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C. Corps vitré

Il importe de prêter une attention toute spéciale à l'étude du corps vitré.

Dans les cas relativement frais, il offre généralement une transparence à peu près normale ou ne révèle à la loupe que quelques flocons grisâtres ; ses rapports avec la rétine ne sont alors pas faciles à déterminer, surtout pas sa limite postérieure. Par un éclairage focal intense, on arrive cependant à se convaincre que le vitré n'occupe que la moitié ou le tiers antérieur de l'entonnoir rétinien (voyez fig. A, Tab. III). Le sommet de cet entonnoir est vide, le liquide qui l'occupait s'étant écoulé à l'ouverture de l'œil. Si l'on incline la pièce d'arrière en avant, d'une façon qui solhciterait un vitré normal à s'écouler au-devant du cristallin, on constate qu'il n'a plus la liberté de se détacher jusque près de Fora serrata, mais a contracté, en arrière de cette zone, une adhérence diffuse avec la rétine sur une largeur de plusieurs millimètres. Plus rarement, il a conservé des adhérences localisées en un ou deux points de la surface rétinienne au niveau de l'équateur.

Lorsque le décollement a la forme d'une corolle de Useron, on peut se convaincre, dès le premier coup d'œil, que c'est le corps vitré qui régit cette forme particulière. Tassé dans la partie évasée de la corolle, il a perdu son aspect floconneux et ne représente plus qu'une série de minces lamelles grisâtres, tendues transversalement de la région ciliaire à celle du côté opposé et franchissant comme un pont l'ouverture du cône rétinien (fig. 12,

Tab. II, et 14). Les points d'attache de ce pont sont constitués par une adhérence diffuse des lamelles à la zone antérieure de la rétine, sur lUie largeur de 3 à 6 mm. à partir de l'ora serrata ; ils répondent exactement à la base du cône rétinien, et c'est eux qui déterminent la brisure de son profil. Sur ce fait, nul doute n'est possible pour qui a vu les pièces anatomiques. Dans ce stade, la stratification des lamelles vitréennes ne représente plus au total qu'une épaisseur de 1 à 2 mm. en arrière du cristallin, et de 3 à 4 mm. dans la zone circulaire qui sépare le corps ciliaire de la rétine. C'est à la limite des adhérences de ces restes du vitré avec la rétine que se remarquent, en certains cas, des perforations rétiniennes ou déchirures à lambeau (fig. 12, Tab. II; fig. 13; fig. A et C, Tab. III). S'il y a rupture à l'insertion, la couche lamellaire du vitré remplace la rétine à son insertion manquante et complète ainsi la corolle (fig. 14).

Quand le décollement a pris la forme en r, l'espace du vitré est réduit à si peu de chose que ses rapports intimes avec la rétine ne peuvent plus être déterminés ; son rôle actif paraît être achevé. Il est l'objet d'une compression passive et son ratatinement devient extrême (fig. 15).

D. Liquides intra-oculaires.

L'intérêt porte ici sur l'identité ou la non-identité des deux liquides pré-rétinien et rétro-rétinien. Dans la majorité des cas, cette identité de constitution est évidente. Je ne prétends pas qu'au moment de l'ouverture de l'œil on puisse recueillir séparément le Uquide occupant l'intérieur de l'entonnoir rétinien, et le liquide épanché en arrière, pour les soumettre tous deux à une analyse comparative ; il ne s'agit pas de pareilles minuties. Le fait seul que ces deux liquides se sont écoulés suffit à prouver qu'ils étaient de même origine, c'est-à-dire d'origine vitréenne. En effet, les exsudais de la choroïde sont si riches en matières albuminoïdes qu'une fixation prolongée, dans la h'queur de Muller ou le formol, les coagule réguhèrement en une gelée plus ou moins compacte, grisâtre dans les cas les moins aigus, jaunâtre, verdâtre ou même brunâtre, selon la richesse plus ou moins grande en produits inflammatoires ou hémorragiques. J'en ai la preuve dans toutes les pièces de ma collection montrant une exsudation choroïdienne en présence d'une tumeur, d'une cychte traumatique ou d'un abcès du corps vitré (fig. 2, 3 et 4, Tab. I ; fig. 10, Tab. II).

En conséquence, si après l'action des fixateurs, les liquides intra-oculaires sont restés limpides ou simplement filants, ils ne sont pas d'origine choroïdienne. S'ils ont été coagulés, cette origine n'est pas certaine non plus ; car le corps ciUaire et l'iris, quand ils sont en état d'inflammation, sécrètent aussi un hquide fortement albumineux ; la preuve en est le coagulum fibrineux qu'il n'est pas rare de trouver en cas de glaucome aigu dans la

chambre antérieure de l'œil. Or, dans l'ensemble des cas de décollement en entonnoir ou en corolle de liseron, les deux liquides baignant la rétine se sont trouvés limpides ou légèrement sirupeux. Une seule fois, ils étaient l'un et l'autre transformés en une gelée grisâtre. Le type de décollement en corolle de liseron comporte aussi le plus souvent l'identité des deux liquides. En revanche, dans la forme en T, la coagulation du hquide rétrorétinien est de règle ; c'est même cette circonstance qui lui prête son aspect particulier. Grisâtre ou verdâtre, plus ou moins trouble, variant d'une simple opalescence à l'opacité complète, l'exsudat offre à la section une belle surface lisse et homogène. Seul, le liquide retenu dans l'étroit cône rétinien, quand il en reste, a conservé une limpidité relative. Cette dernière circonstance, dira-t-on, ne prouve-t-elle pas l'absence d'une communication entre l'espace du vitré et l'espace rétro-rétinien ? Sans doute ; aussi faut-il admettre que, dans ce stade, les déchirures ou perforations rétiniennes, s'il en existait, ont été obstruées par l'un des processus cités plus haut. Cette supposition n'a rien d'invraisemblable, puisque le décollement en V ne se constate, dans la règle, qu'à la suite de graves compUcations inflammatoires.

Ma collection comporte, comme je l'ai dit . une trentaine de pièces montrant un décollement rétinien dont l'histoire et l'apparence sont celles de décollements idiopathiques, si l'on y comprend huit cas de glaucome infantile où le décollement n'a pas été remarqué à son début et peut avoir été occasionné par les contusions auxquelles sont exposés les yeux fortement saillants. Dans cet ensemble, on compte en nombre égal les pièces où le liquide rétro-rétinien est demeuré limpide comme celui de l'espace pré-rétinien et celles où l'état de coagulation de ce liquide prouve sa richesse en albumine. Ces différences s^expliquent moins par Vancienneté du décollement que par Vintensité et la durée des complications qui ont précédé Vénucléation. A côté des cas de glaucome infantile, où le décollement est total, accompagné d'un épanchement hémorragique plus ou moins abondant, les yeux marqués par un coagulum rétro-rétinien avaient tous souffert pendant assez longtemps d'un glaucome inflammatoire. Au contraire, les yeux où le liquide rétro-rétinien s'est trouvé trop pauvre en albumine pour être coagulé par la formajine, avaient été énucléés six fois pour une cyclite douloureuse datant de peu de temps, cinq fois pour un état glaucomateux peu accentué mais faisant craindre la présence d'une tumeur, une fois pour des photopsies gênantes sans autres phénomènes irritatifs et enfin, à l'occasion d'une autopsie, chez un sujet de 54 ans qui depuis plus de vingt ans se trouvait atteint de décollement idiopathique bilatéral sans que des complications inflammatoires fussent intervenues ; à l'oeil droit, le décollement rétinien était total ; à l'œil gauche, il avait gardé le type en liseron et permit des constatations microscopiques intéressantes sur lesquelles nous reviendrons.

Plusieurs expérimentateurs se sont efforcés d'établir l'origine du liquide rétrorétinien par l'examen de sa constitution chimique : Loewenstein (58), Baurmann (68), ZuR Nedden, {Klin. M.-Bl. fiir Aug. 86,p. 486), Magitot et Lenoir (222). Leurs indications ne sont le plus souvent pas probantes, parce qu'elles ne précisent pas les conditions dans lesquelles le liquide a été prélevé (nature et ancienneté du décollement, région du prélèvement, complications subséquentes), par lesquelles seules s'expliquent des écarts pareils à ceux que relate Baurmann (1,2 °q d'albumine en un cas, 3,5 %, 8,3 % et 11,2 % en d'autres cas) ainsi que Magitot et Lenoir (1,35 "/gp dans un décollement de 15 jours, 12 " ,,p et 60 "/^q dans deux décollements datant l'un et l'autre de quatre

mois). A mon avis, semblables examens n'auraient de valeur que s'ils portaient sur le contenu d'une poche de décollement qui viendrait de se former dans la région supérieure de la rétine.

Il est bien compréhensible que le liquide rétro-rétinien devienne de plus en plus riche en albumine à mesure qu'il se charge, non seulement de produits inflammatoires ou hémorragiques, mais aussi d'éléments cellulaires en désagrégation, débris de l'épithélium pigmentaire et de la couche des cônes et bâtonnets (m, p. 300). Des cristaux de cholestéarine apparaissent en outre dans certains décollements de longue durée.

P. S. — Arruga. dans son rapport au Congrès de Madrid, a confirmé que dans les cas de décollements très récents, le liquide rétro-rétinien a presque toujours une consistance pareille au vitré clair, c'est-à-dire qu'il est limpide et incolore quand le décollement date de moins de cinq jours, pour devenir plus tard légèrement jaunâtre, bien que dans la majorité des cas il se conserve clair encore pendant quelques semaines. Dans tous ces cas récents, à l'exception de deux d'entre eux qui concernaient des désinsertions chez des jeunes gens. Arruga n'a trouvé qu'une faible proportion d'albumine pouvant cependant varier de 0,09 à 1,0 %, tandis que dans les cas plus anciens elle oscillait entre 1,0 et 9,0 %. Il a constaté au surplus que l'examen microscopique du liquide ne donnait guère de résultats intéressants mais que sa densité était légèrement supérieure à celle du vitré normal et augmentait encore dans la suite.

E. Tractus uvéal.

Les altérations macroscopiques de la choroïde sont généralement peu prononcées. Ce sont, dans les cas de myopie forte, des plaques d'atrophie maculaire, accompagnées parfois d'adhérences rétiniennes qui déforment le sommet du cône de décollement ; ce sont aussi — et ceci nous intéresse de plus près — des inégahtés de pigmentation au niveau de l'équateur, et surtout au voisinage du cercle ciliaire.

Ce que j'ai constaté avec une fréquence remarquable, c'est que des altérations de ce genre, amas pigmentaires et parfois petits foyers de choroïdite récente, se voient sur la choroïde au point exactement correspondant à celui des déchirures rétiniennes. Cette concordance de lieu est trop habituelle pour être l'effet du hasard.

Le corps cihaire ne montre à l'œil nu d'autres modifications qu'une atrophie plus ou moins marquée, ou, dans les cas de cyclite, un certain degré d'œdème se prolongeant quelquefois en un soulèvement partiel de la choroïde.

L'iris bombe parfois en avant quand il a contracté des synéchies avec le cristallin ; mais ce qui est bien plus caractéristique, c'est qu'il soit au contraire fortement récliné avec le cristallin lui-même, de façon à exagérer la profondeur de la chambre antérieure (fig. 13). Cet état coïncide réguhèrement, comme l'œdème et le décollement ciliaire, avec une rétraction marquée du corps vitré.

Observations.

Après cette description générale, il serait fastidieux de reprendre, comme je l'ai fait en 1920, la description méthodique de chaque cas. Je me bornerai à mentionner les particularités de ceux qui présentent le plus d'intérêt.

Obs. I. — Oeil fortement myopique ayant subi une luxation du cristallin par l'effet d'un coup de poing. Après un mois de bonne vision (1/3) sans verre correcteur, il se produit en haut un décollement rétinien qui se généralise rapidement en une couronne de poches circonscrivant la papille ; pas de déchirure visible à l'ophtalmoscope. Quatre mois plus tard, le malade réclame l'énucléation pour être débarrassé des photopsies qui le gênent.

Bien que le globe oculaire ait séjourné un an dans le formol avant d'être sectionné, le liquide rétro-rétinien est demeuré absolument limpide, tout semblable à celui qui occupe l'espace libre en arrière du corps vitré. La rétine est décollée en entonnoir de la papille à ses insertions antérieures et laisse voir dans la région supéro-nasale. une petite ouverture tout près de l'ora serrata. Le corps vitré rétracté d'arrière en avant est aussi déprimé de haut en bas, de telle sorte que sa masse est beaucoup plus considérable dans la moitié inférieure du globe que dans la moitié supérieure ; il est du reste adhérent à la rétine du côté temporal dans une zone de quelques millimètres en arrière de l'ora serrata, tandis que du côté nasal il se voit détaché jusqu'à la couronne ciliaire ; sa transparence est presque complète à l'exception d'un assez gros flocon brunâtre d'origine peut-être hémorragique. Le cristallin luxé mais retenu encore par un reste de sa zonule formant charnière, repose sur la masse hyaloïdienne et contribue à la déprimer sur la région ciliaire.

Cette pièce, acquise en dehors de toute complication inflammatoire, est intéressante en ce qu'elle offre un minimum d'altérations à côté du double décollement rétinien et vitréen. La présence d'une ouverture dans la rétine explique fort bien l'identité des deux liquides pré-rétinien et rétro-rétinien et la limpidité de ce dernier exclut son origine choroïdienne. La déchirure est elle-même trop minime pour être une dialyse traumatique, qui aurait d'ailleurs provoqué un décollement immédiat ; comme elle répond à la limite des adhérences supérieures du corps vitré à la rétine, il paraît probable qu'elle a été déterminée par le déplacement imprimé à la masse vitréenne par le poids et les mouvements du cristallin luxé : cette hypothèse s'accorde avec le fait que le décollement ne s'est produit que trois à quatre semaines après le traumatisme.

Obs. II. — Oeil non myopique énucléé en état de glaucome subaigu vingt mois après une perte rapide de la vision ; une opacité postérieure du cristallin avait empêché tout examen ophtalmoscopique.

La rétine est décollée en corolle de liseron (fig. 12). L'intérieur de son cône montre un liquide sirupeux identique à celui de l'espace rétro-rétinien. Le corps vitré, rétracté vers la partie évasée du cône, est réduit à une mince couche de lamelles qui adhèrent à la zone périphérique de la rétine et déterminent ainsi la forme en liseron du décollement. Plusieurs kystes à la face externe de la rétine : du côté nasal, à la limite des adhérences du vitré, trois petites ouvertures semi-lunaires et, dans la zone correspondante de la choroïde, une couronne de foyers pigmentaires.

06s. III. — (Fig. 16, Tab. III.) Oeil non myopique, dont la vision s'est perdue brusquement peu de mois avant l'énucléation occasionnée par des douleurs cyclitiques avec hyphaema. Du globe, sectionné après trois mois de séjour dans le formol, s'échappe un liquide qui laisse à l'état de vacuité l'espace rétro-rétinien et les 4 5 postérieurs du corps vitré. Rétine entièrement décollée en entonnoir, sauf dans la région inférieure oîi elle adhère encore à la choroïde sur quelques millimètres en arrière de l'ora. Le corps vitré, sous l'aspect d'une masse grisâtre, est fortement rétracté en avant, ne formant plus qu'une couche de 1 mm. en arrière du cristallin et de 3 à 4 mm. sur les côtés, adhérant à la rétine en arrière de l'ora serrata sur une longueur de 3 mm. du côté nasal et de 1 mm. du côté temporal. A la limite de cette dernière adhérence, on voit dans la rétine une

ouverture triangulaire d'environ 2 mm. (fig. 13). Son sommet est dirigé en arrière et, à sa base, on distingue nettement le lambeau rétinien qu'une adhérence au vitré retient soulevé comme le clapet d'une soupape (fig. 13 L). Au point exactement correspondant, sur la choroïde, tache pigmentaire allongée dans le même sens que l'ouverture rétinienne, mais un peu plus étendue (3 mm.). Décollement partiel du corps cUiaire et de la choroïde.

06s. IV (fig. 17, Tab. III). — Oeil fortement myopique, énucléé pour une cyclite douloureuse survenue huit à dix semaines après une perte rapide de la vision, l'ophtalmoscope montrant un décollement rétinien très étendu surtout en bas, mais les agitations de la malade rendant impossible un examen approfondi. Forte hypotonie ; chambre antérieure très profonde.

A la section la rétine se montre flottante et décollée en forme d'entonnoir du nerf optique à l'ora serrata. La choroïde est aussi en grande partie décollée de la sclérotique. La masse du corps vitré, fortement rétractée, est diminuée des 3/4 de son volume ; sa limite postérieure est mal dessinée, montrant des franges ou haillons qui flottent dans le liquide accumulé à l'arrière. Ce liquide, qui n'a pas été coagulé par la formaline, est légèrement sirupeux, identique à celui qui occupe les espaces rétro-rétinien et rétrochoroïdien .

La surface antérieure de la rétine, surtout dans la région inférieure, est très inégale, plissée et mamelonnée par une succession de voussures que séparent des sillons plus ou moins profonds ; son aspect rappelle tout à fait celui d'une feuille de chou frisé ou chou marcelin. Dans cette rétine, on remarque deux perforations béantes : l'une, dans la zone équatoriale externe, ponctiforme et mesurant tout au plus Vi mm. de diamètre ; l'autre, dans la région supéro-interne. à 3 mm. environ de l'ora serrata, ovalaire, avec son grand axe dirigé d'arrière en avant, d'une longueur maximale de 1 mm. à 1 ^ mm. A proximité de chacune de ces ouvertures et retenus par des lambeaux de corps vitré, on distingue à la loupe deux petits corps blanchâtres et arrondis, qui, transportés sous le microscope et colorés au carmin, s''avèrent comme de petits fragments de rétine, tandis que les lambeaux de vitré auxquels ils sont adhérents, se voient pénétrés de nombreuses cellules épithéliales en partie pigmentées. (La fig. 21 représente la pièce macroscopique après excision des franges vitréennes qui retenaient les fragments de rétine et les figures 22 à 24 montrent ces fragments eux-mêmes avec une partie des lambeaux vitréens.)

Par leur forme et leur grandeur, les fragments rétiniens concordent absolument avec les deux ouvertures décrites ci-dessus : il est ainsi évident que par leur arrachement ils ont été la cause de la perforation du tissu rétinien. Autre détail intéressant : en examinant le point qui, sur la choroïde, répond à chacune des deux ouvertures rétiniennes (à supposer que la rétine vînt à se rappliquer exactement dans sa situation normale à la surface de la choroïde), on y reconnaît une petite tache grisâtre et des irrégularités de pigmentation.

Le fragment de choroïde portant l'une des taches grises, inclu dans la paraffine et débité en coupes transversales, révèle un foyer de choroïdite avec destruction partielle de l'épithélium pigmentaire (voyez fig. 25). Le second des foyers choroïdiens, laissé sur la pièce macroscopique, s'y voit encore de même que les deux perforations de la rétine. ^

Obs. V (fig. A, Tab. III). — Globe oculaire myopique atteint depuis trois ans d'un décollement rétinien, précédé d'une hémorragie dans le corps vitré. Détails voilés par une opacité du cristallin. Enucléé en état d'hypertension légère par crainte de tumeur.

A la section, décollement encore partiel et prononcé surtout dans la moitié supérieure. Le corps vitré, rétracté jusqu'à 4 mm. en arrière du cristallin, n'occupe que le tiers antérieur de la cavité du globe, mais il adhère à la rétine jusqu'à 3 mm. en arrière de Fora serrata ; à la limite de cette adhérence dans la région supéro-nasale, on voit une petite ouverture rétinienne de ^ mm. de diamètre dont l'opercule, sous la forme d'un petit disque blanchâtre semble encore retenu par une charnière sur son bord périphérique,

^ Cette pièce a été présentée plusieurs fois à des congrès d'ophtalmologie ou à des ^■isiteurs isolés.

mais n'en est pas moins solidaire du corps vitré : en effet, quand on incline la pièce en avant, de façon à déplacer la masse vitréenne dans la direction du cristallin, l'opercule se soulève en rendant plus visitle le trou de la rétine, tandis qu'il se rabat sur lui lorsqu'on incline la pièce en sens inverse, c'est-à-dire en arrière, dans la direction du nerf optique. La photographie stéréoscopique donne une bonne idée des rapports de l'ouverture et de son opercule avec le corps vitré rétracté.

Obs. VI. — Oeil probablement myopique s'étant troublé brusquement avec rétrécissement du champ visuel ; sept semaines plus tard, on reconnaît un décollement rétinien inférieur et l'énucléation a lieu après trois semaines, à cause d'une cyclite avec hypotonie. La section horizontale du globe fait voir une chambre antérieure profonde avec iris récliné en arrière, et décollement du corps ciliaire. La rétine est elle-même décollée en entonnoir; vitré de transparence presque normale, rétracté jusqu'à l'équateur ; en arrière de lui, gelée semi-liquide occupant également l'espace rétro-rétinien et la chambre antérieure. Couronne de foyers pigmentaires sur la choroïde en avant de l'équateur; à ce niveau, amincissement du tissu rétinien oîi l'on décèle une étroite déchirure.

Obs. VII (fig. B, Tab. III). — - D. opéré anciennement pour cataracte traumatique avec bon résultat visuel. Décollement rétinien constaté en janvier 1933 ; œil devenu douloureux avec hyphaema spontané un mois plus tard, à la suite d'une contusion. Vision nulle. Hypertension aiguë. Enucléation quinze jours après.

La rétine est décollée en entonnoir avec gros kyste à sa surface externe ; large désinsertion en avant de ce kyste, rencontrée en plein par la coupe, ce qui fait qu'elle n'apparaît guère qu'au stéréoscope (voir fig. B). Le corps vitré est rétracté jusqu'à la région ciliaire ; en arrière de lui, l'entonnoir rétinien contenait un liquide non coagulé par le formol et semblable à celui de l'espace rétro-rétinien.

Obs. VIII (fig. C, Tab. 111). — D., 27 ans, avec myopie 12 D. Depuis le 23 avril 1921, trouble flottant du vitré à l'œil gauche. Vision aggravée le 10 mai ; le 14 mai on constate un décollement en forme de poche dans la région inféro-externe avec grande déchirure en équerre près de la périphérie. Un mois plus tard nouvelle aggravation avec petite perforation rétinienne dans la région maculaire. Formation d'une cataracte qui met fin à l'observation ophtalmoscopique. En 1933 hypertension douloureuse. Enucléation par le D"" Amsler.

Après fixation dans la formaline la section horizontale du globe laisse écouler un liquide limpide un peu jaunâtre. Rétine décollée en entonnoir avec trois gros kystes. Près de la périphérie inféro-externe, on retrouve la déchirure rétinienne sous forme d'une fenêtre triangulaire rendue béante par le soulèvement de son lambeau que l'on voit accolé à la face postérieure du corps vitré ; ce dernier, rétracté lui-même jusqu'à l'ora serrata, a conservé des adhérences à la rétine dans la région de la déchirure. La perforation maculaire est également visible mais légèrement déformée en ovale.

Cette observation est particulièrement intéressante en ce qu'elle montre une déchirure rétinienne qui, dans l'espace de douze ans, n'a pas sensiblement varié de forme ni de dimension.

Obs. IX. — Glaucome développé cinq ans après un décollement rétinien. V = 0. Les détails du fond ne sont pas visibles.

Section horizontale. Iris adhérent au cristallin sur son bord pupillaire et bombant dans la chambre antérieure. Cataracte surtout nucléaire. Rétine entièrement décollée en Y (ypsilon), jusqu'à l'ora serrata. sauf en un point limité, un peu en avant de l'équateur, où elle est restée adhérente à une cicatrice de choriorétinite ; cette adhérence se détache comme un pédicule du cône de la rétine décollée. Liquide rétro-rétinien parfaitement limpide. Papille optique excavée et plaques d'atrophie maculaire et paramaculaire. Le reste de la choroïde semble normal à l'exception d'une cicatrice choroïditique susmentionnée .

Corps vitré opacifié et fort réduit de volume occupant presque entièrement l'espace pré-rétinien et ne se distinguant pas par sa coloration du tissu rétinien lui-même ; sur une photographie stéréoscopique (fig. D et E, Tab. IV), il a cependant un aspect beaucoup plus brillant.

06s. X. — Décollement rétinien bilatéral survenu à l'âge de 24 ans à l'œil droit et de 26 ans à l'œil gauche. Le malade étant décédé à 54 ans, les deux yeux furent énucléés peu d'heures après la mort.

Vision demeurée assez bonne jusqu'au développement d'une cataracte sans complications inflammatoires.

Oeil droit en état d'atrophie avec décollement absolu sous l'aspect d'un cordon tendu de la pupille au cristallin et ne permettant pas de difTérencier les restes du corps vitré.

L'œil gauche montre le décollement typique en corolle de liseron (fig. 15, page 34). Un kyste sur sa face externe. Corps vitré réduit à une simple lamelle passant d'une région ciliaire à l'autre à la façon d'un pont au-devant de l'ouverture du cône rétinien ; il adhère de chaque côté à la partie étalée de la rétine : en arrière de lui. l'espace est resté vide par l'écoulement du liquide limpide qui l'occupait. Il en est de même de l'espace rétro-rétinien. La choroïde montre de nombreuses irrégularités pigmentaires.

Toutes ces pièces anatomiques ont ceci de commun, qu'elles font voir l'identité des liquides pré- et rétro-rétiniens, quelles que soient les conditions dans lesquelles le matériel a été obtenu : énucléation faite pour cycHte dans les obs. III, IV et VI, pour glaucome subaigu ou chronique dans les obs. II, V, VII, VIII et IX, ou en l'absence de ces complications dans les obs. I et X.

A la seule exception de l'obs. VI, où le liquide intra-oculaire montrait un début de coagulation et où le glaucome irritatif datait de quelques semaines, les liqiddes anté- et rétro -rétiniens étaient demeurés absolument limpides, fait surtout remarquable dans l'obs. X, dont le décollement datait de vingt-huit ans !

En sept de ces observations, une ou deux déchirures furent reconnues à l'examen macroscopique ; dans les trois autres, cette constatation n'a pu se faire avec certitude qu'à la faveur de l'examen microscopique, dont il sera question plus loin. D'autre i^art, en un cas où l'ophtalmoscope avait fait voir avec netteté une petite déchirure, le pUssement de la rétine ne permit pas de la retrouver quelques mois plus tard, ni sur la pièce macroscopique, ni sur les coupes microscopiques.

L'ensemble de nos observations concorde de façon frappante avec celles que Norden- SON (11) a publiées en 1887 en les Ulustrant de fort belles planches et qui provenaient de la clinique de Leber ; dans les quatre cas où il s'agissait d'un décollement dit idiopathique, Nordenson a noté lui aussi, que le corps vitré se trouvait rétracté et montrait des adhérences à la rétine ; dans les quatre cas il existait une déchirure ou une désinsertion de la rétine avec identité des liquides anté-rétinien et rétro -rétinien. D'autres descriptions émanant de von Hippel (28), de Lauber (29), de Kûmmell (35) ne comportent guère que des détails microscopiques, dont nous aurons à reparler.

La plupart des examens anatomiques publiés par d'autres auteurs donnent peu d'importance à la description macroscopique. Nordenson s'y est toutefois attaché en trois de ses cas en les illustrant de belles planches ; comme moi-même, il a constaté

l'identité des liquides |tré-rétinien et rétro-rétinien et la présence d'une déchirure ou d'une désinsertion rétinienne dans chacun de ses cas. Il y avait également identité des deux liquides dans les yeux examinés par Druault (1889) et par Ginsberg-Simon (19). tandis que dans ceux de Lauber (29) de Kûmmell (35) et de Baurmainn (68) où l'énucléation avait été précédée d'un état inflammatoire d'assez longue durée, l'épanchement rétro-rétinien se trouvait particulièrement riche en albumine comme je l'ai noté moi-même dans des conditions pareilles. L'observation qui, sous ce rapport, aurait pu offrir le plus grand intérêt parce qu'elle concernait le décollement le plus récent qui ait été jusqu'ici l'objet d'un examen anatomique (sept jours), celle de Kûmmell (1929), s'est trouvée malheureusement compromise par un accident opératoire au cours de l'énucléation : le liquide rétro-rétinien s'était écoulé totalement par une incision de la sclérotique de telle façon que son espace ne se trouvait plus contenir qu'une petite hémorragie (Kûmmell, 78, p. 328). ^

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