XX AVERTISSEMENT
On a reproduit exactement, dans U p sente édition, les ornements t3rpograp ques et les vignettes de Sédition Lyonnaise Guillaume Rouille, 1 55 1 , in-i 6. Les vignel passent pour être de Salomon Bernard, s nommé le Petit Bernard, le graveur de Bible dite de Lyon, et sont tout au mo' dans sa manière. Ces vieux bois, d'une e: cution savante, s'encadrent bien dans le te: et s'harmonisent avec le style du xvi* sièc mieux que ne pourraient le faire des dessi d'une touche et d'un sentiment modem si parfaits quMls fussent comme œui d*art (i).
Alcide BONNEAU.
(i) Tous les ornements et vignettes en quest: ont été gravés à nouveau par un artiste habile consciencieux, M. Alfred Prunaire.
DEC AMERON
DE M. lEAN BO- CAGE FLORÈN-
V^OWELLEiMEV^T T^O*duict d'Italien en Françoys par maistre Antoine te Maçon conseiller )tu Roy, et trésorier de l'extraordinaire de ses ■ guerres.
ai LYOV>C, Chen Guillaume Rouille, à VEscu
Le verd Laurier, qui la teste environne Du Certaldin plus que soy-mesme haut.
En tel endroit à son devoir défaut, Estant plaatost ci
DlXAIN AUX LECTEURS
Vojf î, Lectears, celte belle leçon Plus a priser que nul riche idijice, Que pour mus a basty nostre Maçon, Maçon accreu du Roy par son serrice.
Si congnoistrei que moins n'est son ogSce (Si bien faisautl de livres translater.
Que manier finances et compter :
Car Bocacc est icy mieux recongneu, Quf II luy-mame, â se /aire escouter, Fusl de Florence en France revenu.
qA TKES-HqAULTE
et très-illustre Trincetse ^Marguerite de France, sœur unique du 'Jioy, lipyne de Z^avarre, 'Duchesse d'ailençtm et de 'Berry, <î4ntoine le fMaçon, Conseiller dudict Seigneur, l^eceveur général de ses finances en 'Bourgoigne, Trésorier de l'extraordinaire de ses guerres, et vostre très-humble Secrétaire, perpétuelle félicité.
t (ma Dame) du temps que vous feistes sé- 'our de quatre ou cinq moys i Paris, durant lequel voua ne commandastes (me voyant 'enu nouvellement de Flo- ' i'avoye séjourné un an entier) vous Taire lecture d'aucunes nouvelles du Décaméron de Bocace, après laquelle il vous pleut me commander de traduire tout le livre en noatre langue Françoyse , m'a»seurant qu'il seroit trouvé beau, et plaisant : (c vous fey lors responce que je sentoye mes forces trop foybles pour entreprendre
4 éPITRE
une telle œuvre. Et mes raisons estoîen.'^ que Bocace avoit esté (comme j'ay tousjoux-5' ouy dire aux plus sçavans) Phomme de toute l'Italie qui a paradventure le mieux escrit en sa langue que nul autre fit oncques,yoyre, jusques ^ soustenir que Cicéron, ne Démostène n'avoient point mieux, ne plus proprement et aysément parlé, Tun en Latin, et Taultre en Grec, que Bocace avoit fait en Tuscan; et d'avantage, j'avoys ouy dire à plusieurs de sa nation qu'ilz ne pouvoient penser, ne croyre, qu'il fust possible qu'on le sceust bien traduire en Françoys, ne dire tout ce qu'il avoit dit : mesme ayans veu par cy«devant quelque telle quelle traduction d'aucuns qui se sontvouluz mesler de le traduire, qui y ont si très-mal besongné qu'il n*est possible de plus. Et eux pensans qu'icelle traduction fust le mieux qu'on eust sceu escrire en Françoys, ont voulu aussi inférer qu*on ne Teust sceu mieux rendre en nostre langue qu'il estoit en ladicte traduction. Avecques ce je confesray certes, qu'en ce temps-là trop plus qu'à ceste heure mon opinion estoit, que nostre langue ne fust si riche de termes, et vocables, comme la leur. Après cela ma principalle (ce me semble) et plus raisonnable excuse estoit, la cognoissance que j'avoye de moy-mesmes qui suis natif du pais de Daulphirïé, où le langage maternel est trop eslongné du bon Françoys, et qui n'avoyc encore jamais pensé à traduire aucune chose,
EPITRE b
sçachant très-bien que je ne sçauroye si bien faire, que je n*en receusse plutost blasme que louange, veu mon estât et profession qui requièrent employer le temps à autre chose qu'à traduyre livres. Toutesfois, ma Dame, il ne vous pleut recevoir aucune de mes excuses, et me remontrastes qu'il ne falloit point que les Tuscans fussent en telle erreur de croire, que leur Bocace ne peust estre représenté en nostre langue, aussi bieii qu'il est en la leur, estant la nostre devenue si riche, et copieuse, depuis l'advènement à la couronne du Roy vostre frère, qu'on n'a jamais escrit aucune chose en autres lan« gués qui ne se puisse bien dire en ceste-cy : demourant vostre volenté arrestée que je le traduysisse quand j'en auroye le loysir. Quoy voyant, et désirant toute ma vie faire plus, si je pouvoye, que le possible pour vous obéir, je commençay de là à quelque temps à traduyre une desdictes nouvelles, puis deux, puis trois, et finablement jusques au nombre de dix, ou douze, des plus belles que je sceu choysir : lesquelles je laissay voir après, tant à ceux de la nation Tuscane, que de la nostre, qui tous me firent acroire qu'elles estoient (sinon bien) au moins très-fidellement traduictes. Parquoy me laissant ainsi doucement tromper (si tromperie y a), je me suis depuis mis à le commencer par un bout, et le finir par l'autre : ayant en toute ma traduction prins peine de ne dire en nostre langue plus ne 1 1.