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par la hausse extraordinaire du prix des denrées alimentaires, consiste dans un développ^ement de la propriété paysanne tel que notre histoire ne nous en présente pas de pareil pour une aussi courte période. Le cultivateur, qui a beaucoup gagné, épargne beaucoup ; il place cette épargne en terre, car la terre est pour lui la seule richesse certaine, plus solide que tout papier et^ que tout métal, toujours présente, toujours visible, toujours féconde. Les droits perçus pour ventes d'immeubles, qui s'élevaient en 1913 à 1882 10 000 francs et à 204820 000 francs en 19 18, ont brusquement monté en 1919 au total énorme de 5383ooooo francs; quand on cherche à commenter ce chiffre, on constate qu'il faut l'expliquer par l'énorme accroissement du nombre des actes de vente ; c'est donc toute la classe paysanne, petits exploitants et petits propriétaires, qui se rue vers la terre et qui, pour la posséder, dépense peut-être en une seule année deux ou trois milliards de francs. Cultiver la terre est un labeur qui rend 'et qui paie. Pour l'accomplir et pour le multiplier, il faut des bras. Où J;rouver ces bras, dociles et rémunérateurs, si ce n'est dans une famille
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nombreuse ? Le calcul est simple et le paysan le fera.
Pour faire produire davantage aux champs, il faudra développer le rôle de la machine dans le travail de la terre, et il faudra concentrer les terres en fermes compactes au lieu de les disr* perser en parcelles : tleux révolutions auxquelles nous devons préparer notre économie rurale.
Le niveau de la richesse agricole est fonction du niveau de la technique. Il ne s'agit pas seulement d'employer la machine pour économiser la main-d'œuvre, mais encore pour intensifier le travail et multiplier le rendement. F. Delaisi exprime cette idée avec finesse quand il fait parler Teddy, le soldat américain : a Chez nous, dans le Kansas, il y a beaucoup plus de terres que chez vous et beaucoup moins d'hommes à proportion; alors nous attelons quatre charrues à un tracteur automobile. Nous remplaçons les chevaux vivants par des chevauxvapeurs, ajouta-t-il en riant ; ils coûtent moins
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cher à nourrir et vont beaucoup plus vite. Un seul cultivateur fait dans sa journée six fois plus de labeur que chez vous. Voyez-vous, le travail humain est précieux : il ne faut jamais faire faire par un homme ce qui peut être fait par une bète, ni par une béte ce qui peut être fait par une machine ». Ces idées ont fait leur chemin chez les fermiers britanniques ; tracteurs et machines se répandent, et la production des grains s'accrott dans l'tle que l'herbe menaçait de couvrir tout entière. Chez nous, le progrès marche plus lentement, mais heureusement ta motoculture semble avoir gagné sa cause.
Pour que la-machine puisse travailler et qu'il vaille la peine de la déplacer, il faut de grands espaces, dés champs étendus. Foin de ces champs en lanières, de ces lopins dispersés aux quatre coins de là commune I II faut les réunir, les regrouper partout où ce sera nécessaire ■ c'est le remembrement de la propriété rurale. Il s'agit de constituer des exploitations agricoles d'un seul tenant, dont les champs ne soient pas séparés les uns des autres parles champs d'une autre exploitation. A la vérité, cette contiguïté et cette cohésion des terres existent dans cer-
taines régions, soit pour les fermes de grande culture, soit pour les domaines en métayage ; mais elles manquent presque totalement dans les pays de propriétaires-cultivateurs et de petits fermiers de TEst de la France, par exemple eh Lorraine et en Franche-Comté.
Dans ces pays le système de Tassolement triennal impose la répartition de toutes les terres arables de chaque commune en trois groupes, appelés « soles » ou « saisons », consacrés l'un au blé, l'autre à l'avoine, le troisième aux jachères ; chaque exploitation a donc forcément des terres dans chaque « saison » ; et, à l'intérieur de chaque « saison », elle a des parcelles disséminées. Cette dispersion des terres est un grave obstacle à la culture. Les champs étant presque tous enclavés, on ne peut y parvenir qu'eix traversant les champs des autres ; chaque cultivateur est obligé de suivre aveuglément l'assolement adopté par les autres ; le morcellement impose de longs déplacements, des charrois onéreux; il rend difficile l'usage des machines. 11 faudrait un remembrement de la propriété rurale afin de constituer en blocs compacts ces bribes de terre dispersées. Que cette
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opération s'accomplisse par Tentente ou par Tobligation, elle sera une révolution agricole. Nous l'avons vue se faire en Grande-Bretagne, au cours de plusieurs siècles, sous le nom d' « enclosures » ; elle a constitué des fermes compactes, indépendantes, encloses, chaque fermier habitant sur ses terres ; ce fut non seulement un remembrement de la propriété, mais une redistribution géographique de la population, puisque, au lieu d'habiter des villages comme autrefois, les fermiers habitèrent des fermes isolées.
Dans le domaine industriel, nous devons délibérément achever l'évolution du travail vers l'utilisation des forces naturelles ; la force des bras est condamnée ; elle doit céder la place à la machine.
Il est difficile d'admettre que la restauration des petites industries puisse avoir une grande portée économique. On peut regretter leur déclin qui a été une cause puissante d'exode rural. Mais les ateliers ruraux ne peuvent pré-
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tendre aux rendements des ateliers d'usine ; on les voit s'éteindre à mesure que pénètre le progrès industriel; en bien des régions, la guerre leur a porté le dernier coup ; vicaces encore en Russie, sérieusement menacés en France, ils ont depuis longtemps disparu en Grande- Bretagne.
L'avenir est à la production mécanique, en usine, à l'américaine ; il faut produire en masse, par séries. La méthode n'est pas nouvelle ; elle a fait la fortune de l'industrie cotonnière de Manchester. Mais les Américains l'ont poussée à fond. On subdivise la fabrication en de multiples opérations ; on confie chaque opération aux mêmes ouvriers qui n'ont jamais à exécuter que celle-là ; on obtient une maind'œuvre, incapable de toute autre opération, mais extrêmement habile dans sa spécialité et d'un énorme rendement. L'ouvrier connaît et commande si bien sa machine qu'il fait pour ainsi dire corps avec elle : d'un côté, la force brute ; de l'autre, la volonté intelligente. On est étonné, quand on visite certaines usines américaines, de n'y presque pas voir d'ouvriers ; on aperçoit surtout des machines, des métiers, des
outils; c'est la matière, docile, qui travaille ici et qui agit ; l'homme est là pour la guider. De cette méthode, nous appliquons déjà les priacipes : parmi les changements dus à la guerre, tout n'est pas à notre détriment ; en nous outillant pour produire des munitions, nous avons adopté la manière américaine : « standardisation », pièces interchangeables, prodiictîon en masse. En cela nous avons conquis une chance de progrès rapide dans notre manufacture.
La domestication de la matière dans l'usine sera d'autant plus parfaite que nous aurons su capter nos forces naturelles. Tout le monde sait que la France est, après la Scandinavie, le pays d'Europe le plus riche en force hydraulique ; elle dispose d'environ dix millions de chevauxvapeurs de houille blanche dont le dixième à peine travaille. Force inépuisable alors que le charbon s'épuise, la houille blanche nous épargnera les centaines de millions dont nous payons le charbon de l'étranger ; par elle, nous éleçtrifierons nos usines et nos chemins de fer; par elle, Paris recevra la force et la lumière des usines du Rhône t par elle nous compen-
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serons rinfériorité de nos ressources en houille noire.
On peut dire que, de nos jours, c'est la mer qui fait Tunité matérielle du monde ; elle est Fartère vitale de la circulation humaine.
Les peuples, que leur situation géographique tient éloignés de TOcéan, aspirent à s'en rapprocher afin de participer aux courants de vie générale; la possession d'un débouché sur l'Adriatique est une nécessité pour la Serbie ; quand ils arrachèrent la Dobroudja à la Roumanie, les Empires Centraux la touchèrent dans ses œuvres vives en la privant de son port de Constandza. *Que deviendrait la Grande- Russie si elle ne pouvait plus s'ouvrir vers le monde, ni par la Baltique, ni par la Mer Noire, ni par l'Océan Glacial ? En perdant la maîtrise des mers, le Portugal et l'Espagne ont perdu jadis les sources de leur fortune. De nos jours, tous les peuples riches et travailleurs veulent avoir une flotte parce que tout eflFbrt économique suppose des relations universelles et que
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les relations maritimes donnent la mesure des relations universelles.
Si la France ne veut pas déchoir, i retourner à la mer où jadis elle fut t santé. Si elle oublie le chemin de l|i :
se retire du monde. Sans doute tout la faute des hommes dans l'affaiblîssf notre marine ; d'autres plus riches en charbon construisent les bateaux à marché ; d'autres aussi trouvent che:
lourdes cargaisons que la France, articles plus légers, ne peut foum navires. Maïs cette infériorité ne sul expliquer pourquoi les trois quarts i chandises entrant dans nos portsyarrii pavillon étranger, ni pourquoi la peti que, qui n'a qu'une faible flotte ma possède Anvers, le plus grand port < nent avec Hambourg^ ■ La France est merveilleusement pla le commerce maritime ; elle s'ouvre y mers ; son territoire semble n'être qu'u entre des côtes rapprochées ; il appara pour certains paya de l'Europe ' comme le plus court chemin vers l'i
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nous appartient de mettre en valeur cette situation.
Il s'agit d'abord, avec ces mêmes capitaux que nous prodiguions jadis à la construction de ports étrangers, d'améliorer et d'approfondir nos grands ports de manière à les rendre accessibles aux plus gros tonnages. Il s'agit ensuite d'étendre nos relations maritimes en multipliant les lignes régulières qui prendront chez nous et chez les autres les marchandises à exporter et qui les transporteront vers leur destination, rapidement, à jour fixe, sans escales inutiles. Il s'agit enfin d'étendre nos relations continentales par l'aménagement de nos fleuves et de nos canaux, en songeant que la voie directe d'Amérique en Europe Centrale passe par la France. Le port de Paris n'est encore que le port d'une très grande ville ; il pourrait devenir le lieu de transit d'un trafic international ; par une liaison plus étroite avec la Manche, il participerait à cette circulation océanique d(5nt le propre est de rattacher les réseaux de relations locales aux mouvements du monde. La guerre, en déplaçant les courants commerciaux, a même accru la valeur de
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la position géographique de la France ; car au moment où les grands ports européens de la Mer du Nord voient le trafic de l'Océan Atlantique menacé par le développement du *— "de l'Océan Pacifique et l'avantage des dist passer aux porta américains, il est nécei de constater que Marseille conserve poi relations avec les ports de l'Extrême-Orie avantage de distance très marqué sur Lor Anvers ou Hambourg ; si notre grand méditerranéen est doté d'une voie navi vers le Nord, il doit devenir un centre di tribution de marchandises dans l'Ouef l'Europe Centrale ; il reprendrait ainsi c< d'entrepôt qui fut jadis un élément de s tune.
Nos colonies forment une partie de patrimoine national. Pour la garder et 1 chir, les vieilles méthodes d'exploitatio sufliront pas. Nous ne devons pas nous muler que des idées nouvelles fermentent l'esprit des indigènes. Dans presque ton
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pays où TEuropéen domine d^autres races, Egypte, Inde, Indo-Chine, Java, Afrique du Nord, une sorte de conscience nationale s'éveille qui veut établir, en face du droit des colons, le droit des indigènes ; il arrive même que cette conscience, vivace et impatiente, arme des révoltes. Dans notre Afrique du Nord qui nous envoya durant la guerre tant de légions de soldats et tant d'équipes d'ouvriers, on voit poindre le désir d'une plus juste répartition des charges ; notre politique y prépare un régime plus libéral pour les indigènes.
On semble comprendre que l'exploitation du pays ne doit plus se fonder sur la force, mais sur le droit ; c'est un devoir de stricte justice, dans un pays dont ils forment presque toute la population, d'appliquer aux indigènes un traitement équitable, car ils sont par excellence les producteurs de richesse. Ce n'est pas notre intérêt de les maintenir dans un état d'infériorité économique; d'abord il vaut mieux les en aflFranchir de bon gré que d'y être contraints; ensuite il vaut mieux les rendre capables, en faisant leur éducation professionnelle et en améliorant leur niveau de vie, de produire plus
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de denrées qu'ils nous vendront et de i mer plus d'articles qu'ils nous achèt faut rattacher plus étroitement les co l'économie nationale en élevant les im dans le cadre même de leurs habitudes et socialea, à un degré de civilisation é< que qui fasse d'eux des collaboratet compatriotes et non plus des sujets.
Telle est l'œuvre économique qui, en de la tAche urgente et sacrée que réc restauration de nos régions, dévastée pose à no,tre pays. Si nous y réussissoi aurons montré pour la France que to pas fatal dans le déclin de l'Europe et qi avons conservé quelque liberté contre 1 minisme, contre le destin.