‹ Le Décaméron de BoccaceChapitre 37 sur 84 · IX — LA COMTESSE DE ROUSSILLON · texte numérisé non relu

IX — LA COMTESSE DE ROUSSILLON

» rendu sain dedans huict jours de ceste » maladie. » Le Roy se mocqua en soymesmes des parolles de ceste-cy , disant : Comment est-il possible que ce que les plus grands médecins du monde n'ont peu ne sceu faire , qu'une jeune femme le face ? Et respondit, qu'il avoit proposé en soy-mesmes de ne suyvre plus aucun conseil de médecin. A qui la jeune fille respondit : — « Sire, vous » mesprisez mon art, pource que je suis » jeune et femme : mais je vous avise » que je ne médecine point avecques » ma science, ains avecques l'ayde de » Dieu, et avec la science de maistre » Gérard de Nerbonne, qui fut mon » père et médecin de grande renommée, » tant qu'il vesquit. » Le Roy dist alors en soy mesmes : Ceste-cy paradventure m'est envoyée de Dieu : pourquoy n'esprouvé-je ce qu'elle sçait, puis qu'elle promet de me guérir en peu de temps, sans me faire ennuy ? Et s'estant accordé de l'esprouver, il dist : — « Damoyselle, » si vous ne me guérissez me faisant » rompre ma délibération, que voulez- » vous qu'il s'en ensuyve ? — Sire, » dist la fille, a faites-moy mettre en bonne et » seure garde ; et si je ne vous guéris

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» dedans huict jours, faites-moy brusier : » mais aussi si je vous guéris, quelle ré- » compense m'en adviendra-il ?» A qui le Roy respondit : — « Il me semble que » vous estes encore à marier, et pource » si vous me guérissez, je vous marieray » bien hautement. » Auquel la fille respondit : — « Certes, Sire, je suis bien » contente que vous me mariez : mais » aussi je vueil un mary tel que je vous » demanderay, sans prétendre à pièce de » voz enfans ne de vostre sang. » Le Roy luy promit incontinent de le faire.

La jeune fille commença à faire sa médecine, et en brief, voyre avant le terme qu'elle avoit promis, elle feut rendu tout sain. Dont se voyant le Roy guéry, il luy dist : « Damoiselle, vous » avez bieh gaigné le mary que vous » demanderez. — J'ay doncques. Sire »

(dist-elle), « gaigné le Comte Bertrand » de Roussillon : lequel j'ay dès mon » enfance commencé à aymer, et depuis » Tay tousjours aymé de tout mon » cœur. » Le Roy fit grand cas de le luy devoir donner : mais puis qu'il le luy avoit promis, ne voulant faillir de promesse, le fit appeller, et luy dist : « Comte, vous estes désormais grand et

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