‹ Le déclin de l'EuropeChapitre 49 sur 59 · ET LA FRANCE · texte numérisé non relu

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Le déplacement de fortune, qui affaiblit TEurope au profit des nations jeunes d'Amérique et d'Asie, n'est pas un fait nouveçiu ; on le voit s'accomplir depuis que des foyers de haute civilisation grandissent aux Etats-Unis et au Japon; il est fatal que des nations de iio millions et de 5o millions d'hommes, outillées à la moderne, non seulement s'émancipent économiquement, mais encore poussent leur influence sur leur voisinage continental. Cette évolution dure déjà depuis un demi-siècle ; elle ne doit rien, dans ses origines, à la guerre ; mais la guerre l'a précipitée et consolidée.

A n'en pas douter, ce grand événement a surgi comme une crise dans l'économie européenne.

Mais il importe qu'il demeure une crise d'hégé-

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i et ne devienne pas une crise d'existence; Nous ne pouvons pas faire que les usines américaines, avec leurs masses de fer etde chat-^i"" ne soient pas les plus puissantes du m noua ne pouvons pas faire que l'archipel nais ne soit pas plus proche que nous des d'Extrême-Orient et des peuples de race j Nous devons nous résigner à n'être plu tout les plus forts et les plus riches. Mait pouvons vivre sans -la primauté universi condition que cette nouvelle situation n pas chez nous l'indice d'une crise de vi Perdre le premier rang, ce n'est pas née rement être faible et pauvre; partager l'e tatioa du monde avec les nouveaux ven n'est pas forcément déchoir, à conditii conserver intactes sa volonté de travail force de production.

Aussi le grand devoir sera d'intensif travail afin de produire davantage et r Chaque pays de l'Europe comprendra cet de rénovation dans le sens de sa propre nalité; chacun adaptera son génie et sa aux circonstances nouvelles. Laissons autres peuples le soin de chercher ce qu

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vient le mieux à leur propre pays. Mais essayoïi» de voir ce que la France peut faire pour rester prospère. Dans quelles conditions faudra*t4l qu'elle exploite ses forces vivantes et matérielles » pour demeurer un membre puissant et riche de la communauté européenne? Ces conditions sont, à ce qu'il semble bien, celles mêmes qui doivent assurer le progrès matériel dans une société moderne : avoir beaucoup d'hommes î faire rendre le maximum ♦à la terre ; fabriquer à force de machines ; étendre le commerce de mer ; associer les colonies à l'effort national.

La plus .grande richesse d'une nation, ce sont ses hommes. Nous ne demeurerons pas une nation riche si nous n'augmentons pas notre capital humain. Depuis longtemps la France n'a presque plus d'enfants. En igii»

dans 65 départements, le nombre des décès l'emportait sur celui des naissances. Il y a dans le Sud-Ouest un groupe de départements ruraux, Lot-et-Garonne, Gironde, Gers, Tarn-et- Garonne, Haute-Garonne, où le nombre moyen

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d'enfants pour 100 familles varie de 168 à 187 ; c'est à peine plus de trois enfants pour deux familles ; en Normandie, la proportion ne vaut guère mieux. C'est par les classes rurales que la France, nation de paysans, se dépeuple. Tant que la France a été une nation populeuse, elle produisait beaucoup, et de l'excédent de sa production, elle alimentait un grand commerce d'outre-mer; aujourd'hui ses rivales la dis^ tancent de loin. Faute de bras, les champs et les usines rendent moins, relativement aux champs et aux usines de l'étranger.

La France doit faire appel aux étrangers pour recruter sa main-d'œuvre. En 191 1, elle contenait 4ig234 Italiens, 287126 Belges, 106760 Espagnols, 102 271 Allemands; sans ouvriers étrangers, nous n'aurions pu, ni peupler nos usines du Nord ^ ni exploiter nos mines de fer de Lorraine^ ni cultiver nos vignes du Midi. Tous nps départements frontières, comme par une sorte d'appel au vide, étaient peu à peu envahis par des étrangers ; il venait des Espagnols jusque dans le Gers et le Lot-et-Garonne. Chaque année, un flot de 4oooo ouvriers flamands se déversait sur la France du Nord pour

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faire les travaux des champs; on en voyait même jusque dans le Cher, le Puy-de-Dôme et risère. Quand ces ouvriers se fixent chez nous, comme c'est le cas pour les ouvrier^ belges dans le Nord et des fermiers belges en Normandie, on peut dire qu'ils enrichissent notre capital humain ; mais, en général, ils retournent chez eux, leur travail fini, emportant notre or.

En réduisant le nombre de leurs enfants, les paysans de France ont limité leurs ressources en main-d'œuvre. Il faudrait que le paysan considérât ses enfants, non comme une charge, mais comme une fortune. S'il est vrai que la restriction des naissances soit inspirée au paysan par la crainte d'avoir à partager son bien entre plusieurs enfants, il ne faut pas hésiter à porter la hache dans le droit successoral issu de la Révolution ; il ne faut pas, par peur d'émietter la propriété, sacrifier la famille et, avec elle, le travail de la terre et la fortune du pays.

Une véritable révolution, qui s'est accomplie dans nos campagnes pendant la guerre, va peut-être ramener les familles nombreuses au foyer des paysans. Cette révolution, provoquée

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