‹ Le décasyllabe roman et sa fortune en EuropeChapitre 26 sur 36 · LE DOMAINE I)U DÉCASYLLABE ROMAN · texte numérisé non relu

LE DOMAINE I)U DÉCASYLLABE ROMAN

Tel que nous l’avons rencontré tout d'abord dans le poème provençal du Boèce et dans la Vie de Saint Alexis, le décasyllabe roman a pour seuls caractères fixes un nombre donné de syllabes, dix, comptées dans la mesure et terminées par une assonance ou une rime, un accent obligatoire sur la quatrième syllabe comptée et sur la dixième, renforcé chacun par une interruption nette du sens, enlin la présence tolérée d’une atone surnuméraire après la césure médiane* et bientôt, par extension, après 1a fin du vers. Il y a d’autres toniques en quantité indéterminée cl sans places prescrites, mais le ménestrel primitif n’a pas à s’en préoccuper.

Le mètre ainsi construit se purtage de lui-méme en deux parties inégales et presque indépendantes. Les hémistiches, en ellèt, y constituent la véritable unité première de versification. Il n’existe pas de pied , au sens propre de ce mot, soit dans la poésie quantitative, soit dans la poésie rythmique. La dichotomie essentielle du décasyllabe à son origine nous présente seulement, comme éléments constitutifs, une double série de quatre et de six syllabes, dont chacune comportera par la suite, après l’accent final, une atone facultative et non comptée et dont chacune pourra même rimer à part (en français et en provençal) avec la série correspondante du vers suivant. La séparation entre elles est rendue

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plus apparente par l'arrêt grammatical de la phrase à cet endroit et par la pratique de l'hiatus entre la dernière voyelle du premier hémistiche et la voyelle initiale du second. L'on pourrait croire à la juxtaposition de deux mesures bien distinctes si le décasyllabe à ses débuts ne se terminait par une assonance refusée à la coupe médiane et généralement par une linale masculine.

L’usage de ces homophonies partielles ou complètes qui constituent l'assonance et la rime confirme le caractère essentiellement syllabique du vers roman que nous venons d’étudier. Si l’accentuation avait sulli à le créer et si un nombre invariable de cinq toniques à places lixes s’y retrouvait toujours, l'oreille en eût facilement saisi le rythme sans qu'il fût nécessaire qu'une concordance de sons l’avertit de la fin du décasyllabe. Mais cette concordance, utile même dans les hymnes latines, en raison sans doute de la faiblesse de l’accent d’intensité naissant et malgré le secours de la musique, l’était plus encore dans la poésie populaire moins bien soutenue par une mélopée rudimentaire. Et tandis que les premières adoptèrent de bonne heure la rime et ses diverses combinaisons, les chansons de geste se contentèrent de l'assonance dont le retour monotone, mais constant, marquait mieux par son implacable répétition chaque tranche distincte de dix syllabes.

L insullisance des toniques à soutenir par elles-mêmes le vers se manifeste aussi par l'importance et la fixité de la coupe. On ne devait pas les sentir d’une manière bien frappante puisqu’il fallut à l’origine les détacher si nettement au moyen d'un silence musical et d’une interruption syntaetique de la phrase. lai forte césure médiane et la chute masculine du décasyllabe sont des expédients un peu grossiers facilitant sa scansion pour des auditeurs sur qui les accents seuls ne produisent guère d'effet. La même conclusion ressort de l’emploi, si fréquent au moyen-âge en France, de la coupe lyrique où l'on reporte 1’efl'ort de la voix non plus sur la quatrième, mais sur la troisième syllabe, tout en conservant la césure (après l'atone) à la place traditionnelle. Le déplacement d’un de ces éléments sans l'autre nous semble indiquer clairement que les détails de l'accentuation ne troublaient pas le poète, mais qu’il se souciait avant tout de conserver la coupe régulière.

Enfin, d'autres preuves, secondaires, si l’on veut, mais importantes en tant qu’appoint sérieux aux raisons déjà données,

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