VIII — LE COMTE D ANGIERS
giers et ses enfans, avint que le Roy de France (après plusieurs trefves faiictes avecques les Allemans) mourut : et en son lieu fut couronné son filz, duquel estoit femme celle pour laquelle le Comte avoit esté chassé. Quand la dernière trefve faicte avec les Alemans fut faillie, la guerre recommença très-apre, à Tayde de laquelle le Roy d'Angleterre luy envoya comme à son nouveau parent, grand nombre de gens, souz le gouvernement de Perot son mareschal, et de Jacquet Lamyens, filz de Tautre mareschal : avec lequel le preud'homme, c'est à sçavoir le Comte, alla : et sans être congneu de personne demoura grand pièce au camp, comme serviteur, où toutesfois, comme vaillant homme, il conseilla et exécuta (plus qu'à luy n'estoit requis) beaucoup de bonnes choses.
Advint durant la guerre que la Royne de France fut griefvrement malade, et congnoissant en elie-mesmes qu'elle tiroit à la fin, ayant contrition de tous ses péchez, elle se confessa dévotement à l'Archevesque de Rouen, qui d'un chacun estoit réputé pour un bon et sainct homme : et entre ses autres péchez luy dist ce que le Comte d'Angiers
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avoit soufiFert à grand tort pour elle. Et non seulement fut contente de le dire à luy seul : mais aussi racompta devant plusieurs autres gens de bien, comme le tout avoit esté : les priant qu'ilz fissent tant envers le Roy que si le Comte estoit encor* vivant, ou quelqu'un de ses enfans, que leur bien leur fust rendu. Non guères après cecy la Royne trespassa, et ftit honorablement enterrée. Et sa confession racontée au Roy, il fut meu (après aucuns douloureux souspirs des injures faictes à tort à un si vaillant et si homme de bien) d'envoyer faire un cry par tput le camp, et en plusieurs autres lieux, que quiconques luy enseigneroit le G)mte d'Angiers, ou aucuns de ses enfans, il seroit pour un chacun d'eux très-grandement guerdonné par luy : car il le tenoit pour vray innocent du cas, pour lequel estoit en exil, par la confession mesmes de la Royne; et qu'il entendoit le remettre en son premier estât, et encores plus grand. Ce qu'oyant le Comte en habit de serviteur, sçachant que la vérité estoit telle, soudainement s'en alla à Jacquet, et le pria qu'il s'assemblast avecques Perot : par ce qu'il leur vouloit monstrer ce que le Roy alloit cher-