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primitifs. Il admet seulement pour le règne animal quatre ou cinq origines distinctes correspondant à peu près aux divisions zoologiques connues sous le nom d’embranchements; il ne considère pas comme impossible que ces souches du règne animal aient pu descendre d’un seul prototype, d’une seule forme primitive intermédiaire aux animaux et aux végétaux; mais cette vue, ajoute Darwin, ne pourrait être établie que par l’analogie qui, dit-il , est souvent un guide trompeur. Ce que n’a pas fait Darwin, E. Ilæckel, professeur de zoologie à l’université d’Iéna, n’a pas hésité à le tenter1.
Si les analogies permettent de supposer une parenté successive entre les divers degrés de l’échelle animale, en prenant l’expression de parenté dans le sens propre du mot, c’est-à-dire s’il est possible de supposer que, par exemple, il n’y a eu d’abord que des êtres monocellulaires comme les amibes, puis des êtres formés d’une petite masse de cellules semblables comme les synamibes, et dérivant des précédents par le simple fait de
1. Voici lt liste des ouvrages de Ilæckel dont il a été publié une traduction française.
Histoire delà création des êtres organisés d’après les lois naturelles. Conférences scientifiques sur la doctrine de l’évolution en général et celle de Darwin, Gœthe et Lamarck en particulier, traduites de l’allemand par le docteur Letourneau et précédées d’une introduction par le professeur Ch. Martins. Deuxième édition. 1 vol. in-8 avec 15 planches, 19 gravures sur bois, 18 tableaux généalogiques et une carte chromolithogr. — Anthropogénie ou Histoire de l’évolution humaine. Leçons familières sur les principes de l’embryologie et delà philogénie humaines. Traduit de l’allemand sur la 2e édition parle docteur Ch. Letourneau. Ouvrage contenant 11 pl. , 210 gravures et 36 tableaux généalogiques. 1 vol. in-8. — Le Règne des Protistes. Aperçu sur la morphologie des êtres vivants les plus inférieurs, suivi de la classification des protistes, traduit de l’allemand et précédé d’une introduction de 61 pages par Jules Soury. Ouvrage contenant 58 gravures sur bois.
INTRODUCTION
la division et subdivision de la cellule primitive seule composante; si l’on peut supposer que de ces synamibes sont dérivés les êtres qui, comme les éponges et les zoophytes, présentent une différenciation de ces cellules en un feuillet externe ou épidermique et un feuillet interne ou intestinal, avec un seul orifice servant à la fois à ingérer les aliments et h rejeter les résidus de la digestion, et un feuillet moyen intermédiaire aux deux précédents; si de ces animaux réduits à une sorte de sac on peut concevoir que, par le fait de la formation d’un nouvel orifice qui sera la bouche, l’orifice primitif constituant l’anus, soient sortis les animaux de la classe des vers, de ceux-ci, par l’apparition de bourgeons latéraux qui se développent en membres, les vertébrés inférieurs, se transformant eux-mêmes successivement en vertébrés supérieurs; si cette série logique de suppositions est possible, y a-t-il des notions scientifiques qui puissent venir à l’appui de cette conception entièrement hypothétique? A priori , il semble impossible de trouver des faits qui puissent venir jouer le rôle de preuves; cependant ces preuves existent: l’embryologie de chaque être en particulier les fournit d’une manière qu’on aurait à peine osé espérer si complète. En effet, si l’hypothèse précédente est vraie, sa confirmation, sa preuve, une preuve comparable à celle qu’on emploie en arithmétique pratique, lorsque, par exemple, après avoir fait une division on en vérifie l’exactitude en multipliant le diviseur par le quotient et on reproduit le dividende, la preuve, disons-nous, de cette théorie serait acquise si les différentes phases du déve-
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loppement d’un vertébré, par exemple, reproduisaient successivement les diverses formes animales sus-indiquées, c’est-à-dire si l’embyron en question se présentait d’abord comme une simple cellule (amibe), puis comme un amas cellulaire (synamibe) provenant de la subdivision de la cellule primitive, puis comme un sac à ouverture unique et constitué essentiellement par un feuillet externe et un feuillet interne invaginé ( Gastrula de Hæckel); puis que ce sac acquit une seconde ouverture, la bouche ; qu’ultérieurement les bourgeons des membres fissent leur apparition, etc. ; de manière que le vertébré, dans son développement, aurait été successivement une amibe, une synamibe, une gastrœa (comme celle des éponges et zoophytes), puis un ver, puis un poisson, et enfin un vertébré supérieur.
Or c’est précisément ce qui a lieu : depuis longtemps, et dès les débuts des recherches embryologiques, on avait remarqué que chacune des phases par lesquelles passe un animal pendant son développement représente une forme de la série animale : une connaissance plus approfondie du développement de chaque être a montré que la série des formes successives revêtues par l’organisme individuel, depuis l’œuf jusqu’à son entier développement, est une répétition en miniature de la série des degrés de l’échelle animale, c’est-à-dire, selon l’hypothèse évolutionniste, qui se trouve par cela même démontrée, une répétition de la longue suite de transformations subies par les ancêtres du même organisme depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours.
lvi INTRODUCTION.
Fritz Muller a formulé la loi en disant : « L’histoire de l'évolution embryonnaire d’un individu d’une espèce est une répétition courte et abrégée, une sorte de récapitulation de l’histoire de l’évolution de cette espèce. » L’histoire de l’évolution embryonnaire de l’être individuel, Hæckel lui donne le nom d 'ontongénie (ov\ ovtgç, être; 7 evoç, formation, développement); l’histoire de l’évolution de l’espèce, Hæckel lui donne le nom de phylogénie (^uXyj, tribu; 7 svcç, développement), et toute la doctrine de l’évolution ou de l’hæckélisme, comme on l’appelle aussi, est contenue dans cette courte formule de Hæckel : « U ontogénie est une courte récapitulation de la phylogénie. »
Nous 11e saurions entrer ici dans tous les développements que comporte cette formule. Mais si nous ne pouvons pour le moment entrer dans le détail des faits, surtout de ceux qui seront ultérieurement l’objet de notre étude, qu’il nous soit permis de donner encore quelques exemples qui, moins généraux que celui dont nous nous sommes servi pour esquisser une première idée de la doctrine; nous la ferons mieux comprendre en lui donnant pour ainsi dire un corps saisissable.
Prenons par exemple un vertébré qui, dans son histoire embryologique, est une des sources les plus fécondes d’enseignements philosophiques, de même qu’il a été aux mains des expérimentateurs la principale source de nos notions en physiologie, la grenouille commune : La femelle pond un œuf, qui, fécondé, se transforme en un être bien différent de sa mère; cet être, vulgairement
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