‹ Le Décaméron de BoccaceChapitre 41 sur 84 · IX — LA COMTESSE DE ROUSSILLON I · texte numérisé non relu

IX — LA COMTESSE DE ROUSSILLON I

son propos, luy disant : — « J'ay besoing » de vostre foy, en laquelle si je me j> remetz et vous me trompiez, vous » gasteriez votre faict et le mien. — » Dites-moy » (dist la gentil femme) « ab?eurément ce qu'il vous plaira : car » vous ne vous trouverez jamais trompée » de moy. » Alors ayant la Comtesse commencé dès le premier jour qu'elle devint amoureuse, luy compta qui elle estoit, et ce qui luy estoit intervenu jusques à ce jour-là : de telle sorte que la gentilfemme, croyant ce qu'elle disoit, comme celle qui desjà en avoit ouy dire quelque chose à d'autres qu'à elle, commença à en avoir compassion. Et après que la Comtesse luy eut racompté tout son faict , elle continua soii propos , disant : « Or vous avez ouy entre mes » autres fascheries, quelles sont les deux » choses qu'il me convient avoir, si je » vueil recouvrer mon mary : lesquelles » je ne congnoy autre personne qui me » les puisse faire avoir sinon vous, s'il » est vray ce que j'enten : c'est à sçavoir » que le Comte mon mary aymè vostre » fille. » A qui la gentilfemme dist : « Si » le Comte ayme ma fille, je n'en sçay » rien : toutesfois il en fait de grans sem-

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l8 LE DÉCAMÉRON — III® JOURNÉE

» blans ; mais que pUis je faire par » cecy qui vous soit agréable? — Ma » Dame » (respond la G)mtesse), « je vous » le diray : mais je vous vueil première- » ment monstrer ce qui vous en aviendra » si vous me voulez secourir en cecy.

» Je voy vostrc fille belle, et grande, » preste à marier ; mais à ce que j^ay » entendu, et que je puis comprendre, » ce qui vous fait la garder tant, est faute » de n'avoir bien le moyen de quoy la » marier: par tant je délibère, pour le u mérite du plaisir que vous me ferez, » de luy donner promptement de mes » deniers autant en mariage que vous- » mesmes trouverez estre suffisant pour » la marier honorablement. » L'offre de la Comtesse fut fort agréable à la Dame, comme nécessiteuse qu'elle estoit ; mais toutesfois ayant le cœur noble, elle luy dist : « Ma Dame, dites-moy ce que je » puis faire pour vous ; et si c'est chose » honneste à moy, je le feray volontiers, » et puis après vous ferez ce qu^l vous » plaira. » Lors dist la Comtesse : — « Il » est de besoing que vous faciez dire au » Comte mon mary, par quelque per- » sonne en qui vous ayez grande fiance, » que vostre fille est toute preste de faire

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