‹ Le décollement de la rétineChapitre 13 sur 81 · C. DÉCOLLEMENT SPONTANÉ OU IDIOPATHIQUE · texte numérisé non relu

C. DÉCOLLEMENT SPONTANÉ OU IDIOPATHIQUE

C'est ici, de beaucoup, la plus importante des formes cUniques du décollement rétinien, car elle atteint souvent à l'improviste des yeux dont la vision avait été jusque-là fort bonne et pour lesquels rien ne faisait prévoir une pareille catastrophe. Les conditions particulières oii se produit le décollement idiopathique, les symptômes de son début, son aspect à l'ophtalmoscope, sa marche habituellement progressive et ses complications les plus fréquentes, la façon même dont il aboutit à une guérison dans certains cas exceptionnels, tout cela concourt à faire de cette forme une afi^ection bien caractérisée : c'est à elle seule que l'on pourrait prêter la quaUté d'entité morbide qui n'appartient pas au détachement de la rétine dans le sens anatomique de ce terme. Aussi la plupart des travaux qui traitent du décollement rétinien, de sa pathogénie, de son pronostic et de son traitement, ont -ils en vue le décollement « spontané » ou « idiopathique », à l'exclusion de tout autre.

Liquidons ici la question de terminologie. La qualification de « spontané» généralement opposée à celle de « traumatique » est trop vague, car il y a des décollements non traumatiques de causes et d'allures fort différentes, tels ceux qui dépendent d'une tumeur ou de la rétinite albuminurique.

Leber (37) parle du « décollement reconnaissable à l'ophtalmoscope», ce qui est encore plus imprécis, car bien des décollements traumatiques peuvent être révélés par l'ophtalmoscope.

Le terme de« cryptogénique » proposé en 1920 par Terson ' serait juste en ce sens

' Soc. franc. d'Ophtalmologie. Bull. Mém. XXXIII, p. 108.

que les altérations profondes par lesquelles le détachement rétinien se prépare et dont il n'est que Taboutissement, se développent sans signes extérieurs, au point qu'elles restent généralement ignorées du malade, et qu'en bien des cas le médecin lui-même a peine à les reconnaître et plus encore à les prévoir ; néanmoins si ces altérations premières sont encore discutées quant à leur nature et à leur mode d'action, leur connaissance a fait actuellement de grands progrès, et il est exceptionnel qu'une recherche attentive n'arrive pas à les dépister.

Mieux vaut donc s'en tenir au terme ancien d'« idiopathique » qui est adéquat s'il doit signifier, non pas que le décollement intéresse la rétine à l'exclusion de toute autre membrane de l'œil, mais bien qu'il constitue une affection à part ayant ses caractères propres tant par son étiologie et ses causes anatomiques que par son aspect ophtalmoscopique et son évolution clinique. Rares sont en effet les cas où cette forme spéciale de décollement ne peut être distinguée des formes voisines, et si parfois une erreur de diagnostic se produit, comme dans les autres domaines de la médecine, un complément d'observation permet presque toujours de la rectifier.

Plus que toute autre forme clinique, le décollement idiopathique réclame l'attention des praticiens. Comme sa pathogénie et ses indications thérapeutiques sont encore discutées, c'est à leur étude que seront spécialement consacrées les descriptions qui vont suivre.

Résumé du chapitre premier.

Le décollement rétinien ne constitue pas, comme tel, une entité clinique ; il se présente sous des formes variées, qui diffèrent par leurs causes et leur mécanisme anatomique aussi bien que par leurs caractères cliniques et leur évolution.

Le soulèvement de la rétine par un transsudat ou exsudât provenant de la choroïde est la cause des décollements consécutifs à des tumeurs intraoculaires, à des inflammations de voisinage ou à certains troubles de la circulation locale ou générale.

A la suite d'une plaie perforante du globe oculaire ou d'un abcès du corps vitré, le décollement de la rétine est dû le plus souvent à un mécanisme d^attraction qui s'exerce à sa surface antérieure, l'exsudat choroïdien, s'il se produit, n'ayant ici qu'un rôle secondaire.

Une distension de la rétine ne peut guère être invoquée comme facteur de décollement que si elle se produit brusquement, par l'effet d'une violente contusion de l'œil.

Dans les cas où le globe oculaire subit une forte diminution de son volume (large plaie ou atrophie progressive), il se produit un plissement de la rétine qui échappe le plus souvent à l'observation clinique (décollement par dépression).

La forme cUnique de beaucoup la plus importante est celle qui porte le nom de décollement idiopathique. Sa pathogénie et ses indications thérapeutiques feront l'objet des chapitres suivants.

PATHOGÉNIF, 31

CHAPITRE SECOND Décollement rétinien idiopathique: Les faits anatomo -pathologiques.

L'étude des causes anatomiques du décollement idiopathique se heurte à une grosse difficulté : c'est que, cette affection étant compatible avec la persistance d'une certaine vision pendant bien des mois ou bien des années, et les complications douloiu-euses ne se produisant le plus souvent que tardivement, il est exceptionnel que l'indication d'énucléer l'œil malade se présente à temps pour que l'on puisse encore reconnaître le processus du début. Néanmoins, dans un grand matériel, le nombre des pièces utilisables peut être suffisant poiu" permettre une comparaison entre les altérations propres au décollement spontané et celles qui appartiennent à d'autres formes de décollement ou résultant de comphcations inflammatoires. Parmi les pièces qui, dans ma collection, proviennent d'yeux atteints de décollement spontané, il en est une douzaine permettant cette comparaison, et quelquesunes d'entre elles sont absolument démonstratives du processus initial, tandis que d'autres, marquées par un décollement complet ou modifiées par des hémorragies et phénomènes inflammatoires siu-venus dans la période tardive, n'autorisent plus de conclusions précises '.

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