I. Aêie françaiu, jaaTier 1919, p< i4&'i
I lE DECUN DE L EDBOPX
ihones conserve vifl-à-vis de lui son indi lance. Chaque jour, la vie pratique consaci ouvel abandon ou suggère un nouvel. ei iment. Au début de la guerre, le Japon, qui aurait en Extrême-Orient seul en face de la le, crut le moment venu d'assurer Isa ématie chez sa voisine ; en janvier igiS, le stre du Japon à Pékin remettait au Préside la République chinoise une liste de mdes réparties en cinq -groupes. Le cin- Die groupe contenait certaines requêtes ificatives. « Engagement par le gouvemet chinois de conseillers japonais ; conces- I aux églises, écoles et hôpitaux japonais roit de posséder des terrains en Chine ; ductioD dans la police chinoise d'un certain bre d'agents japonais ; achat obligatoire au a delà moitié au moins des munitions de re nécessaires à la Chine ; concession au n de trois lignes de chemin de fer dans la e du Yangtsé ; reconnaissance d'un droit priorité aux capitaux japonais pour la truction des chemins de fer et des ports ixploitation des mines de fer du Foukien ; : pour les sujets japonais de faire de la pro-
L EXPANSION BU JAPON il
pagande religieuse en Chine. » La Chine céder à un ultimatum du Japon et accepter demandes ; mais elle eu a toujours éludé l\ cution. Au reste, devant la violence decertai manifestations antijaponaises et aussi le méc tentement des grandes puissances, te Ja] qui avait publié ses ambitions n'insista pas p les satisfaire et il revint à une méthode coi liante, dont l'occasion lui fut fournie pai déclaration de guerre de la Chine à l'Allemag au mois de septembre 1(117.
La Chine et le Japon devenaient des alli Mais contre quel ennemi ? Le théâtre de grande guerre était bien éloigné, et, à ^ dire, ni les destinées de ta Chine, ni celles Japon ne s'y jouaient. Heureusement le bi des armes se rapprocha d'Extrême-Orient; maximalistes , russes menaçaient la Sibë orientale et, par elle, la Mandchourie et Corée ; il fallait parer au danger commur arranger une collaboration militaire : de là. convention militaire sino-japonaise du 3o i 1918 dont le principe hautement proclamé él l'égalité des droits et des devoirs, mais dont résultat devait être d'amener les troupes ja]
190 LE DÉCLIN DE l'eCHOPE
naises sur le territoire chinois a en vue de le défendre en commun contre Tennemi. » A côté de raccord militaire que l'on publia, il se û% des négociations dont on ne connaît pas le détail, mais plus ou moins inspirées par l'esprit des fameuses demandes de igi5. On peut en juger par quelques clauses : unification de l'instruction militaire et de l'armement; inâtructeurs japonais dans l'armée chinoise ; établissement d'arsenaux en commun ; conseillers japonais auprès des ministres de la guerre, de la marine et des finances; agents japonais dans la police de Pékin, de Hankéou, de Nankin et d'autres grandes villes ; stations de télégraphie sans fil contrôlées par des officiers japonais ; ports chinois ouverts aux navires de guerre japonais. Cette coopération éventuelle à une expédition en Sibérie, ainsi que les conséquences connues ou secrètes de l'alliance japonaise, ne furent pas accueillies par tous les Chinois comme un bonheur national ; il y eut de violentes manifestations. Aussi on ajouta à la convention des clauses suivant lesquelles, aussi longtemps que l'invasion de l'Asie orientale par l'armée maximaliste ne serait pas un fait
accompli, il n'y aurait pas de nécessité absolue d'exécuter la convention. Cette fois encore le Japon ne jugeait pas expédient de s'engager plus loin dans la voie des réalisations ambitieuses. En attendant l'avenir, on ne néglige rien pour pénétrer et envelopper la Chine d'influences japonaises. Le Japon continue ta propagande religieuse qui dès 1908 avait attiré au congrès de Kioto les fidèles du bouddhisme ; la société de bienfaisance Diojinkai, dontl'œuvre philanthropique a tant servi la politique nipponne en Corée, vient de créer en igiS en Chine des hôpitaux de charité avec des dispensaires et des écoles de médecine ; trois établissements fonctionnent déjà à Hankéou, Tsinanfou et J^ankia. Dans un autre ordre d'idées, au poste de télégraphie sans fil érigé à Hankéou avant la guerre, deux autres se sont ajoutés, l'un à Tsinanfou, le second à Tsingtao ; au début de 1919, on préparait à Pékin l'installation d'un autre poste qui communiquera avec l'Europe et avec l'Amérique. Ces moyens d'action se complètent par d'autres, par des missions commerciales, par des agences d'information, par des sociétés privées. Des colonies nipponnes, établies dans
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les grandes villes chinoises, propagent l'influence japonaise ; à Tientsin, à Tchéfou, à Tsinanfou, à Hankéou, à Shanghaï, à Foutchéou, à Ainoy, à Swatow, elles tiennent un rôle actif dans l'économie de la ville. A Tsinanfou, la capitale dii Chantoung, les Japonais peuplent, au voisinage de la gare, tout un quartier qu'ils administrent euy-mêmes ; au début de 19 19, près de 200 maisons de commerce leur appartenaient, dont 63 pharmacies, 38 boutiques et bazars, i3 hôtels et auberges, 22 maisons de thé, 6 banques. A Shanghaï, on dénonibré une dizaine de milliers de Japonais dont quelques- UQS tiennent la tète dans le haut négoce ; à la fin de 1915, un Japonais, le baron Yoshiro-Fujimara, fut élu au conseil municipal de la concession internationale, battant de sept voix un candidat britannique*.
Les régions d'expansion japonaise. — Échanges commerciaux, liens financiers, influences politiques, telles sont les formes de l'expansion japonaise en Chine. Cette expansion vise parti-
I. A$iaj mars 1919, p. 320; — Asie française, mars 1916, p. 48*
l'expansion du japon igS
culièrement deux régions où le Japon prend pied effectivement, au préjudice du principe de l'intégrité territoriale : la Mandchourie, paysfrontière au contact de la Corée, et le Chantoung, terre éminemment chinoise, au cœur de TEmpire du Milieu.
En Mandchourie, cette vaste province chinoise où passent la route de la Corée à Pékin et la route du golfe du Petchili aux pays de l'Amour, le Japon a largement étendu, durant la guerre, la sphère de son action. Pour satisfaire aux obligations financières qu'elle avait contractées vis-à-vis du Japon, la Russie signait elle-même avec son ancien ennemi une convention qui consacrait son déclin comme grande puissance d'Extrême-Orient. Cette convention cède au Japon le tronçon du chemin de fer transmandchourien compris entre Kouangtchang-tsé au Sud et Kharbine au Nord; elle déplace donc de plus de 200 kilomètres vers le Nord le terminus japonais de la grande ligne et le transporte jusqu'aux rives du fleuve Soungari qui lui ouvre ainsi l'accès par voie d'eau jusqu'au fleuve Amour. Le commerce de la Mandchourie du Nord, qui jusqu'ici débouchait
Demangeon. i3
ig^ LE DÉGUN DE L^ROPE
à Vladivostok, sera de cette façon dérivé vers le port de Dalny (Dairen), près de Port-Arthur, à Textrémité de la péninsule de Liaertoung qui commande le golfe du Petchili. En fait, toute la Mandchourie du Sud, au sud de Kharbine, tombe sous l'autorité du Japon. Il s'y conduit comme en territoire propre, fondant des centaines de maisons de commerce, contrôlant les entreprises industrielles comme les houillères et les minoteries, pratiquant la navigation concimerciale du Soungari, projetant l'amalgamation des chemins de fer de Corée et de Mandchourie, demandant à la Chine la reconnaissance de ses « intérêts spéciaux » dans le Sud de la Mandchourie et l'Est de la Mongolie, réclamant même une sorte d'autorité et de surveillance sur les troupes chinoises de ces provinces ; l'armée chinoise serait ainsi, vis-àvis de l'armée japonaise, dans une situation analogue à celle que l'armée turque eut vis-àvis de l'armée allemande pendant la guerre. Ce serait faire de la Mandchourie jine seconde Corée, et, comme l'on dit, la « coréaniser ».
On peut dire que la Mandchourie, excentrique par rapport à la Chine, n'est pas vraiment un
l'expansion du japon 195
morceau de sa chair. Il n'en est pas de même du Chantoung, membre essentiel du corps chinois, territoire trois fois plus vaste que la France, riche en gisements de houille, produisant de la soie, du coton et du chanvre, habité par une population de plus de trente millions d'àmes. Ce qui fait tout son prix, c'est la valeur de sa position sur les communications de la Chine du Nord avec la Chine du Centre ; en s'établissant à Kiao-tcheou, les Allemands avaient mis la main sur une porte de la Chine, donnant accès aux pays historiques du Petchili, menant aux bassins houillers du Chansi et ouvrant par le Nord les régions du Fleuve-Bleu. Pour exploiter cette remarquable situation, ils avaient construit le chemin de fer de Kiao-tcheou à Tsinanfou. Ce chemin de fer rencontre à Tsinànfou une autre grande ligne, construite par des capitaux allemands et anglais (iqoS-iqiS) et joignant Tientsin à Poukéou, en face de Nankin ; en outre, il devait être prolongé jusqu'à Chouen-te-fou, c'est-à-dire jusqu'à la grande ligne de Pékin à Hankéou*. Ce réseau ferré qui
i.> Asie françaiê€f mars iQiS, p. i4-i6.
OU qui longe le Chantoung constitue re éconoinique de cette région de la I en est l'outil moderne d'exploitation.
■ Japon, ayant chaaaé l'Allemagne du e de Kiao-tcheou, veut garder, de l'héu vaincu, ce qui lui donne sa valeur ciale, c'est-à-dire le contrôle des che- ; fer. Par une convention de 1918, il )t le devoir qu'il a de rendre à la Chine 3Îre occupé ; il se défend de velléités antes; il s'engage à retirer les troupes nctionnaires qu'il a établis le long de depuis KiaO'tchéou jusqu'à Tsinanfou.
le montre décidé à rester le maître de errée et de la position commerciale, à l'exploitation de concert avec la Chine intenir des Japonais dans le personnel, une avance de ao millions de yen pour erlaligaedeChantoungjusqu'àChouen- 'ar ses soins, la ligne a fonctionné dès .es opérations militaires ; le commerce gtao a quadruplé de igi5 à 1916; la tend ; des quartiers nouveaux surgissent , à l'américaine ; des usines se fondent ; aile une colonie de sériciculteurs du
L'EXPAHSIOn DO UPOH
Shinano pour travailler dans une fila aoie. il n'est j)as douteux que le Japon solidement cette porte de la Chine. On masquer la réalité dans la rédaction de de possession, mais, en pratique, on ni géra rien au fait économique.
La mission du Japon et le péril blanc. pansion du Japon, œuvre des industrie commerçants, des banquiers et des h d'État, n'est pas simplement un fait de i tion matérielle. Ce qui la rend plus danj pour l'Europe, c'estqu'elle devient, dans des Japonais qui pensent et qui écrive idée-force qui meut un vif sentiment d' national. L'impérialisme japonais n'agit ] lement en vue de satisfaire des intérêts ma il agit au nom d'une sorte de mission q tinerait le Japon à dévenir l'âme dirige monde extrême-oriental. Leurs victoires sur la Chine et la Russie avaient déjà aux Japonais la croyance qu'ils formaii nation choisie pour diriger et régen autres. La guerre européenne, qui lai Japon les mains libres en Extrême-Orien