I.E DÉCASYLLABE IIOMA.N EN ANGLETKKEK
librement pendant quelque temps encore. Jusque vers le milieu du xvi e siècle le drame, plus conservateur sous ce rapport que les autres genres littéraires, présente à côté du décasyllabe emprunté au dehors des passages écrits en doggerel rhj-me, c'est-à-dire dépendant entièrement de l'accent. Cependant il s’établit bientôt entre les deux, en vertu de la division du travail, une distinction pareille à celle qui existe en France, dans les mystères en langue mixte ou en mètres divers, (‘litre le provençal et le français, le vers héroïque et l'octosyllabe. Les endroits proprement tragiques sont réservés à l'emploi du décasyllabe, les scènes plutôt comiques ou remplies par des personnages vulgaires se contentent du rythme accentuel. Cette répartition curieuse, et que justifient la familiarité du public avec l’une et l'autre mesure et l'analogie croissante entre elles, se remarque inéine à l’époque de la reine Elizabeth, par exemple dans la pièce de Lily The Woman in the Moon et dans certaines œuvres de Shakespeare (i). C’est au théâtre que se maintient le plus longtemps, bien qu'amoindrie, la métrique d’autrefois.
Quant à l’innovation de Chaueer elle se propage dans deux directions divergentes, suivant qu elle subit l’influence française ou italienne. Une première école s'inspire entièrement des bardes de langue d’oîl. Elle s'attache comme Gower, dont les poèmes oetosyllabiques en français et en anglais, montrent assez les aflinités artistiques, à une régularité quelque peu monotone, à la césure fixe et à l’emploi fréquent du couplet rimé. Ces principes sont appliqués, avec le soin minutieux des imitateurs, par lu littérature naissante du royaume d’Ecosse. Jacques I er , que sa longue captivité à Londres avait probablement mis au courant du mouvement des lettres dans cette ville, l’y acclimata ainsi que William Dunbar et que fauteur connu sous le nom de Henry the Minstrel ou Blind Harry. On est frappé en les lisant de l’unifor-
(i) C'est le déclin du doggerel rkyme que regrette G. Gascuigne quand il signale dans sa métrique anglaise ( 1 5^5) la disparition graduelle de mesures caractérisées par ces vers (d’ailleurs décnsyllabiques) ;
« No wight in this world, that wealth can attayne Unless he beleve that ali is but vayne. »
Cf. des exemples tout semblables chez Shakespeare, Comedy of Errors ac. 111, sc. 1.
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mité du rythme qu'aucune coupe hardie ne vient varier (i), où le vers, et même le plus souvent l'hémistiche, est marqué par un repos de la voix, où les finales sont encore en grande majorité masculines. Nous avons affaire ici h des novices dont l'art est maladroit et que l'exemple des Contes «le Cantorbéry n'a pu décider à rompre les liens de la tradition. C'est à peine si John Lvdgate. inféodé au même système de versification (a), parvient à donner au décasyllabe, conçu d'après des règles si étroites, quelque souplesse et «[uelque harmonie par l'heureux choix de ses mots et en se permettant un fort petit nombre d'enjambements. Le xvi° siècle continue d'abord les errements «le ses prédécesseurs. Sir Thomas Wyatt et son ami le comte de Surrey, ainsi que la plupart des collaborateurs du Tottrl's MisceUany ( 1 557), se font une idée toute pareille du décasyllabe, et ( 1 . Gaseoigne résume simplement leur théorie quand il dit de la césure : « lu a verse of tenne (sillables) it vvill be best plaeed at the end of the lirst foure sillables ( 3 ) ». Il faudra plus d'audace et moins de respect du passé pour rendre à ce vers toute sa valeur.
Au reste une seconde école, peu nombreuse, il est vrai, et bien plus timide que le maître, prenait modèle sur Chaueer et sinspirait des poèmes de l'Italie. C’est un des premiers disciples de celui-ci, Thomas Occleve, qui en est le chef au xv“ siècle. Chez lui, malgré un retour ofl'ensif, de temps à autre, des lois rigoureuses relatives à la coupe, la césure perd assez souvent son caractère strictement syntactique. elle change volontiers sa place traditionnelle et les deux hémistiches ont une tendance à se fondre l'un dans l'autre. Pendant une moitié du siècle suivant l'influence italienne se trahit à peine, même chez ceux qui, comme le comte de Surrey et Sir Thomas Wyatt, ont étudié de près la littérature de la Renaissance. Aucun des deux 11e pratique l'enjambement. 11e déplace la coupe régulière ou ne renonce «le plein gré à l'oxyton final. L’un et l’autre pourtant, et c’est déjà significatif,
( 1 ) Ceci est surtout vrai de Hlind Harry qui observe lu césure traditionnelle après la 4* syllabe comptée, tandis que Jacques I , r d’Ecosse et plus tard William Dunbar se départissent un peu de cette rigueur.
(y) Lu preuve de sa dépendance vis-à-vis du décasyllabe français est le fait qu’il admet la césure épique.
(3) G. Gaseoigne, Notes of instruction in Knglish verse, i5"5, p. 38.
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importent I» forme poétique «lu sonnet. Chez George Sackville aussi un changement apparaît. Dans son Mirrour for Magistrales, la longueur des hémistiches varie, sans que, du reste, lu distinction entre eux tende à s'effacer, et le sens de la phrase empiète facilement d'un vers sur le suivant. Les poèmes «le Sir Philip Sidney rendent l'évolution encore plus sensible. Ici les strophes dominent et la liberté du mètre transalpin se reproduit en anglais. Mais c'est avec ËÀlmund Spenser. ee grand admirateur de Chaucer, que l'élément italien triomphe. Comme autrefois les trécentistes, il invente pour son long récit allégorique une stance appropriée qui porte s«m nom. Huit décasyllabes, dont les césures varient à l'infini et «pie le mouvement oratoire de la période enchaîne les uns aux autres, se prolongent en un alexandrin sonore. Le rythme en est bien lambique, mais il admet le trochée au début et après la coupe principale, à condition de conserver trois ïambes et cinq accents toniques. Le vers rimé de dix syllabes a donc gardé la régularité du vers de Chaucer. mais, plus conforme aux modèles italiques à lu fin «In xvi” siècle, il revêt un caractère lyriipie et tend il se cristalliser sous forme «le strophes.
C'est encore au cours <1<- cette même période, mais «l une façon différente, que l’action littéraire de l'Italie se fit sentir chez les écrivains anglais. Vers la fin du règne d'Henri VIII. un jeune seigneur lettré, «pii mourut décapité en i54", Henry Howard, comte «le Surrey, traduisit, à l imitation de Trissino et de lluccllai. le second et le quatrième livre «le l'Enéide en vers non rimes. Cette tentative, la première du genre que l'on connaisse en Angleterre, était bien une innovation puisque le titre de l'ouvrage porte la mention expresse : « Iranslated into English and drawn into a straunge métré by Henry Karle of Surrey ». ce qui constitue un aveu implicite du lait. Comme il était naturel dans un essai métrique, dont nul ne pouvait prévoir le succès, le décasyllabe blanc y est des plus réguliers et ivssemble, moins l'homophonic finale, aux décasyllabes imités du français. La chute du vers est presque toujours masculine, la coupe suit généralement la quatrième syllabe comptée, parfois cependant la cinquième (atone), mais se trouve rarement après la sixième. La césure coïncide le plus souvent avec une ponctuation de la phrase et, sans doute par crainte de ne pas mar«iuer suffisamment l’endroit
qC LE DÉCASYI.I.AHK ROMAN ET SA EOHTl'NE EN EUROPE
où se termine le rythme, la fin <lu vers correspond toujours à un arrêt du sens. Voici par exemple un court extrait du chaut II :
By the calme seas corne fletvng adders twaine,
Which plied towardes the shore (1 lothe to tell)
With rered brest lift up aboue the seas;
Whoes bloody crestes aloft the waues vvere seen.
Iji seule licence grave que l'on puisse reprocher au poète est l'omission exceptionnelle d'une atone an début du vers, faute due, nous l'avons vu. aux habitudes de l'ancienne versification.
Mais par contre il évite avec soin un écueil fréquent chez les partisans de la nouvelle métrique et dont l'exemple de Chaucer aurait pu les garantir. Beaucoup d’entre eux ne reconnaissaient d'autre principe constitutif du décasyllabe anglais que la numération des syllabes. Pourvu qu'il y en eut dix. régulièrement coupées par la césure après la quatrième, ils croyaient être en règle avec leur art. C'est ainsi que raisonnait un des aniis de Henry Howard, Sir Thomas Wyatt, dont la poésie choque parfois l'oreiUe, tant il y est peu tenu compte de l'accent des mots. Ses sonnets pèchent notamment sous ce rapport, ce qui les rapproche singulièrement de la prose, et son opinion que la position d'une syllabe, atone dans le langage courant, à la dernière place du vers, sullit pour lui conférer un accent tonique, produit des rimes déplorables, par exemple, harbér. bannér, suffér, ou Jleéth, appearéth qui n’ont pas l'excuse des terminaisons pleines chez Chaucer (x). Ce fut l'honneur du comte de Surrcy de comprendre qu’il fallait allier dans une langue germanique le principe accentuel à l'autre. Comme les Italiens il se contente donc de rares trochées rythmiques au début du décasyllabe, maintient toujours le mouvement général ascendant et donne aux mots leur accentuation naturelle. Par là il est l’un des fondateurs de la versification anglaise, moderne.
Son exemple provoque presque aussitôt l'imitation. Dès i55j, dans le Tottel's Miscellany’, la première en date des anthologies poétiques de l'autre côté de la Manche, l'on trouve deux pièces en vers blancs, The üeath ofZoroas et M. Tullius Cicerocs I)eath(a),
(i) Nous en voyons la meilleure preuve dans l’absence de ces rimes citez les autres poètes du Tottel’s Miscellany.
(a) Voir dansl’rof. Arber's English Reprints, Tottel’s Miscellany, p. iao a5 il faut noter dans ces poèmes une certaine liberté de la césure et de l’enjambement.