AVERTISSEMENT XIII
gique Francesca de Rimini, avec sa plaie au flanc, parcourant l'espace enlacée à son Paolo, la languissante Pia de' Tolomei, fleur fanée dans l'air étoufBant des Maremmes, sont des ombres plutôt que des femmes.
Celles de Boccace ont plus de corps : elles ont même un corps assez épais, ces grosses et grasses matrones sur lesquelles s^assouvit sans vergogne Tappétit monacal; ces rusées commères si adroites à passer d'un li^ dans un autre, à duper leurs maris, à leur boucher le bon œil, à les occuper dans le cuvier pendant que le galant les cajole; ces frin« gantes courtisanes toutes roides dans leurs robes de brocart et d'une impudence intrépide. L'artiste épris de la beauté des formes comme un païen, un Grec du temps de Praxitèle et de Parrhasius, se révèle en caressant d'un libre pinceau des nudités chatoyantes : la douce et charmante Grisélidis, si jolie en costume d'Eve; la veuve innocente qui, dupée par un facétieux étudiant, s'en va au clair de lune, déshabillée comme une nymphe du Giorgione, guetter sous la feuillée les célestes Demoiselles qui doivent lui ramener son amant; Geneviève et Isola, blondes comme fil d'or, aux cheveux bouclés, entremêlés d'une légère guirlande de pervenche, viennent pêcher dans le vivier,