IX — LA COMTESSE DE ROUSSI LLON I I
» puissant, je vueil que vous vous en » retourniez en vostre maison gouver- 1) ner vostre estât : et que vous emme- » niez une Damoiselle que je vous ay » donnée pour femme. » Alors le Comte dist : — a Et qui est (Sire) la Damoy- » selle? » A qui le Roy respondit : — c( C'est celle-là qui avec ses médecines » m'a guéry. » Le Comte, qui bien la cognoissoit, et desjà Ta voit veue, combien qu'elle luy semblast belle, sçachant qu'elle n'estoit de lignage convenable à sa noblesse, tout desdaigneux dist : — « Vous me voulez doncques (Sire) bail- » 1er une médecine pour femme ? jà ne )) plaise à Dieu, que j'espouse jamais » une telle femme. » A qui le Roy respondit : — « Vous voulez doncques que » je faille de ma foy, que je donnay à » la Damoyselle pour recouvrer santé, » qui pour récompense vous demande » pour mary ? — Sire, » dist Bertrand, « vous me pouvez oster tout mon bien, » et me donner moy-mesmes à qu'il vous » plaist, comme vostre homme lige que » je suis : mais je vous fay certain, que » je ne seray jamais content d'un tel » mariage. — Si serez » (dist le Roy) « parce que la Damoyselle est belle et
» sage, et si vous ayme beaucoup : par- » quoy j*espère que vous mènerez tant » plus joyeuse vie avec elle, que vous ne » feriez avec un' autre de plus grande » maison. » Le Comte se teut, et le Roy fit faire grand appareil pour la feste des nopces. Et quand le jour qu'on avoit déterminé fut venu, le Comte, en la présence du Roy (combien que mal voulonticrs il le fist) cspousa la Damoyselle qui Taymoit plus que soy-mcsmes. Et cecy faict, comme ccluy qui avoit pensé en soy-mesmes ce qu'il avoit délibéré de faire, feignant qu'il s'en vouloit retourner en son païs, et là consommer le mariage, il demanda congé au Roy; et quand il fut monté à cheval, il ne s'en alla pas en son païs : mais s'en vint en Toscane, là où, ayant sceu que les Florentins avoient guerre contre les Senoys, il se délibéra d'estre de leur party; et y estant voulontiers receu, et avec honneur faict capitaine de certain nombre de gens avec bon estât d'eux, il se mit en leur service et y fut long temps.
La nouvelle mariée, peu contente de telle aventure, espérant par son bien faire de le faire venir en son païs, s'en vint à Roussillon,là où elle fut receue de