‹ Le Décaméron de BoccaceChapitre 9 sur 84 · XII AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XII AVERTISSEMENT

Mort arrive, elle les surprendra le sourire aux lèvres et se passant la couronne de fleurs qui chaque jour désigne le Roi ou la Reine du festin. Ce qui, pour un autre conteur, n^aurait été qu'un cadre ingénieux, devient ici Pœuvre même et lui donne un sens. Dans ce cadre, Boccace a déroulé en cent histoires puisées un peu partout, mais rajeunies avec un art suprême, la vaste épopée héroïque, galante, libertine, tragique ou railleuse que chantent les passions dans le cœur de l'homme ; la haine, la jalousie, la vengeance et surtout Tamour, qui les inspire toutes. Paladins des anciens âges que l'on croirait détachés du Cycle d'Artus et de la Table-Ronde, tyrans farouches taillés sur le patron des Ugolin et des Ezzelino, maris débonnaires ou féroces, amants audacieux et entreprenants, gros marchands pleins d'astuce ou de bêtise, prêtres hypocrites, moines enragés de hâblerie ou de luxure, Boccace nous présente l'homme sous toutes ses faces; comme peintre de femmes, il est sans rival. Quelle gracieuse galerie de filles d'Eve, avant ou après la pomme ! La Laure de Pétrarque, la Béatrix de Dante sont des êtres vaporeux, insaisissables ; les autres idéales figures qui traversent l'épopée du sonore Florentin, la tra-

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