‹ Le déclin de l'EuropeChapitre 22 sur 59 · LE BRESIL · texte numérisé non relu

LE BRESIL

En face des anciens foyers industriels qui évoluent et se développent, il y a des pays qui s^éveillent à la vie industrielle : ce sont des naissances, des créations. Parmi ces jeunes recrues il faut placer les nations de TAmérique du Sud. Jusqu'au indinent de la guerre, elles avaient vécu en étroite solidarité avec TEurope, attendant d'elle ses articles manufacturés. Avec la guerre, il devint impossible d'avoir ces produits et de les transporter; bon gré mal gré, il fallut faire soi-même son apprentissage et fabriquer soi-même. Sous la pression de la nécessité, on découvrit des richesses sur son propre sol; on prit confiance en ses propres forces ; on fonda des usines; et, par un retour paradoxal des choses, on vit parfois ces usines travailler pourl'Europe. En un temps très court, une vie nouvelle jaillit de la terre américaine. Au Brésil surtout, c'est presque une révolution économique qui se prépare.

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A de nombreux symptômes on reconnaît que le Brésil prend une vive conscience de sa vitalité et de sa force*. Des principes nouveaux pénètrent toute son économie. Dans ses grands traits elle demeure encore fidèle au type de production coloniale qui livre au commerce des denrées de luxe comme le café et le caoutchouc.

Mais les commandes de l'Europe en ,<Jenrées alimentaires ont fait la fortune de nouveaux produits. De 1916 à 1917, sur l'ensemble de l'exportation brésilienne, le sucre passe d'une valeur d^ i,4 à une valeur de 6,1 pour 100, la viande de o3 à 5,3, les haricots de o à 3,6, lé riz de o à 2. Par contre, les anciens produits baissent: le café de 60,7 à 58, 7 pour 100; le caoutchouc de i3,4 à 12,7. En 1913, le Brésil importait des pommes de terre, des haricots, du maïs; en 1917, il en livre à l'étranger. Les sucreries de San-Paulo et de Pernambuco exportent vers la Plata et vers l'Europe. D^ns les États du Sud du Brésil propices à l'économie des pays tempérés, la vie pastorale se développe; de grands troupeaux peuplent les ter-

I. G. Lafond, L'évolution économique et financière du Brésil Journal des Économistes, 1918, III, p. SBg-SGi.

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rains d'élevage du Rio Grande do Sul. La viande frigorifiée ne figurait pas en 191 3 parmi les exportations ; elle s'expédie maintenant en quantités croissantes vers l'Angleterre, la France, l'Italie, l'Egypte: 85i4 tonnes en igiS, 34ooo en 1916, 6o452 en 1917. Un souffle de progrès se répand sur l'agriculture ; on veut entreprendre la fabrication du lait condensé ; on donne plus d'attention à la culture fruitière ; on fonde des écoles agronomiques ; on crée des champs de démonstration ; on draine des marais ; dans le Ceara, on fore des puits artésiens. Partout on s'applique à mettre la terre en valeur afin de produire de quoi nourrir le pays, de quoi vendre au dehors et de quoi alimenter les industries en matières premières. La situation financière, compromise par la mévente des cafés, se relève ; les capitaux grossissent ; des banques se fondant ; la Banque du Brésil augmente son capital; on fait appel à la main-d'œuvre japonaise pour avancer la colonisation agricole. Pour parer au manque d'articles manufacturés, on crée des usines ; dans le seul État de Rio Grande, le nombre des établissements industriels a passé de 3i4 en 1908 à.2780 en igiS; leur capital a

sextuplé. L'État encourage tous ces efforts:

dans le Rio de Janeiro, il exempte d'impôts pendant cinq années toutes les industries nouvelles. Dans cette Gèvre d'entreprises, ii est naturel que l'effort principal s'applique à la créatioB des industries fondamentales dont les produits étaient jusqu'alors fournis par l'Europe : la métallurgie et le tissage. Mais toutes deux n'ont pas progressé du même pas ; le tissage seul est en plein essor.

La métallurgie' a pour condition la présence du charbon et du fer: le Brésil possède l'un et l'autre, malheureusement l'un loin de l'autre, et le charbon peu propre à la métallurgie.

Des dépôts de fer, abondants et riches, se trouvent dans le Minas Geraes ; ils s'étendent, à environ 35o kilomètres au Nord de Rio de Janeiro, sur un territoire long de 5oo kilomètres ef large de 5o, depuis Itabïra do Campo jusqu'à Serro Frio; on y connaît déjà une soixantaine de gisements d'une hématite compacte, excellente, dont une compagnie anglaise poursuit l'exploration. Le problème est de transporter ce

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