X EUROPEK» DEVANT LES AUTRES
Comment l'Européen s'eat-il prés les autrea peuples de la terre? Il est eux avec l'ambition d'y trouver de exploiter, des concessions à déc ouvriers à recruter. Il a cherché sou cher les indigènes de leur économ nelle pour les annexer à ta sienne, pas à développer leur bien-être, :
leur niveau de vie ; il voulait les en consommateurs pour les artich vendrait et en producteurs pour qu'il leur achèterait. Il leur apport paix, l'ordre; il leur enseigna le dignité humaine. Mais il était, avan
l63 LE DÉCLUr DE L^EUROPE
chand ; il s'agissait pour lui d'acquérir des biens et d'accroître ses richesses.
Dans certains pays où l'Européen s'est établi, il n'y a plus d'indigènes parce qu'il les a exterminés ; dans l'Australasi^ et detas l'Amérique du Nord, régions de climat tempéré où il put vivre et faire souche, il a fait place nette ; il est le seul habitant ; les races indigènes n'existent plus. Par contre, dans les pays chauds, il n'a pu trafiquer qu'avec leur collaboration, parce qu'elles sont adaptées au climat et seules capablés de travail corporel : il s'est implanté là comme directeur de la production et guide de l'exploitation ; c'est dans ce rôle qu'on le rencontre encore partout dans le mondé auprès des indigènes. .
En Amérique, pour cultiver ses plantations de canne à sucre, de tabac et de coton, il imposa aux indigènes des Antilles un labeur forcé qui les anéantit. Les Indiens ayant disparu, il fit venir comme esclaves ces nègres africains qui maintenant pullulent sur leur terre adoptive; sans eux, ces îles seraient incultes ; sans eux, le coton n'enrichirait pas les États-Unis et le Lancashire n'aurait pas fait fortune. En Asie, depuis des
l'eUROPE et L*È^m. DES PEUPLES INDICËflES a63
siècles, les Javanais travaillent pour l landais. Dans l'Inde qui fournit au coi britannique tant de cargaisons de co blé, de jute, de graines oléagineuses, d'opium, l'Anglais semble ignorer Tint il s'abouche avec les commerçants de les Banya; par eux il oriente la produc paysan selon les besoins du marché ; c lui, il achète, exporte et revend. Sur les tionsdes îles Hawaï, ce sont des coolies et japonais qui travaillent pour le com Américains. En Afrique, l'exploitatioi péenne, plus récente, pénètre moins lo l'écoDomie indigène; mais déjà sous no trôle, le paysan nègre cultive les arach Sénégal, le cacao sur la Côte de l'Or, 1 dans le Soudan. Au Tranavaal, les Cafr nissentla main-d'œuvre des mines ;qu nègres se dérobent, on fait appel aux de l'Inde. En Egypte comme au Turkest vers le coton, produitde grand commerc< oriente la culture indigène. Ainsi, l'Ei tient entre ses mains la vie économique d coup de peuples. Tutelle parfois fatale; développant la culture des produits c<
ciaux, on sacrifie les cultures alimentaires et Ton provoque des famines. Tutelle néfaste encore à d'autres égards ; car l'Européen manufacturier considère les sociétés indigènes comme les débouchés naturels de ses objets fabriqués ; il cherche à tuer toute initiative industrielle afin de ne pas se créer à lui-même des rivaux et il maintient, tant qu'il peut et tant qu'il y trouve intérêt, le pays hors de l'évolution moderne.
Ces Européens qui dominent la vie matérielle des peuples qu'ils protègent, qu'ils colonisent ou qu'ils civilisent, comptent à peine numériquement. Ils sont 90000 dans l'Afrique tropicale, 80000 dans les lies de la Sonde, looooo dans rinde : une poignée auprès des multitudes indigènes. Quelles pensées doit suggérer à l'esprit des indigènes réfléchis le spectacle de ce frêle essaim d'étrangers qui butine dans leur ruche? Ces pensées, nous les connaissons déjà, parce qu'elles ont surgi avec force, parfois avec violence, en dijfférents points du globe.
Il existe plusieurs zones de friction vive entre Européens et non-Européens ; elles se trouvent dans les pays les plus avancés, soit qu'ils tien-
L EUROPE ET l'ÉVEIL DES PEUPLES INDIGENES 205
nent leur civilisation de l'influence même des Européens, soit qu'ils en possèdent une, ancienne, originale, susceptible de réflexes défensifs. On observe une de ces zones agitées en Amérique, au contact des Nègres et des Blancs ; les premières révoltes datent de plus d'un siècle ; les Nègres sont devenus les maîtres de Haïti d'où ils ont éliminé toute suprématie blanche ; les Antilles françaises sont peuplées de Nègres et de gens de couleur dont les Français ont fait des citoyens. Aux Etats-Unis, une guerre civile naquit de lar question nègre ; mais le problème subsiste encore ; car, en fait, les Nègres ne jouissent pas de tous les droits qu'ils possèdent eh principe ; les haines de couleur régnent et éclatent parfois ; comme il existe une élite nègre de même formation que l'élite blanche, elle réclame pour toute la race droit de cité ; ces revendications prennent plus de force depuis la guerre. Dans l'Inde britannique, nous trouvons devant nous une civilisation originale avec ses croyances, sa morale, ses principes sociaux, ses modes de vie qui s'oppose de toute sa masse et de toute son intégrité à la civilisation britannique ; c'est un groupe d'humanité qui mar-
a66 LE DicLin DE l'europb
che dans sa voie propre et auquel son élite veut donner l'indépendance. En Asie et en Afrique, toute une civilisation modelée par une religion se heurte à la civilisation européenne: c'est la communauté des paya musulmans que leurs croyances rapprochent et dont ces croyances pénètrent profondément la mentalité et l'économie matérielle; au sein de l'Islam, dans l'Afrique du Nord comme dans l'Asie occidentale et dans J'Inde, l'espoir de la IJherté et l'impatience du joug européen soulèvent périodiquement les fidèles. De tous ces foyers de résistance, le dernier venu dans l'action, mais le plus conscient et le plus puissant réside en Extrême-Orient: c'est le Japon. Par sa force matérielle qui repose sur l'adoption des armes économiques de l'Europe elle-même, ils'érige en champion de l'égalité des races ; il se dresse comme le porte-parole des opprimés contre la race dominatrice. Sa pensée n'est pas exempte d'intérêt personnel ; elle rêve nourle monde jaune l'hégémonie japois elle fait vibrer l'Extrême-Orient en it des formules simples qui éclatent s actes de foi. «L'Asie aux Asiatiques » .
leur que l'on tient de Dieu ne doit pas
l'ecrope et l'éveil Des peuples ihdk
être différencié par la couleur de la transpose en faveur des races les européens et américains, les princip des nationalités : droit pour les peup poser d'eux-mêmes ; plus de nattons plus de races opprimées ; toutes li toutes les races traitées sur un pied C'est ce droit nouveau que le Japon i reconnaître à la Conférence de la Pai de la Société des Nations.
Il semble que ce droit ne soit pas ] à entrer dans les faits et qu'il y faud:
ceux-là mêmes auxquels il est de États-Unis, par exemple, beaucou] n'imaginent pas sans indignation q se réaliser; car, selon eux, la m; nations qui composeraient la Ligue nant pas k la race blanche, cette L une ligue de gens de couleur où le jaune et rouge dominerait le bloc verrait alors les gens de Libéria appelés à siéger au conseil mondial e barbares illettrés et ignorants décid de la civilisation. Quoi qu'il en soit d'émancipation font du chemin parn
, assujetties à TEurope ; elles font bouillonner les têtes au Caire comme à Delhi, à Chicago comme à Batavia ; elles appartiennent à un mouvement universel qui ébranle la fortune de TEurope et la suprématie de la race blanche.
Aucune colonie européenne n^est à Tabri de cette effervescence. Toutes les puissances blanches ont chez elles un foyer de fermentation indigène. Dans T Afrique du Nord où la France a trouvé pendant la guerre un réservoir de soldats et de travailleurs, la collaboration des indigènes à la défense de la métropole éveille en eux le sentiment de leur dignité et de leur valeur; ils n'entendent plus être traités en sujets; on leur donne un statut plus égal et plus libre. A Java, les milieux indigènes accueillent avec ardeur l'idée d'un rapprochement entre les membres de la race jaune ; les Chinois de Tîle veulent nouer d'étroites relations avec leurs frères de Chine, tendance combattue par le gouvernement néerlandais. En 1916, le Sarikat- Islam, à Batavia, refusa de prendre part au meeting réuni à l'occasion de l'anniversaire de la reine de Hollande si l'on n'y préconisait pas la création d'un Parlement des Indes néerlandai-
t^^Tft
l'europe et l'éveil des peuples indigènes 269
ses ; les associations indigènes, guidées par des intellectuels, cherchent à se fédérer dé manière à faire du « Peuple des Indes » une unité cohérente. Mais le vent de la révolte souffle sur d'autres. peuples encore; indifférence et passivité font place à Faction ; Theure des revendications, peut-être des réparations, sonne pour les Nègres des Etats-Unis, pour les Egyptiens et pour les Hindous.