i'i LK DÉCAMKllON
« ' ' ' ■" '•'■■' ''• '■■■■ ' ' 'M iijr.
« '• vécu l'n-
<■ \ tout le temps qu'il nous vc-^le h. vivto à
••■ >>iK^,)iie celle laveur ui; lievuil point 1, vous étant venu en iVs^piit do . : a i'avio, au tormo (i.\é, j'uuta s vi- ■ lir h. liMij])?, Ciir ji' vftws aurais luit - avec le» honu'Mit-. li :, .mii." c! !.■ dus a votre merilo; puclé, ol que vous «liV-iroz ri: ; . «i CI S, je vuus y enverrai c ; luaniere n •
• jf vnij>» ni dite. — » A r; , , . i .lit : «< — M
« ^- ' bfpoii» (le voô paroles, vos in ,
« I hifMiveillance que Je n'ai jii;ii, -,
« iucnioi: .1 u!i SI liai. de ce que vou« dites, mtinie
« quand voua no me ! is, je vivrai et mourrai cer-
<i iiin. Mais puisque.) ai pn.- un tel parti, je vovis prie de a !:iirc vile ce que vous me d'ies, pour ce que c'est demain «< le (iernier Joui que l'on doit m attendre. — »> Le Saludin dit que tout était prêt, et le jour suivant, attendant la nuit pour, la faire partir, le Sularlin lui lit dresser dans uiio grande salle un très riche et très beau 1:1 garni, selon la niudc du pays, de matelas to'l couverts dt- \'z:occi! et il,i! draps d'or; il lit placer de.>«OMs une courto-pcint^ ouviée de
c,^;.',,,,c ,.,^. ^„(j, f\(, gr,i98es perles et de pierres pr6-
ri - lurent par ici estimées un f/rand prix cl
de! .., . i.iime-il laMait p?ar u:. te: liï. Ceci fail il
ordonna qu'on vôtU Messor ïorello, qui était d. ja revenu- n la santé, d'une robe à la mode sairasinK. '^t qui était bien 1 .. plus riche et la plus belle chose que chaciio >ûl encore xret qu'on lui mît sur la tôle un de ses plus longs <u:bans.
«c L'heure étant dcj^ avancé*», le Saladin, accompagné d'un grand nombre de ses barons entra dans la chambre où était messer Torello, et s'étant as'^is à côté de lui sur le lit, il se mit à lui dire quasi tout en pleurs : • — .Messer Torello, « l'heure qui doit vous séparer de rnoi approche, et pour ce
• que je ne peux vous accompagner, le genre de chemin M^que vous avez à faire ne le permettant pa=, il me fuul « prendre congé de vous ici dan? cc'te chambre, ce que je 5 suis venu faire. Et pour ce, avani que je vous dise adieu, « je vous prie, par cette afTection, par cette amitié qui existe « entre nous, do vous souvenir de moi ; et, s'il est possible, t avant que notre temps s'accomplisse, qu'après avoir mis « ordre à vos affaires en Lombirdie, vous veniez me voir au « moins une fois, afin que je puisse |iar cette visite oii je me « réjouirai de voua avoir revu, suppléer au vide qu'il me
« faut présontement supporter à cause de votre départ. El •X en atlendnnl que cela arrive, qu'il ne vous déplaise poiut î< de me visiter par lettres et de me demander ce qu'il vous « plaira, car je le ferai certainemeni plus volontiers pour « vous que pour tout autre. — >. Môsser Torello ne put retenir ses larmes; et pour ce, oixipècùé par ellas de parler, il rôpondit en peu de mots qu'il n'était pas possible que le souvenir de son mérite et de ses hienfaits lui sortît jamais de la mémoire, et qu'il ferait sans faute ce qu'il lui demandait, dès qu'il en aurait le loisir. Pour quoi, le Saladin. l'ayant tendrement embrassé et ayant été embrassé par lui, lui dit au milieu d'abondantes larmes : « — Allez avec i< Dieu — » et sortit de la chambre. Après quoi tous les autres barons prirent congé de lui et s'en vinrent avec le Saladin dans la salle oix il avait fait préparer la lit.
« Comme il était déjà lard, ot que le nécromancien n'attendait plus que le monuMit du départ qui! pressait, vint ua médecin avec un brcuva;^i;. et ayant donné à entendre- à messer Torello qu'il le lui donnait comme cordial, il le lui fit boire ; après quoi, mrs^ei- Torello ne tarda guci'e à s'endormir, et fut transporté tout endormi, par ordre du Saladin, sur le lit où leSoudan posa lui-même unegrandeet belle couronne d'un grand prix, à laqr.elle il fit une marque qui [lût bien faire voir qu'elle était envoyée par le Saladin iï la femme de me?ser Torello. l^uis il mit au doigt de messer Torello un anneau dans lequel était enchâssé un rubis si brillant qu'il semblait un flambeau allumé, et dont la valeur pouvait à peine être estimée. 11 lui fit ensuitepasser au cû!é une epée, dont la garniture n'aurait pas été facilement évaluée ; en outre, il lui fit inoltrc au col un collier où il y avait des perles comme on n'en avait encore jamais vues, et de nombreuses pierres précieuses ; enfin, il fit mettre à chacim de SCS rôles ei tout autour de lui deux grands bassins d or pleins de doublons, une grande quantité de chapelets de perles, des anneaux, des ceintures, et nombre de choses qui soraicnl trop longues à dire. Cela lait, il baisa de nouveau messer Torello etdit au nécromancien de le faire partir; pour quoi, soudain, en présence du Saladin, le lit avecmesserTorello ot tout ce qui était dessus, disparut au.x regards, et le Saladin resta avec ses barons, devisant de lui.
« Messer Torello était déjà déposé, avec tous les susdits joyaux cl ornements, dans l'église ne san l'ierro in Ciel d"Oro de Pavie, comme ill'avait deniandé, et il dormait encore, lorsque, mr.tlnes ayant sonné, le sacristain entra dansl'égliso une lumière à la main. A l'aspect inprévu de ce, riche lit, non seulement il fut étonné, mais ayant une grandissime peur, il tourna les talons et s'enfuit. L'abbé et ifs moines la voyant s'enfuir, s'étonnèrent et lui en demandèrent la raison.
LE DÉCAMËtlON.
iii. .« —Oh ! — dit l"abl)6 — p^-tudom la première fois qticlii cnlrcs tlans ni ■, ])o;ir [ .' i.iyiîpsi facilement? Or, ullons-y et voy.^t» li t'a l'ail pour. — » Ayant donc alUiiiié plusieurs lu iiiK ;.-3, l'abljé ol tous pcs moines entrèrent d.ins régliso cl Virent ce lit si merveilleux et si riche sur lequel le cher.ilinr dormait. Pcn ' ■"• ■'••.'^. intlécis et timides, et n'osant «"ap
fïrofher, ils it lnama{»nifi'|ii'^s bijoux, il advini .[ui
a vertu du L. , ayant cessé, masser Torello se réveil! i
en poussant un jjrand soupir. Dès que les moines l'eurcir vu, l'abbé en ttîle, ils s'enfuirent épouvantes criant : Sei gneur, sauvez nous ! Messer Torello, ayant ouvert les yeu\ et regardé atilour de lui. reconnut bien qu'il était h l'endroit où U avait demandé au Saladin de le (aire '!.• ■ -fir, de quoi il fut en soi-tnérne fort satisfait ; pour quoi, sCiîint assis sur son séant et ayant rco^ardé avec plus d'atleniion les objcl"» jui étaient autour de mi. bien qu'il connût «irjà la tnunilicence du Saladin. elle lui parutalors bien piusgrand<^ pi il la connut plus ijue jamais. Pourtant, sn.i^ plus se déranger d'où il était, entendant les moin^^s s'.nfuir et comprenant la cause de leur fuite, il se mit à appeler l'abbé fiar SOI» noni et à le prier de n'avoir aijcune cr-iinte, ponr ce qu'il était Torelli» son neveu. L'abbé, entendant cela, ei; encore plus peur, car depuis plusieurs mois il le croya,: piort ; mais au bout d'un moment rassuré par Jo bonncriisonc, tt 8'»nlendant toujours appeler, il fit le signe d de la sainte croix, «'t alla vers lui. Nle«ser Torello lui dii alors . " — 0 m-'U itère de quoi avc/.-VKU-s peur? Je sui> "- vivant. Dieu merci, et je revii^ns d'oulie mer. — »
<■ L'atd)é bien que Me.s.<*fr Torello eût la barbe longue el iju'il fut habillé à la barliaresque, apiès l'avoir un instant leL-ardé, fut tout à fait rassuré; il le prit par I.» main et dit : « — Mon fils, tu es le bien revenu. — » Et il ajouta ; " — Tu ne dois [loint t'élonner de notre peur, p' ur ce qu' « dans celte ville il n'y a pas un homme qui ne ip cr(>is fpi M mement mort, tellement que je puis te dire que madam»; « Adalieta, ta femme, vaincue par les prières et les rae:iiif!e> i< de ses parents, est remariée contre sa volonté, et doit aller • ''e matin môme à son nouveau mari ; les noces et la lél « à ce néce-(saire smt préparées. — » Messer Torello, élan' dc3C>^ndu du lit, et ayant fait à l'abbé et aux moines unt inorveilleuse fête, les pria tous de ne parler à pf^rsonno di Sun retour, jusqu'à ce qu'il eût fini une chose qu'il avait fi fil >•?. Après quoi, avant fait mettre en siireté les richejoyaux, il raconta à l'abbé ce qui lui était arrivé jusqu'à ce moment. L'abt.ié joyetix de sa lionne fortune, en rr-ndit aver lui grâces à Dieu, l'uis messer Torelîo demanda à l'abbé quel était le nouveau mari do sa femme. L'abbé le lui dit ;
à quoi Messer Torello dil : — Avant qu'on sache rien de « mon retour, je veu:x voir quelle est la contenance de ma « femme dans ces noces; et pour ce, bien que ce ne soit pas « l'habitude des personnes de religion d'aller en de pareils « banquets je veux que pour l'amour de moi vous vous ar- « rangiez, de façon que nous y allions.— » L'abbé répondit qu'il le ferait volontiers, et dès que le jour fut venu, il envoya dire au nouveau marié qu'un de ses amis voulait assi-;er à se^ noces ; à quoi le gentilhomme répondit que cela lui plaisait fort.
« L'heure de se mettre à table étant donc venue, messer Torello, sous l'habit qu'il avait, s'en alla avec l'abbé en lu maison du nouvel époux, regardé avec étonnement par tous ceux qui le voyaient, mais sans èlre reconnu de personne. L'abbé disait à tous que c'était un Sarrasin envoyé comme omba?sndeur au roi de France par le Soudan. Messer Torello l'ut en conséquence mis à lable juste en face de sa lemmc qu'il regardait avec un grundii^siuie plaisir, et dont le visage lui paraissait attristé par ces noces. l>e son côté, elle le regardait souvent, mais sans le reconnaître, car sa longue barbe, son habit étranger, et la ferme croyance qu'elle avait qu'il était mort, l'en détournaient. Mais quand le moment parut venu à messer Torello de voir si elle se souvenait de lui, ayant retiré de son doigt l'anneau que la dame lui avait donné à son départ, il lit appelerun jeune serviteur qui servait devant elle, et lui dit : « — Dis de ma part à la « mariée, qu'il est d usage, quand un étranger, comme je *• suis ici, mange àla table d'une nouvellemariée, comme elle « l'est ce soir, qu'elle lui envoie la coupe où elle boit pleine « de vin, en signe qu'elle a sa présence pour chère, puis « quand l'étranger a bu, il lui ren|voie la coupe, et elle boit « à son lour. — « Le jouvenceau lit la commission à la dame, laquelle, en' femme sage et bien élevée, croyant que l'étranger était un homme de grande qualité, pour montrer que sa présence lui plaisait, ordonna de laver et d'emplir de vin une grande coupe dorée qui était devant elle, et de la porter au gentilhomme ; et ainsi fut fait. Alors, messer Torello ayant mis l'anneau dans sa bouche, le laissa, en buvant, toa.ber dans la coupe, sansqwe personne s'en aperçût, et y ayant laissé un peu de vin, la recouvrit et la renvova à la dame, relle-ci l'ayant prise afin d'observer l'usage jusqu'au bout, et l'ayant découverte, la porta à sa bouche et vit l'anneau ; sur quoi, sans rien dire, elle le regarda un instant, et ayant reconnu que c'était celui qu'elle avait donné à messer Torello à son départ, elle le prit, et ayant regardé fixement celui qu'elle croyait être un étranger, et le reconnaissant déjà, comme si elle était devenue furieuse, elle renversa la table' qui était devant elle, et s'écria : « — Celui-
LE DÉCAMÉUON.
c* tel mon seigneur ; coluî-ci est vraiment messer Torcllo. — •» •"Il courant h. la table où il élail us>i3, sans prendre narile -l'.x dr.-.p». ni à ce qui êluit sur lu table, elle sa jeia & ?on <o'' e'. -'^nîbrassii étroiitMni'nt ; et on ne put \\na lu faire Mt' Je là, ',aiii qu'eussent pu dire et faire luua ceux qui »«>ient ptcrtrutrt, jusqu'à ce que messer Toroilo lui eùi dit ''tî se contenir, pour ce qu'elle aurait encore suflisam 'rient '? temps de i'c'nbra;<st^r.
« Alors, ipi-ès ly.' " fut relevée, et les convives étant tout troublé- mi le partie Joyeux d'avoir retrouvé
un chevali<>" de t..i m. n.;. messer Toiello, priant chacun de faire silence, leur ruconlu à tous ce i]ui lui était arrivé, depuis son départ jusqu'à ce moment, conclu. ml que le gentilhomme qui, le croyant mort, avait^épousé sa Ictnmc, ne di"ait p '- '■'>"v('r- nauvaiî» qu'il la 'rcpilt puisqu'il était vivant. nx, bien qu'il fût un pou confus, ré-
po '«lit i et sur un ton ami, qu'il avait le dé-
sir ii<! lairc tout ce qui lui plairait le plus. I.a dame quitta aussitôt l'anneau et la couroni.c que lui avait donnes Je nouvel époux, se passa au cloi'^t l'anneau qu'elle avait retiré rie la coupe, et.se ir.it hur la léto la couronne <jui lui -ivait é'c envoyée par If Soudan. Sur quoi, étant sortis fle la maison où ils étaient, ils allèrent avrc toute la poiiip'î «les noces à 11 maison demt'.-;si'i Toreilo ; et là, ses amis et ses parents désolés, cl tous les ciloy«*ns qui le regardaient conuMe un mi- I I -le. se consolèrent dans une louçue et joyeufe lôio. Mei-scr •llo, ayaiil donné une partie de ses JDvaux h celui (|ui S' a l fait les dépenses des noces, ainsi qu'àVabbô et à b . uc- -i;! d'autres, elannoncc par pliisii^urs inessaLr'-s au Salr.din f: 1 heureux retour dans sa patrie, se disant loujo'irs son ii!!ii et son serviteur, vécut de nombreuses années avec sa v^i' ;ureuse femme, usant plus que Jamais de courtoisie. Toile lii donc la (in des nialli«'urs de messer Torcllo et de C3ux d-- sa chère femme, et la récompense de leurs libéralité.'; ot d'- leurs promptPS largesses. Bon nombre de gi^is selTorccnt d t!i faire autant, et, bien qu ils en arent les mcyens, savent si mal s'y pn^ndre, qu'ils font acheter leurs libéralités plus qu'elles ne valent ; pour quoi, s'ils n'en retinni .ui'im Irnit. ni eux ni personne ne «Vit doivent étonner. —
DIXIÈME JOURXÉE. 605
NOUVELLE X
Le in.Trquis de Saluées, forcé par les prières fie sos vassaux de prendie f^ii!".!», •Iî:i le la prondre à sa fanUiisic, épouse la fille d'un vilain, de l.i.riicllB il • de .\ enfants qu'il l'ait semblant de faire tuer. Puis, donnant à croire à «« fauiine qu'il ne veut plus d'elle et qu'il a pris une autre feniui', il fait rêve, vea.r cbez lui sa fille comui • si ell? éta t sa nouvelle femme, aju.'-s avoir chassé la première en chemise. Quand il a vu qu'elle prenait toutes l'es épreuvi's en pat ence, il la reconduit iluns sa maison, la tenant pour plus (dièr<! que jamai» • il ni montre ses enfants ileveuus grands et l'Iioaoru et la fait honorer commt marquise.
La longue nouvelle du roi Unie, et tous l'uyani trouvée fort agréiible, Dioneo dit en riant : « — Le bravo homme qui allendait la nuit suivante pour faire baisser la queue droite du tanlôuie, n'aurait pas donné deux deniers de tous les éloges que vous accordez à mcsser Torello. — » Puis, sachant qu'il ne restait plus que lui à dire sa nouvelle, il commença : « — Mes douces dames, à ce qu'il m'a paru, la journée d'aujourd'hui a été consacrée à un roi, à des sultans, et à gens de semblable condition. Afin que je ne fasse pas trop contrasile avec vous, je veux vous conter, d'un marquis, non un acte de munificence, mais une extrav.igante brutalité. Quoique, en fin de compte, la chose lui réussit, je ne conseille à personne de suivre son e.xemple, car ce fut' grand dommage qu'il lui pu advînt bien.
« 11 y a grand lempsdéjà, parmi les marquis de Saluées, le plus illustre de la maison lut un jeune SLign<;ur nommé Gaultier, lequel clant sans femme et sans enfants, ne dépensait pas son temps à autre chose qu'àoiseler et à chasser,et no songeait en aucune façon à prendre femme ou àavoirdes enfants, en quoi il mentait d'être réputé très sage. Cela ne plaisant point à ses vassaux, ils le prièrent à plusieurs reprises de prendre femme, afin qu'ils ne restassent point, lui sans héritier, eux sans seigneur ; s'offrantde lui en trouver une de telle valeur, et née de père et de mère tels, qu'il pourrait fonder bonne espérance sur elle, et en être très satii^fait. A quoi Gaultier répondit : « — Mes amis, vous « me contraignez à ce que j'étais entièrement résolu de ne « faire jamais, considérant comme c'est chose difficile de « trouver compagne qui aille à ses habitudes ; comme, au « contraire, est grande la foule des autres, et combien dure « est la vie |;oiir celui qui tombe sur une femme qui ne lui ^ «convient pi-. Quant à dire que vous croyez, d'après la
CGC) LE I) ÊCAMiilU'N .
« caractère des pores et dos mères, connaîlrc les lilles, d'où « vous puissiez réponflre de m'en donner une qui me sulis-
• fasse, c'est une sottise. Encore que je ne sache pas où « vous auriez pu connaître les père?, ni comment vous pourtir ' orct des mères, quand bien mènr.e voua « I les filles sont le plus souvent dissem-
• 1 • nts. Cependant, piiisf]uil vou? plaît do mo « i :ii*3, nioi aossi j'y veux consentir. E)t pour « ijii' ,)' ■ ■■ ' Il aie plaindre de personne autre que de moi, n si la chose tourne h iiinl. je veux trouver moi- luéme ; voiis
• allirrnimt que, quelle que soit celle que je choisisse, si par
• vous «-ile n'ct'i pas honorée comme Dame, vous verrez, h. « voire grand délriment, ce qu'il vous en coûtera de m'avoir ce contraint, par vos prières, à prendre femme majgrè riiuri
• désir. — >» Les hrivos vassaux répondirent qu'ils étaient contants rien que de le voir consentir à se marier.
« hepuis quelque temps, Gaultier avait été charmé dos manieras d une pauvre jeune Mlle qui cluit d'un village vois.ii ■'>'■ ?on rhà'eau, et comme elle lui avait paru très belle, il pensa qu'avec elle il pourrait mener une vie très paisible. Pourquoi, sans plus chercher, il résolut de I épouser. Ayant fait appeler le père qui était très pauvre, il convint avec lui de la prendre pour lemme. Cela l'ait, Gaultier assembla tous ses amis <le la conlrée, et leur dit : « — Mes amis, il vous « a plu, il vous plaît que je cherche à me marier, et je m'y M SUIS prêté plus pour vous complaire que par désir de ma !■ part d'avoir femme. Vous savez ce que vous m'avez pro- 1 mis, c'est-à-dire d'être satisfaits de celle (|ue j'aurai choi- ■< sie et, quelle qu'elle soit, de l'honorer comme votre Dame. ■ Le moment est venu de tenir la promesse que je vous ai
• laite, rt je veux (jue vous teniez la vôtre, j'ai trouvé tout
• près d'ici une jeune fille selon mon cœur ; j'entends la «< prendra pour femme et la mener, d'ici à peu de jours. « en mi 'lemcure. Donc, songoz ?i ce que la fèlo des noce^ •' soit lit'ile, et h îa rerevoir avee honneur, allnqoo je puisse -' me déclarer satisfait de l'exécution de votre promesse,
comme vous pourrez vous déclarersatisfaits de 1 exécution
• de la mienne. — » Les b( n-5 vassaux, tout joyeux, répondirent que cola leur plaisait et, — qu'elle fût qui il voudrait, — qu'ils l'accepteraient pour M;iîLrrs«e et l'honoreraient en tout comme leur Dame. .\près cela, tous se pr(?parèrent à grande et joyeuse fête, et, de son côté, Gaultier en fit autant. Il fit apprêter des noces grandioses et magnifiques et invita une foule d'amis, de parents et de gentilshommes des environs. En outre, il fit tailler et confectionner •n grand nombre défiches et belles robes, sur la mesure d'une jeune fille qui lui parut do mémo taille que celle qu'il 86 proposait d'épouser. 11 fit également préparer des cein-
DIXIÈME JOURNiÎE. G07
(lires, des anneaux, une riche et belle cnuronne et tout ce qui est d'ueage pour une nouvelle épousée.
« Le jour qu'il avait lixé pour les n-ic-^s étant arrivé, Gaultier, vers la troisième heure, monta à cheval ainsi que tous ceux qui étaient venus pour lui l'aire honneur. Ayant ainsi tout disposé, il dit : « — Seigneurs, il est temps d'al- «•lor chercher la nouvelle épousée. — » Et s'étant mis en route, lui et toute sa suite, ils parvinrent au village. Arrivés devant la maison du père de la jeune fille, ils trouvèrent celle ci pottiint rie l'eau, qui revenait en grande hâte de la fontaine, afin d'aller avec les autres» femmes, voir venir l'épousée de Gaultier. Comme Gaultier la vit, il l'appela par son nom, c'est à diie Grisclda, et lui demanda où était son père. A quoi rougissant, elle répondit : u — Mon seigneur, « il est à la maison. — » Alors, Gaultier descendit de cheval, et ayant ordonné à tous ses gens de l'attendre, il entra seul dans la pauvre maison où il trouva le père qui avait nom Jeannot, et lui dit : « — Je suis venu pour épouser la « Griselda ; mais auparavant, je veux savoir quelque chose « d'elle, en ta présence. — » Ft il lui demanda si, l'ayant prise pour femme, elle s'ell'orcerait toujours de lui complaire, sans se troubler en rien de ce qu'il dirait ou ferait ; si elle serait obéissante, et lieancoup d'autres choses semblables, .\ toutes lesquellt's elle répondit oui. Alors Gaultier, la prenant par la mam, la mena au dehors et, en présence de toute sa suite, et des autres assistants, il la fit mettre nue. Ayant fait ensuite apporter les vêtements qu'il avait fait faire, il l'en fit revêtir, chausser, et sur ses cheveux épars comm.G ils étaient, il fit poser une couronne. Après quoi, chacun s'étonnant de tout cela, il dit : « — Seigneurs, • voilà celle que j'entends prendre pour ma femme, du mo- « ment qu'elle me veut pour mari. — » Puis, s'étant tourné vers rlli.! qui se tenait rougissante et troublée, il lui dii ; « — Griselda, me veux-tu pour ton mari ! — » A quoi, cll^e répondit : « — Mon seigneur, oui. — » Et il dit : « — ICI M moi, je te veux pour ma femme. — » tt, en présence de tous, il l'épousa. L'ayant fait monter sur un palefroi, il l'accompjigna respectueusement à son château où il la conduisit, là, les noces furent belles et grandes, et la fête ne lut pas autre que s'il avait pris la fille du roi de France.
« 11 sembla qu'en changeant de vêtement, la jeune épouse eût changé d'esprit et de manières. Elle était, comme nous avons déjà dit, belle de corps et de visage, et elle devint aussi avenante qu'elle était belle, et si aimable, de façons si accortes, qu'elle semblait être non la fille de Jeannot, une ancienne gardeuse de moutons, mais la fille de quelque noble seigneur, en quoi elle faisait l'étonnement de tous ceux qui l'avaient' primitivement connue. En outre, elle était si
G08 LE DÉCAMÉnON.
obéissante à son mari, si cMiiprceséc à le servir, iju'il se t(>nail pour l'homme le plus heureux et le mieux payé du monilo. Semhlablomcnt, elle était si Kraricuac, si alTabli envrrs les sujets de son mnri, qu'il n'y en avait pas un qu ne l'honorAl comme digne du rang qu'elle ocnipait. Tous priiiienl pour son lionhi-ur, uour sa suulc, pour sa piospérite, disant — de même qu'ils avaiont dit (|ue Gaultier avait agi en homme peu Siigo en la prenant pour fcmmo — qu'il était le plus sai;o et le plus avi^é des hommes, puisque nul autre que lui n'avait jamais su reconnaître la ' . ' valeur qu'elle cachait sous ses pauvres habits do iiH'. l'.n peu de temps, elle' sut l'aire de telle sorte, quo Il 11 ^t•ule^u■nt dans son marquisat, mais partout, on parlait de sa vcf tu, de ses bonnes œuvres, et (jij'clle changea en éloge le blâme qu'on avait pu jeter siir son mari à son sujet, quand il l'avait épousée.
• Klle ne fut pas longtemps avec Gaultier sans devenir grosse et, en temps voulu, elle accoucha d'une (illo ; de quoi wiiiititT fit LT.inde fétc. Mais peu après, une nouvelle pcricn son esprit, il voulut éprouver par n: et des traitements intolérables, la paticn rie >:i leriime. il commença par la brutaliser en paroles, ' itintitrant un visage trouble et lui di-ant que se? vassa fiaient mécontents d'elle h. cause de sa basse condition, surtout parce qu'ils voyaientqu'elle lui donnait des eiifan' iM tju'ils étaient tellement tristes de la naissance de sa fill ipiils ne cessaient de murmurer. La dame, entendant f p.ii'iles, sans changer de vis-age, de langage et de conl' n:iiice, dit : « — Mon seigneur, fais de moi ce que tu en k ras le plus utile à ton honneuretà ta tranquillité. Je sc! « ctntente de tout, car je reconnais queje suis moins qu'eu « l quo je n'él;.is pas digne de l'honneur auquel, par « courtoisie, tu m'as appelée. — » Celle réponse lut ti ::>;;iljle à Gauilior, qui rcconniil que les hommages qi lui et les autres lui avaient rendus ne l'avaient nullemci enorgueillie. Peu de temps après, ayant dit en termes vagu' à sa femme que ses sujets ne pouvaient souffrir la lil née d'elle, il donna ses instructions à un de ses ramilicrs l'envoya à Gris'-lda. Celui-ci, avec un visage toutdolont, 1 dit : « Madame, si je ne veux mourir, il me faut faire < « que mon seicrneurme commande. Il m'a ordonné de prc: • dre votre tWh: et de... — >» Il n'en dit pa-^ davantage. 1dame, à ces mois, considérant le visage du lamilier, et . souvenant des paroles de son mari, comprit ^u'il lui av;. ordonné de tuer sa fille. Pour quoi, l'ayant vivemer de ?on berceau, l'ayant baisée et bénie, bien qu'elle i tî'. un grand dcscrpoir en son cœur, sans changer dj . lago, elle la mit dans les bras du familier et lui dit
« — Fais do louL point ce (]ue ton seigneur ot le m ion fa « commandé, mais ne l'abandonne pas en pâtures aux bô- « tes et aux oiseaux, à moins qu'il ne te l'ait aussi or- « donné. — » Le familier prit l'entant e^ rappoi'la à Gaultier ce que lui avait dit la dame. Gaultier, s'étonnant d'une telle fermeté, envoya le familier à Bologne avec l'enraut chez une do ses parentes, en la priant de l'élever avec soin, sans jamais lui dire de qui elle était fille.
'.< H arriva par la suite que la dame devint grosso de nouveau et. à époque dite, accoucha d'un entant niàle, lequel fut très cher à Gaultier. Mais ce qu'il avait fait r p lui suffisant pas, il traita la dame plus brutalement encore et, avec. un visage troublé, lui dit un jour : a — l<'emine '^e- « puis que tu as fait cet enfant mâle, je n'ai pu vivre en « aucune façon avec les miens, si durement ils me rcpro- « chent qu'un petit-fils de Jeannot doive, après moi, deve- « nir leur seigneur ; sur quoi je crains, si je ne veux être v< chassé, qu'il ne me faille faire une seconde fois ce que « j'ai déjà fait, ette laisser pour prendre une autre femme. — » La dame l'écouta d'une âme patiente, et "le répondit pas autre chose, sinon : « — Mon seigneur, pense à te conten- « ter et à taire selon ton plaisir, et ne te préoccupe nullement « de moi, parce que nulle chose ne m'est chère, qu'autant « que je vois qu'elle te plaît. — » Peu de jours après, Gaultier, de la Uiême façon qu'il avait agi pour sa fille, procéda pour son fils, et feignant aussi de \'avoir fait tuer, il l'envoya à Bolngne pour l'élever, comme il avait envoyé la jeune liile. A cela, la dame ne fit pas un autre visage, ni une autre réponse que pour sa fille. De quoi Gaultier s'étonna fort et, à part lui, aftirmait que nulle autre femme n'aurait pu en faire autant, tit s'il ne l'eût vue, pendant (juc cela lui plaisait, très aiîcctionnée pour ses enfants, il aurait cru qu'elle agissait ainsi par indilTcrence, tandis qu'il reconnut que c'était par sagesse. Ses sujets, croyant qu'il avait fait tuer ses entants, le blâmaient fort et le tenaient pour un homme cruel, et avaient grande compassion de sa femme. Celle-ci, aux dames qui lui adressaient leurs condoléances sur ses enfants morts ainsi, ne ditjamais autre chose sinon que rien ne lui pkisait à elle que ce qui plaisait à celui qui les avait engendrés,
;< Mais plusieurs années s'étant écoulées depuis la naissance de sa fille, il parut temps à Gaultier de faire la suprême épreuve de ce que sa femme pouvait supporter. 11 dit à plusieurs des siens qu'en aucune façon il ne pouvait plus souffrir d'avoir Griselda pour femme, et qu'il reconnaissait avoir agi mal et en jeune homme lorsqu'il l'avait prise. Pour quoi, il voulait s'adresser au pape, afin qu'il lui permît de prendre une autre femme et de laisser Griselda ; c©
610 LE DÉCAMÉnON.
dont il fut vivomcnl blâmé par la plupart do ses bons vfi'^ saux. M;i;s il no leur répondit rien, ni ce n'nst que cola !• '. la dame, apprenant ces choses, et pr levait s'attendre à retourner & la maison ■ ' ' ' nouions comme au! r ■
r celui auquel elle
■ ni;. . -Il 'Ml II. i;i,i-ii;,i'; urundcmcnl en elle-iiii!i .«•. ToiiltToiî', de n le avait j^outenu les autres coupa ■'" '■ I •'■ "-v tl„ .-, |M . parait à recevoir d'un visage aus?i
le devrait encore supporter. Quelque temps -, ■ ;it venir de Home des loltres Fausses, et lit
voir .1 - que le pape, par coslettri^s, l'avait auforit^é
k pi'*i autre renimc et à laisser Giisclda. Pour quoi,
l'.iyatil tait venir en prostMJcedc tous il lui dit ; « — Femme,
• yiAc»' à la faveur qui m'est concédée par le pape, je puis
• prendre une autre femme et te laisser ; et pour ce que
• mes ancêtres ont été prtnds gentilshommes et seigneurs
• de ce? contrées, où les tiens ont toujours été simples art « sans, j'entends que tu ne sois plus ma femme, mais qii. •• tu t'en retournes h la maison de Jeannot, avec la dot qui " tu m'as apportée. Pour moi, je mènerai onsuile ici un»; M autre épou.'-e que j'ai trouvée et qui me convient. — » La darne entendit ces paroles non sans une peine extrême; mais domptant sa nature de femme, elle retint ses lances et répondit : • — Mon seigneur, j'ai toujours reconnu que •■ ma basse condition ne convenait nullement à votre nu « blesse, et ce que j'ai été près de vous, de vous et de Dif i «je reconnais le tenir, et je ne l'ai jamais considéré comme « mon bien propre, mais toujours comme un prêt. Il vous « plaît de me le reprendre, et à moi il doit me plaire, il me
• plaît de vous le rendre, voici votre anneau avec lequel « vous m'épousAles ; prenez-le. Vous m'ordonnez d'em|)orter
• la dot que je vous ai apportée ; pour ce luire, il ne sera « pas besoin à vous de rien payer à moi de bourse ni de m bêle de somme, car il ne m'est point sorti de la mémoire
■ quo vous m'avez prise nue. El si vous jugez honnête que « ce corps, dans lequel j'ai porté les enfants engend.-é; d « vous, soit vu de tous, je mVn 'fai nue. Mais je vous prie,
• en échange de ma virginité eut' J'ai apportée ici et que je
■ ne puis remporter, qu'il vous plaise me laiss^er prendre « sur ma dot une seule chem s^». — » Gaultier qui avait meilleure envie de pleurer que d*ai?lre chose, garda cependant un visage dur et dit: « — Soit; emporte un^ che- « mise. — )' Tous ceux qui l'entouraient le priaient de lui donner une robn, afin qu'on ne vît pas celle qui, pendan' treize ans et plus, avait été sa femme, quitter son chaioni si pauvre et si honteusement vôlue qu'elle dût en sertir- en chemise. Mais les prières furent vaines. Donc, la dame, en
chemise et pieds nus, et sans rien sur la lôte, ayant recomir.n'vlé tout le monrlc h Dieu, sortit du clu\teau et s'en re- > >uriia chez son père, faisant verser des larmes et pousser Jes sanglots à tous ceux qui la virent. Jeannot, qui n'avait jamais pu croire que tout ce qui était arrivé tût vrai, c'està-dire (lue Gaultier dût garder sa fille comme femme, s'attendait rh:iqiie jour à cet événement et avait conservé les vétemetits qu'elle avait dépouillés le matin oti Gaultier l'épousa. Pour quoi, elle les reprit, s'en revêtit, et se remit aux modestes travaux de la maison paternelle, ainsi qu'elle avait coutume de le faire jadis, soutenant d'une âme iorte le rude assaut de la Curlune ennemie.
« Quand Gaultier eut fait cela, il fit savoir aux siens qu'il avait pris une jeune fille d'un des comtes de Panago, et, faisant faire de grands apprêts pour les noces, il envoya dire à Griselda de venir le trouver. Celle-ci venue, il lui dit : i< — Je mène chez moi la dameque j ai nouvellement prise, « ci. j'entends lui faire honneur dès son arrivée. Tu sais que c. j.; n'ai pas dans le château de femmes qui sachent prépa « r::r les chambres, ni faire les nombreuses choses qui ont <■ \.o\i en cette circonstance. Pourquoi, toi, qui mieux qu'une « a 'tre, connais les êtres de la maison, ordonne ce qu'il faut «- i.iire ; fais inviter les dames qu'il te semblera convenable « H reçois-les comme si tu étais dame ici. Puis, les noces « fiites, tu pourras t'en retourner chez toi. — » Bien que cil 'CUiiC de ces paroles fût coup de couteau au cœur de Griael '.a qui n'avait pu dépouiller l'aniour qu'elle lui portait aussi facilement qu'elle avait renoncé à la bonne fortune, elh répondit : « — Mon seigneur, je suis prête et toute dis- « posée. — » Et étant entrée avec ses habits de gros drap d.î P.omagne dans cette degaeure dont, p»u auparavant, elle était sortie en chemise, elle commença à neltoyer les cham- Drf»s et à les arran<?er, à faire placer les tentures et les tapis dans les salles, a f'iire apprêter la cuisine. Comne si ell-^ avait été une humble servante de la maison, elle mit fi ;îi lin à chaque chose, et ne se reposa luelorsqu'elle eut tout • oparé et ordonné comme il convenait. Puis elle fit, de li j .rt de Gaultier, inviter toutes les dames de la conli\; : (il attendit la fête. ^ ^
« Le jour des noces venu, bien qu elle n eut sur elle qu • .'^^^es pauvres habits, elle reçut courageusement, d'un visag ■ i'iyeux et avec les manières d'une maîtresse de maison. lo-tes les dames. q.ii vinrent. GauiLier avait fait élever avec f.nin ses enfants ;-•- Bologne chez sa pa.entequ. était mariée r) uis la fam:ii( des comtes de Panago. Sa fille, âgée deja oe •ouze ans était la plus belle créature qui se tût jama;? vu >, .1 son fils avait six anR. Gaultier envoya h Bologne pi-i".' -^^ ^i parent de venir à Saluées avec sa fille et son fils, lui r.-n:n-
613 LI-. U !■. t; A M I. no?t,
niuiuîiinf fîp mpner avec lui belle cl honorable compagnie, et ' qu'il conduisait la jeune fv)!o pour ôtrc sa
foii -ler à personne (\u\ elle olail. Le genlil-
bomrne, ayant tail comme lo niat(|uis l'en priait, se mit en cliomin rt. qurliinp? jours apris, la Jounc lille, son frère et noble c 1 pur rhcuro du dîner h Saluées,
où il \i> tns et braiicoup de gens des en-
virons, qui alki-tlaii ni la nouvr-lle épousée de Gaultier, (ielle-ci lut reçue par les dames et rnnduilt; dan» la salle nù lc& tables éluioiit mises. Gris^elda y vint aussi, comme elle était, et se porta d'un air joyeux à sa nni-unlrc, disant : ■< — Ma datiiC, f^oisla bicnviMiue! — l.e.sd.niirs qui avaient beauroup, m ds en vain. {>ri.^ Gaultier df Inirt! que la Gri- P'^Jda 5-0 tint d.TtH une chanibro.ou qu'il lui prt^lAtdu moins une dcH robos qui lui avaient appartenu, nlin quVlle ne se montra poirt ■ ■ ' ■ ' • ■ hôtes élranfîors. fc mirent i table, cl on ( vir. I.a jeune lillc attirail les
regards de l'-ii- .<:....,...... ,1 chacun disait que Gaultier
avait fait bon érhanpe. Mais, do tous le? assistants, c'était Gri-clda qui la hiuail le plus, elle et son IVère.
« Gaultier estima alors avoir idtlenu tout aulant qu'il désirait de la u.a'i wri: dc 8a lemme. Voyant que la nouvoauléde toutes r ne la changeait en rien, et <5lant certain
<îu'elle I point par bôlise, car il la roruiaissail pour
très sensée, il lui parut temps de la tirer de ramertrime qu'il •avait bien qu'i-lle cachait sous un visage l'orl. Pour quoi, l'ayant Fait venir en présence de tous ses vassaux, il Im ! t en souriant : « — Que te semble de notre épousée? « — AJon seigneur —répondit Grisclda — elle n:e |iaraîl licd t bien, et si elle est aussi sage que belle, ce qucjo crois, je m ne doute pas que vous ne deviez être avec elle le plus h<Mi-
• reu.K seigneur du monde. Mais autant que je puis, je vous « prie de ne pas la soumettre aux épreuves que vous avez « fait subir à cette autre qui fut vô'.re aus"!, car je crois
• qu'elle [>ourrait ditticile.ment les supporter. Non seulement i< elle cï-t plus jeune, mais elle a été élevée «îolicatemfnt
• alors que l'autre avait été, toute petite, habiii:co à une " peine cnnlinuelle. — » Gaultier voyant qu'elle croyait fermement qiir- la jeune rdle devait être sa femme et que. malgré cela, elle n'en parlait pas moins bien, la (it asseoira côté de lui et dit : t — Griselda, il est temps désorm > - « que tu recueilles le fruit de ta longue pîiiience, et que ti ceux-ci, qui m'ont réputé cruel, inique et.brtilftl, sachent « que ce que j'ai fait était dans un but prévu. J'ai voulu ap-
• prendre : à toi, à être une véritable épouse: à eux, à -avoir
• choisir la leur et à la conserver, et, en môme tenxj)?. me K conquérir une porpétnollc tranquillité pour tout le temps « que j'ai à vivre îvcs loi. ce aue, lorsque j'en suis vcru! à
DIXIÈME JOURiNÉE. 613
« prendre femme, j'avais grand'peur de n'obtenir jamais. <■ Pour quoi, afin d'en faire l'épreuve, je t'ai brutalisée et persécutée en diverses façons que tu sais. Et comme je ne ue suis jamais aperçu qu'en paroles ou en fait, tu te sois npposée à mon bon pliisir, et que j'ai eu de toi les satisl.ictions que je désirais, j'entends te rendre en une heure < ce que je t'ai enlevé en plusieurs fois, et récompenser par .< une douceur extrême les tourments que je t'ai causés. ' Accueille donc d'un cœur joyeux celle que tu crois être ' mon épouse et son frère, qui sont tes enfants et les miens. i< Ce sont ceux que toi et beaucoup d'autres avez cru longw temps que j'avais fait tuer par cruauté. Et moi, je « suis ton mari 'qui t'aime par-dessus tout, car je crois « pouvoir me vanter qu'il n'en est pas un autre qui puisse, « comme moi, être satisfait de sa femme. — » Ayant dit ainsi, illa prit dans ses bras et la baisa; et comme elle pleurait d'allégresse, il se leva avec elle, et ils allèrent à la place où leur fille était assise et, toute stupéfaite, entendait toutes ces choses. Griselda l'ayant embrassée tendrement, ainsi que son frère, elle, et tous ceux qui étaient là, furent enfin désabusés. Les dames très joyeuses, se levèrent de table et se retirèrent avec Griselda dans une chambre où, sous de meilleurs présages, elles lui enlevèrent ses vêtements grossiers et la revêtirent d'une de ses robes de dame noble. Puis, comme Uame, ce qu'elle para:ssait même sous ses haillons, elles la ramenèrent dans la salle. Là, elle fit avec ses enfants une merveilleuse fête, et chacun étant très heureux de ce dénouement, on multiplia les jeux et les amusements ; et on les contmua pendant plusieurs jours. Tous réputèrent Gaultier comme fort sensé, bien qu'ils tinssent pour trop cruelles et intolérables les épreuves faites par lui sur sa femme. Mais, par-dessus tout, ils considérèrent Griselda comme très sage, le comte de Panago, quelques jours après, s'en retourna à B.ilogne, el Gaultier, ayant enlevé Jeannot à ses travaux, le traita comme fon beau-père, de sorte qu'il vécut honore et fort heureux tout le reste de sa vieillesse. Gaultier ayant pnr la suite marié sa fille en haut lieu, vécut lonsleinps tranquille avec Griselda, l'honorant le plus qu'il pouvait.
.< Que pourrait-on dire ici, sinon que dans les pativroa chaumières pleuvent du ciel de divins esprits; comme au?si dans les demeures royales on en trouve qui seraient plus dignes de garder les porcs que de pos.séder droits de .seigneurie sur les hommes? Qui, excepté Griselda, aurait pu supporter, d'un visage non seulement sec, mais joyeux, les épreuves rigoureuses et inouïes tciitéps pur Gaultier? Quant celui-ci, ce n'aurait peut-être pas été un mal, s'il était .mbé sur une femme qui, lorsqu'il l'eut chassée en chemise
614 LE UKCAMÉnON.
bore de son chftteau, se fût avisée de se faire secoupr la pe H8!=e par un autre, afin de se pronirer une belle robe. —
La nouvelle de Dioneo était finie, et les dames qui diffr raient complcleinent d'avis, celle-ci blâmant une chos. celle-là louant une autre, en avaient fait l'objet d'un > lonj,' entretien, (juand le roi leva les yeux vers le ciel. \ que le soleil était déjà" bas, à Iheure de vosprée. il i (.m niença, sans quitter son siège, à parler ainsi : « — Gracieus' dames, vous n'ignorez pas, je crois, que l'intelligence di mortels ne consiste pas seu.ement à se rappeler les cho>i passées, ou à connaître les choses présentes, mais à savon , au moyen des unes et des autres, prévoir les choses ftjlures; c'est là ce qui fait la grande réputation de? hommes illustres. Comme vous le savez, il y aura demain quinze jours que nous sommes sortis de Florence pour prendre quelque divertissement, et cela dans le but de conserva ia santé et la vie, jusqu'à ce qu'aient disparu les tristesseles douleurs et les angoisses qui, depuis le commeiicenj' t de ce temps de pestilence, n'ont pas discontinué dans noU' cité. En quoi, selon mon jugement, nous avons honnêtement fait. Car, si j'ai bien su voir, quoiqu'il se soit dit. ici des nouvelles joyeuses et pouvant peut-être pousser h la concupiscence; quoique l'on ait continuellement bien mangé et bien bu, et sonné du luth, et chanté, tout' choses propres à exciter les esprits faibles à des jeux moii; honnêtes, aucun acte, aucune parole, rien enfin de voir part ou de la nôtre n'a été, à ma connais.sance, sujet blÂme. Une perpcluclle honnêteté, une perpétuelle co;: corde, une perpétuelle familiarité fraternelle, m'ont toi; jours paru régner entre nous. Cela, sans contredit, vous fait honneur et vous a servi, et j'en suis très heureu Mais pour que, d'une trop longue habitude, il ne p'Jis^ naître quelque chose qui se change en lassitude, et afi qu'un trop long séjour de notre part ne puisse dcvem prétexte à querelle, chacun de nous du reste ayant eu sjournée et sa part d'honneur, lequel réside pour le momer en moi, je pense, si toutefois cela vous est agréable, qu'^ convient désormais de retourner d'où nous venons. Sinor et si vous y réfléchissez bien, notre société, déjà connue d' plusieurs autres des environs, pourrait s'augmenter de fa çon que tout notre plaisir nous fût enlevé. Pour quoi, s vous approuvez mon conseil, je conserverai la couronni que vous m'avez donnée, jusqu'à notre départ que je fixe ; demain matin. Si vousBn décidez autrement, je suis prc à choisir celui que je dois couronner pour le jour suivant. — »
La discussion fut longue entre les dames et les trois jeune gens; mais., tînalement, ils trouvèrent ie conseil du rc.
bon et honnête, et décidèrent de faire ainsi qu'il avait proposé. En conséquence, le roi, ayant fait appeler le sénéchal, s'entendit avec lui sur ce qu'il aurait à l'aire le lendemain matin. Puis, ayant licencié la compagnie Jusqu'à l'heure du souper, il se leva de son siège. Les dames et les autres s'étant aussi levés, se livrèrent, comme d'habitude, qui à un divertissement, qui à un autre, et, l'heure du souper venue, ils s'y rendirent avec un plaisir extrême. Après le souper, ils se mirent à chanter, à\'onner du luth et à danser. La Lauretta menant la danse, le roi ordonna à la Fiammetta de dire une chanson. Celle-ci, très complaisamment, commença à chanter ainsi :
Si l'Amour venait sans jalousie.
Je ne sais pas s'il y aurait au montie Femme plus heureuse que moi.
Si gentille jeunesse,
£u un bel amant doit contenter une femme,
Ou bien prix de vertu
Ardeur ou vaillance.
Esprit, belles manières ou beau langage,
Ou beauté accomplie.
Je suis celle-là, car, pour mon salut,
Etant amoureuse,
Je vois toutes ces qualités en celai qui est mon espoir
ilais pour ce que je m'aperçois
Que les autres dames sont aussi avisées que moi,
Je tremble de peur,
Et, craignant chose pire,
Je vois qu'existe cbez les autres ce même désir
Qui me ronge l'âme;
De sorte que ce qui m'est une suprême aventure
Me rend inconsolable,
Me lait soupirer fort et vivre d'une misérable tm.
Si j'avais autant confiance
En mon seigneur, que je sens son mérite, Je ne serais pas jalouse; Mais on eu voit tant Qui manquent à la foi jurée, Que je les tiens tous pour coupables.
Cela m'afllige et volontiers j'en mourrais. A chaque femme qu'il regarde, 'ai soupçon, et je crains qu'il ne m'échappe»
Md LE DÉCAMÉROIf.
Par Dieo donc, que cliaqn*; daine Soit prëveaue de ue (tas s'aviser De me faire outrage eo cela; Car, a'il s'en trouvait une Qui, par paroles, par signes o» pur caresse», Ctiercherait à me faire eu cela domniaui; Ou me le ferait, et *i je veuais à le «avoir, Que Je soi* défigurée Si je ue lui ferais pas pleurer auèremeut une telle folie.
Comme la Fiammetta eut fini sa chanson, Dioneo, qu!
tait à côté d'elle, dit en riant : « — Madame, ce sera grande
■Mirl'iisiR à vous de l'aire connaître voire amant à toutes,
lin que, par ignorance, on ne vous en enlève point la pos-
''sjioD, ce dont vous pourriez vous fâcher. — » Après celle
ii-mson, ils en chantèrent plusieurs autres. La nuit était
. 1^ ur(>-s, de moitié achevée, lorsque, selon qu'il plut au roi,
:ent «e reposer. Dès que le jour suivart apparut,
1 ■ .'.vés, et le scnéchal ayant déjà lait partir leurs ba-
agei, ils s'en retournèrent vers Florence, sur les pas de leur
•i av'«é Les trois .jeunes gens ayant laissé les sept damei
lins Santa .Maria Novella. d'où ifs étaient partis avec elles, U un [trir^înt coricîô, ot s'en allèrent à leurs autres plaisirs.
Ouant à fllei». lorspi'il leur en parut tempe, elles is'eo re«
' ouruérciii à leurs demeures.