I.F. DOMAINE DU DRCA8TM.ABE ROMAN l
reniai*que la rareté croissant)*, puis la disparition à peu pri*s complète. île l'atone surnuméraire admise après la césure. Le décasyllabe est ainsi ramené à sa longueur normale et il ne subsiste d'autre licence syllabique que celle de la rime masculine ou féminine à volonté, dont les écrivains français décréteront bientôt l'alternance nécessaire.
Une conséquence imprévue de la rigueur nouvelle fut d'amener le rapprochement et partant la fusion des deux hémistiches. Sensible en langue d'oïl et plus encore en provençal, ce progrès s’af- Pirme en italien. Il a pour effet d'atténuer la coupe médiane et de supprimer la dichotomie primitive. Par là même l'unité métrique change et passe au vers tout entier. Mais pendant que la césure perd de sa force la finale du décasyllabe subit une dégradation analogue. L'entrelacement des rimes que favorise l'emploi d'airs et de stances variés entraîne l’habitude de l'enjambement et la création de périodes poétiques. L’antagonisme latent entre la mesure rythmique et le développement de la phrase grammaticale sc manifeste dans les formes un peu longues comme le sixain ou 1 ottava rima et ne prend fin qu'avec la chute de la strophe. Mais pareille extension du vers héroïque au delà de ses limites traditionnelles le rend moins aisé a saisir pour l'oreille et fait découvrir d’autres éléments de régularité.
Depuis la naissance des idiomes néo-latins jusque vers le milieu du moyen-Age il se poursuit en Europe un changement linguistique. surtout en pays de langues romanes, qui ne pouvait rester sans influence sur la versification. L'accent d’intensité, assez faible au début pour qu'il eût besoin d'être renforcé à la fin de chaque hémistiche par une coupe marquée, prend une importance de plus en plus grande. Si le français se contente des règles traditionnelles parce que son évolution est plus tardive sous ce rapport et que le mouvement oratoire y modifie bien souvent l'accentuation normale, l'italien et l’espagnol imposent bientôt au décasyllabe trois toniques principales à places fixes et lui donnent une allure nettement ïambique. L'anglais et l’allemand, où le principe accentuel avait jadis prévalu à l’exclusion de tout autre et pour qui la mesure nouvelle constituait une innovation étrangère, ne pouvaient que la transformer pareillement. Elle s’y subdivisa plus ou moins vite, mais d’une façon spontanée, en unités plus petites
que l’hémistiche et se composa de cinq pieds rythmiques. L'on admit en Angleterre la variation trisyllabique, c'est-à-dire l'anapeste ou le dactyle, à titre d’exception: en Allemagne on n’y vit même pas une infraction à la règle. Le décasyllabe n'était jdus en théorie qu'un pentamètre à mouvement ascendant.
Une modification, légère en apparence, contribua plus encore à ce résultat : ce fut la suppression de la rime. Elle se lit d'abord en Italie d’après le modèle des auteurs anciens et se répandit de là en Angleterre, en Espagne, au Portugal et en Allemagne. Mais, chose curieuse, cette innovation affecta partout, en premier lieu (i) et presque exclusivement, le décasyllabe roman. 11 y a là une preuve évidente que le mètre héroïque de dix syllabes passait dans les divers pays énumérés pour la mesure la plus importante et que sa noblesse d’allure naturelle le rendait particulièrement apte à rejeter une contrainte surannée et à se dépouiller d’un ornement factice comme celui des consonnances finales. En même temps la transformation en vers blanc constitue en quelque sorte le dernier terme d’un développement qui tendait au point de vue de la forme à une liberté de plus en plus grande et au point de vue du fond à une poésie dépendant toujours davantage, pour l'effet produit, de la noblesse des pensées et du style plutôt que de moyens extérieurs et purement accidentels.
Cependant, le fait même d’une simplification semblable, coïncidant avec la renaissance des lettres dans l’Europe civilisée, pour significatif qu’il soit en tant que victoire de l’idée sur la matière de la langue, ne l'est pas moins par son action lente, mais incontestable, sur la versification. Le décasyllabe privé d'une ressource précieuse, de ce retour constant des homophonies qui marquait nettement pour l'oreille les séries syllabiques d'égale longueur, dut chercher d’autre façon à se distinguer de la prose. Il commença généralement, lors de sa première apparition dans un idiome nouveau, par observer strictement les règles traditionnelles de la césure et de la finale pour que toute erreur à ce sujet fût impossible. Mais ce n’est là que le point de départ d'une évolution dernière. Quand les poètes, enhardis par l'expérience, ont appris à connaître l’instrument dont ils se servent et à profiter des
(i) Il faut excepter la littérature néerlandaise qui, ayant adopté l'alexandrin si populaire en France, l'affranchit de la rime avant le décasyllabe.