grosseur celles qui étaient cultivées en Suisse penpant les périodes néolithiques et du bronze. Les poires décrites par Pline étaient évidemment fort inférieures en qualité à celles que nous obtenons aujourd’hui (Darwin, Var., t. II, p. 228). A. de Candolle a constaté que les Romains connaissaient le melon, car il a reconnu un de ces fruits figuré très exactement dans la belle mosaïque des fruits au Vatican, et le Dr Corne a reconnu la moitié d’un melon représentée dans un dessin d’Herculanum ; mais d’après ces figures même, et d’après le silence ou les éloges modérés des auteurs, dans un pays où les gourmets ne manquaient pas, on peut conclure que la qualité du melon était alors très mé-
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diocre. Depuis la Renaissance, une culture plus perfectionnée a amené de meilleures variétés dans nos jardins (A. de Candolle, l'Origine des plantes cuit ivées.V avis, 1883).
Buffon, ayant comparé les fleurs, fruits et légumes, cultivés de son temps, avec de fort bons dessins faits cent cinquante ans auparavant, fut frappé des améliorations énormes réalisées depuis, et remarque que ces anciennes fleurs et légumes seraient non seulement dédaignés par un horticulteur, mais même par un jardinier de village. Depuis Buffon, l’amélioration a continué rapidement, et tous les fleuristes qui comparent les fleurs actuelles avec celles figurées dans les livres publiés il n’y a pas bien longtemps sont étonnés du changement. Un amateur rappelle, au sujet des variétés de Pélargonium produites par M. Garth vingt-deux ans auparavant, combien elles avaient fait fureur; elles paraissaient alors être l’extrême perfection, et aujourd’hui on ne daignerait pas les honorer d’un regard (Darw. Ibid. p. 229).
Comme exemple de ces résultats obtenus chez les animaux, le cas des mérinos de Mauchamp est un type assez complet de sélection (et même, comme on va le voir, de double sélection) pour que nous croyions devoir en résumer, d’après Sanson, l’histoire complète retracée par Yvart (Yvart, Étude sur la race mérinos à laine soyeuse de Mauchamp, in Recueil de méd. vêt., 3e série, 1850, t. VII, p. 460. — Sanson, art. Sélection du Dict. encyclopèd. dessc. médicales).
Chez ces mérinos, dits de Mauchamp, le brin de laine est caractérisé par sa forme très finement ondulée et son éclat
soyeux. « Dans presque tous les troupeaux de mérinos, il naît, de temps en temps, sous des influences encore inappréciées, des individus présentant ce caractère de lainage. C’est une des variations possibles. Jusqu’à l’année 1829, on les avait soigneusement écartés partout de la reproduction.
En 1 827 naquit dans le troupeau de M. Graux, à la ferme de Mauchamp, près Berry-au-Bae (Aisne), un agneau male à laine soyeuse et seulement ondulée, et le fermier eut l’idée de former à son aide une variété nouvelle, en reproduisant le caractère de sa toison. Cet agneau était malingre et chétif, ce qui est habituel avec un tel lainage, chez les mérinos, et ce qui tend à faire admettre que la forme en question des brins de laine en dépend. Il fut accouplé en 1829 avec ses sœurs, ses cousines et ses tantes. De ces premiers accouplements il ne résulta qu’un nombre relativement très faible d’individus à laine soyeuse. L’hérédité unilatérale fut d’autant plus précaire en faveur de ce père qu’il était moins vigoureux.... Mais dès le début on put observer que, de l’accouplement d’un bélier soyeux avec une brebis également soyeuse, il n’a jamais manqué de résulter un agneau également soyeux... Ce qui, dans l’opération de M. Graux, a rendu si lent à venir le résultat final, c’est-à-dire la généralisation du lainage soyeux, c’est qu’il ne s’agissait pas seulement de propager ce nouveau lainage, mais en même temps de corriger les effets de la conformation vicieuse et de la constitution malingre et souffreteuse du premier individu qui l’avait montré, en ne faisant reproduire que ceux de ses descendants qui, avec le lainage voulu, n’avaient hérité qu’au moindre degré de la conformation et de la constitution mauvaise de leur ancêtre paternel. De là de nombreuses éliminations nécessaires, à la suite desquelles on parvint enfin à faire du troupeau Mauchamp un ensemble remarquable d’animaux vigoureux, d’une santé parfaite etd’une constitution presque irréprochable, qui se répandit ensuite dans diverses directions, jusqu’en Australie et au Gap. L’État en forma même une bergerie qu’il établit d’abord dans les Vosges, puis dans la Côte-d’Or, àGrévolles, et dont les restes subsistent encore à Rambouillet, à côté du célèbre troupeau
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mérinos datant du siècle dernier.... » (Sanson, Sélection f p. 520-521.)
Nous ne saurions nous dispenser de donner encore, d’après le même auteur, quelques détails relativement aux résultats de la sélection sur le cheval de course, chez lequel l’apparence générale et notamment l’augmentation de taille sont telles, qu’il serait impossible de concevoir actuellement qu’il descend d’une combinaison du cheval arabe et de la jument africaine (Danv. Var, t. Il, p. 225).
Et les faits, dit Sanson ( loc . cil. /içj. 521), sont ici d’autant plus intéressants qu’il s’agit du développement de qualités physiques et morales. « Nous ne craignons pas de nous exprimer ainsi, car, pour le but qu’ils ont à atteindre, ces chevaux doivent en même temps posséder un organisme mécanique aussi parfait que possible, et être doués intellectuellement de façon à se sentir capables de courage, à sentir l’émulation, à éprouver l’orgueil de la victoire... En vain obéissant à un parti pris philosophique ou physiologique, voudrait-t-on leur refuser cette faculté. L’histoire des courses de chevaux nous en fournit des preuves incontestables.... Tel est le fait de Forester qui, dans une carrière déjà longue d’hippodrome, était demeuré jusque-là invaincu, et qui, se voyant dans une course dépassé par Éléphant , non loin du poteau d’arrivée, se précipita sur lui d’un bond désespéré et le saisit à pleines dents parla mâchoire, pour ne pas subir l’affront d’une défaite qu’il n’avait encore jamais connue. On eut beaucoup de peine à lui faire lâcher prise. Un autre cheval, en cas pareil, saisit de même son rival par le jarret. 11 s’observe des cas analogues dans toutes les courses, à des degrés moins accentués, il est vrai. »
Au point de vue mécanique, le cheval de course est construit pour aller droit devant lui, en faisant des enjambées aussi longues que possible : il est capable de marcher à des
vitesses vertigineuses de quatorze mètres et plus à la seconde, tandis que la vitesse moyenne du galop du cheval oriental est de sept mètres, c’est-à-dire moitié moindre. « L’allure particulière de ces chevaux, dit Sanson, allure imposée par l’éducation alors que leur squelette n’est pas encore achevé, a pour effet d’allonger leurs membres postérieurs en ouvrant les angles articulaires que forment entre eux les leviers supérieurs de ces membres, notamment le fémur et le tibia, comme ils le sont chez les Cervidés, chez les Léporides, dont l’allure normale ou naturelle est la même. Cette ouverture des angles a pour conséquence nécessaire de faire remonter la cavité cotyloïde du coxal à laquelle est liée la tête du fémur. Celle-là ne peut remonter qu’à la condition qu’il se produise un mouvement de bascule de l’os dont elle fait partie et qui est lié de son côté solidement au sacrum par l’angle interne de son ilium. Le coxal dans son ensemble se trouve ainsi occuper une situation plus voisine de la direction horizontale, la tubérosité de l’ischion ou pointe de la fesse se trouvant placée plus haut. Et c’est ce qui fait que la croupe, chez les chevaux de course, est plus élevée et moins arrondie que chez les chevaux orientaux.... Ces qualités sont devenues bientôt héréditaires, à cause du soin qu’on a pris à les rechercher au plus haut degré chez les reproducteurs accomplis. Leur sélection est une des bases fondamentales de la production des chevaux de course. L’entraînement gymnastique les affermit et les développe à chaque génération chez les individus. »
.Après avoir résumé le mécanisme, les conditions et les résultats de la sélection artificielle, il nous faut, pour que l’étude de cette sélection serve d’introduction à celle de la sélection naturelle, il nous faut encore insister sur ce fait, que, en développant des formes particulières, la sélection a
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presque toujours, en même temps, pour effet défaire disparaître les formes intermédiaires. En un mot il y a ici une véritable divergence des caractères, parce que l’homme cherche toujours à pousser les effets de la sélection à l’extrême. C’est ce qui explique l’état actuel des diverses races domestiques, et nous fait comprendre comment les chevaux de course et de gros trait, les lévriers et les dogues, qui sont les extrêmes opposés par tous les caractères, comment des variétés aussi distinctes que les poules cochinchinoises et Bantams, les pigeons messagers et culbutants ont pu être dérivés d’une même souche. C’est que les éleveurs, cherchant toujours à faire reproduire les individus les pl us fortement accentués selon un certain type, laissent de côté, dans chaque génération, ceux qui sont inférieurs quant au caractère recherché, de sorte qu’après un certain temps les souches parentes et un grand nombre de formes intermédiaires subséquentes s’éteignent et disparaissent.
Cela est arrivé, dit Darwin, pour les pigeons Grosse-Gorge, Turbits et Tambours; ces races très améliorées sont actuellement isolées, sans aucune forme intermédiaire qui les relie soit entre elles, soit avec la souche primitive, celle du Bizet.
Dans d’autre pays, où on n’a pas eu les mêmes soins ou suivi les mêmes méthodes, les formes anciennes ayant pu rester longtemps intactes ou légèrement modifiées, nous pouvons quelquefois remonter la série et retrouver les chaînons intermédiaires. C’est le cas en Perse et dans l’Inde pour le Messager et le Culbutant, qui, dans ces pays, diffèrent peu du Bizet par les proportions du bec. De même, le pigeon paon de Java n’a que quatorze rectrices, et sa queue étant beaucoup moins relevée et étalée que celle de nos oiseaux améliorés, il forme l’intermédiaire entre le type anglais le plus parfait elle Bizet (Darw. Vctr. 1. 11, p. 233). Nous
aurons à apprécier, en étudiant l’origine des espèces par la sélection naturelle, l’importance de ces deux faits, à savoir la divergence des caractères, et l’extinction des formes intermédiaires.
On peut se demander si les résultats de la sélection artificielle ont des limites fatales, si l’on pourra élever jamais un cheval plus rapide qu’j Éclipse, si la betterave donnera jamais une plus forte proportion de sucre que celle qu’on a actuellement obtenue en France, si les variétés futures de froment produiront des récoltes plus fortes que nos variétés actuelles ? On ne peut répondre à ces questions, dit Darwin (Var. t. H, p. 257), d’une façon absolue, mais ce n’est qu’avec circonspection que nous devons le faire par la négative. Lorsqu’on voit les grandes améliorations récemment apportées à notre bétail, et surtout à nos porcs, l’augmentation étonnante de poids de nos volailles depuis peu d’années, il serait téméraire d’affirmer que le dernier point de perfection ait encore été atteint... Tant que nos champs ne seront pas mieux fumés, il sera peut-être impossible d’obten r une plus forte récolte d’une nouvelle variété de froment. Mais ceux qui sont le plus compétents pour apprécier la question admettent que, pour beaucoup de cas, le dernier terme de perfection n’a pas encore été réalisé, même pour ce qui concerne les caractères portés déjà à un très haut degré d’amélioration.
Cependant, la nature même de certains caractères peut devenir une cause fatale d’arrêt, lorsque ce caractère arrive à porter obstacle à l’un des actes quelconques de la génération. C’est ce que montre bien l’exemple suivant. Dans une partie du Yorkshire les éleveurs ayant eu l’habitude de toujours choisir, pour la reproduction, les animaux ayant le train de derrière le plus développé, finirent par obtenir une lignée remarquable sous ce rapport, au point que le déve-
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loppement énorme de la croupe du veau devenait fatal à la mère, en rendant Faccouchement très laborieux, et que> chaque année, un grand nombre de vaches succombaient pendant le vêlage (Darw. Var ., t. Il, p. 8).
De même pour les pigeons culbutants à bec court : on sait que le jeune oiseau, arrivé au terme de son développement, se sert de l’extrémité cornée de son bec pour briser l’œuf et en sortir : or, on a constaté que, cliez les espèces les plus accentuées de pigeons culbutants, à bec aussi atrophié que possible, il périrait dans l’œuf plus de petits qu’il n’en pourrait sortir, si les amateurs ne surveillaient attentivement le moment de l’éclosion pour secourir les petits, s’il en est besoin.
Quoi-qu’ilen soit, nous pouvons dire que la sélection artificielle, mettant en œuvre les variations et l’hérédité, devient une véritable puissance créatrice. Cette expression ne paraîtra pas trop forte pour quiconque considérera, sans idée préconçue, les différences si profondes qu’on constate par exemple entre le crâne du lapin sauvage et celui du lapin domestique à oreilles pendantes ; ici les crêtes sus-orbitaires des os frontaux sont larges et relevées: l’os interpariétal est ovale et large; le trou occipital lui-même est modifié, car tandis que chez le lapin sauvage le diamètre vertical l’emporte sur le transversal, c’est ce dernier qui est le plus large chez le lapin à grandes oreilles, etc. (Voy. Darwin, Variât., 1. 1, p. 125 et suiv.). Mêmes transformations toujours sur le squelette de la tête chez les poules huppées dont les os frontaux portent des protubérances hémisphériques, et l’ossification de ces protubérances finit par être si incomplète que des portions plus ou moins grandes de la voûte crânienne arrivent à être remplacées par une membrane. Inutile de revenir sur les modifications analogues du squelette des oiseaux (canard, ci-dessus, p. 281), ni sur les changements dans le nombre
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des plumes, questions sur lesquels nous avons donné précédemment assez de détails en analysant les publications de Darwin (p. 220).
Les partisans de la fixité des espèces devaient nécessairement être alarmés des résultats obtenus par la sélection artificielle, et il est au moins curieux de voir quelle interprétation en donne Agassiz. « Quand on met en avant, dit-il (op. cil. p. 83) nos animaux domestiques et nos plantes cultivées comme fournissant la preuve de la mutabilité des espèces, il est une circonstance qu’on méconnaît constamment et qu’on passe sous silence. Pour autoriser l’argument qu’on en lire, un premier point devrait en effet être établi : il faudrait démontrer que tous les animaux que nous désignons par un même nom sont issus d’un tronc commun. » Il nous semble que Darwin s’est suffisamment attaché à faire cette preuve, pour les pigeons par exemple, pourrions-nous répondre à Agassiz. Mais cet auteur continue : « 11 est fort possible que les différentes races d’animaux domestiques aient été originellement des espèces distinctes, dont le mélange est de nos jours plus ou moins complet, comme celui des différentes races humaines. » Mais alors, dirons-nous, c’est admettre que des individus d’espèces différentes puissent se croiser et donner des produits féconds; c’est admettre la reproduction indéfinie des hybrides; c’est interdire aux partisans de la fixité de l’espèce un de leurs arguments les plus chers ; c’est abandonner lecaractèrede V espèce physiologique, c’est-à-dire de l’espèce dans laquelle on prend la génération pour critérium, la valeur de l'espèce zoologique , basée sur les caractères anatomiques, ayant paru insuffisante ou non démontrée même aux partisans de la fixité.
Aussi Agassiz croit-il devoir donner un complément d’arguments contre les déductions tirées de la création par sélection des espèces ou races domestiques, mais ce der-
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nier argument est vraiment trop subtil et trop métaphysique: « Les races domestiques, dit-il, sont le résultat des soins constants de l’homme; soit ! elles sont donc le produit de l’influence bornée du faible contrôle que l’esprit humain peut exercer sur les êtres organisés; elles ne sont pas le produit arbitraire de la pure activité des causes physiques. Il est prouvé par conséquent que même les modifications les moins importantes qui puissent avoir lieu pendant la durée d’une seule période cosmique, chez les animaux et les plantes, sont déterminées par une Puissance intelligente et ne résultent pas de l’action immédiate des forces brutes.... Les modifications quelconques ayant eu lieu, dans le cours des temps, chez les êtres organisés, apparaissent comme Faction d’une Puissance intelligente. Ellesdonnent par conséquent une base matérielle au jugement qui, dans les différences observées chez ces êtres finis, voit une institution de l’Intelligence suprême et non le produit des causes physiques. »
Ainsi, en prenant à la lettre la déclaration d’Agassiz, nous le voyons admettre que la sélection artificielle peut produire des modifications chez les êtres; mais comme cette sélection artificielle consiste dens les actes de variations et d’hérédité dirigés et surveillés par l’homme, il en faut, pense-t-il, conclure que chez les espèces sauvages les modifications n’ont pu être que l’effet d’une sélection dirigée aussi par une haute intelligence, par une puissance supérieure à F homme et supérieure à la nature. Or nous allons voir précisément que les rapports réciproques des êtres entre eux et avec leurs milieux permettent de concevoir un mécanisme naturel par lequel peut s’opérer une sélection plus efficace que celle produite par l’homme.