II. CONSTATATIONS MICROSCOPIQUES
La plupart des examens microscopiques publiés jusqu'ici ont trait à des cas de décollements rétiniens qui n'avaient pas été suivis cliniquement ni même étudiés macroscopiquement et ne constituaient en fait que des trouvailles de microscopie. Il est donc difficile d'en tirer des conclusions quelque peu précises au point de vue de la pathogénie. Au surplus, bien des détails histologiques n'offrent pas grand intérêt, parce qu'ils appartiennent aux altérations que subit tôt ou tard toute rétine séparée d'avec la choroïde, quels que soient la cause ou le mécanisme de son détachement : ainsi, la dégénérescence des cellules visuelles, cônes et bâtonnets, la déformation des couches granuleuses et la présence de lacunes kystiques dans l'intergranuleuse (vi, p. 75). Les ophtalmologistes curieux de ces détails les trouveront tout au long dans les descriptions de Leber (1916), et je n'eusse fait que les répéter sans utilité pour notre thème. D'autres altérations, comme les hémorragies et l'infiltration leucocytaire de la rétine et des tissus voisins (choroïde, corps ciliaire, iris), résultent essentiellement de complications secondaires, telles que la cycUte ou le glaucome inflammatoire, et leur énumération ne nous apporterait aucune lumière nouvelle.
Nous ne devons logiquement regarder comme essentielles que celles de ces altérations qui se sont retrouvées dans Vensemble des cas, quelque différentes que fussent les conditions où le matériel a été obtenu : que l'énucléation ait été faite à l'occasion d'une cyclite ou d'un glaucome, ou pratiquée à cause de photopsies gênantes, ou bien encore post mortem sans complications intercurrentes. Ces différentes conditions se sont trouvées réahsées dans mon matériel comme dans celui de Nordenson.
1 SOURDILLE, qui résume ce cas (166, p. 387), n'en déclare pas moins, au vu des préparations de Kiiramell, qu'« un exsudât albumineux coagulé par les réactifs se retrouve entre la rétine et la choroïde». L'imagination est une grande qualité pour un poète ou un romancier ; elle est moins à sa place quand il s'agit d'un travail scientifique.
PATHOGENIE
A. Altérations de structure du corps vitré.
Le premier point sur lequel l'examen microscopique pouvait compléter les constatations macroscopiques concerne les modifications de la structure du corps vitré. Dans ce domaine, mes descriptions de 1904
Fig. 18. — Région ciliaire dans un cas de décollement datant de trois mois. (Obs. III à page 40 et fig. 16, Tab. III.)
C, naissance de la cornée ; I, iris récliné en arrière ; Cr, cristallin récliné et un peu déplacé ; Ci, corps
ciliaire décollé ; Ch, choroïde un peu décollée ; H, rétine décollée ; a, espace rétro-rétinien qui était
occupé par liquide limpide ; T, traînées de cellules épithéliales en partie pigmentées infiltrant la masse
rétinienne et s'étalant à la surface antérieure de la rétine.
relevaient déjà que je n'avais pu retrouver la dégénérescence fibrillaire que Leber (6, p. 30 et 31) et Nordenson (11, p. 79-80) avaient décrite comme étant la cause probable de la rétraction vitréenne. J'avais, en revanche, signalé la présence de nombreuses cellules épithéliales avec ou sans pigment, occupant la masse du corps vitré par groupes et par traînées.
Ces formations étrangères à la structure d'un corps vitré normal tirent leur provenance de l'épithélium ciUaire, lequel est visiblement en voie de prolifération ; peu abondantes et localisées à certaines régions du vitré en quelques cas, elles sont en d'autres plus denses et plus généralisées (fig. 18).
En un cas, où le décollement devait avoir été précédé d'une hémorragie vitréenne, les éléments pigmentés n'avaient pas l'aspect de cellules épithéliales, mais plutôt de corps granuleux d'origine probablement leucocytaire (fig. 32, Tab. IX).
Bien que Nordenson, dans ses descriptions, ait mis l'accent principal sur la dégénérescence fibrillaire du corps vitré, à laquelle il prêtait avec Leber un rôle pathogénique spécial, plusieurs de ses planches (11. pi. I b, II, III. VI, VIL et VIII) montrent très nettement une accumulation de cellules pigmentées pareille à celle de mes propres observations. Le cas de Kûmmell (1929, p. 320), de date toute récente (sept jours), montrait aussi dans le corps vitré, au voisinage du corps ciliaire, soit entre ce dernier et le cristallin, comme en avant de la rétine décollée, quelques groupes de cellules épithéliales privées pour la plupart de leur pigment. Il s'agit donc ici d'une altération histologique reconnaissable dans les stades de début, mais qui s'accentue avec l'ancienneté du décollement et que l'on retrouve, fait important, quelles qu'aient été les conditions où s'est faite l'énucléation.
B. Membranes pré-rétiniennes.
La propagation des cellules en provenance de la région ciliaire ne se fait pas seulement au sein du corps vitré. Là où ce dernier s'est détaché de la rétine, elle suit sa face postérieure en doublure de la membrane hyaloïde, mais tend à faire également à la surface antérieure de la rétine un revêtement semblable à un endothélium, bien qu'assez irrégulier. Cette couche cellulaire s'étale parfois sur la rétine, sans en modifier notablement la structure (fig. 32, Tab. IX, et Nordenson, pi. X) et en épousant ses sinuosités ; mais en d'autres places, il paraît évident qu'elle a joué un rôle actif dans le plissement rétinien (voyez fig. 31, Tab. VIII), ce que j'avais déjà relevé dans mon premier travail de 1904 (i, p. 12).
VoN HiPPEL (1908) a fait la même remarque et Leber (1916, fig. 238 et 242) s'y est attaché avec une telle insistance que je serai forcé d'y revenir. Il me suffit d'observer ici que les membranes pré-rétiniennes augmentent d'importance à l'instar de la pénétration épithéliale dans le vitré à mesure que se prolonge l'état pathologique de l'œil marqué par le décollement rétinien. Dans l'obs. III (décollement datant de trois mois), elles tapissaient partiellement la surface antérieure de la rétine décollée (fig. 18) et la face postérieure du corps vitré en rétraction ; dans l'obs. X (vingt-huit ans de durée !), elles avaient constitué un revêtement uniforme de tout l'espace rétro-vitréen à l'intérieur du cône de décollement, transformant ainsi la cavité rétro-vitréenne en une sorte de cavité séreuse (voir aussi fig. 19. /). Pareille extension dans la période tardive n'autorise cependant pas à conclure, comme on l'a fait, que les formations pré-rétiniennes seraient uniquement secondaires au décollement rétinien ; elles peuvent l'avoir précédé, ce dont nous avons la preuve anatomique dans le fait qu'elles étaient déjà reconnaissables daps le cas déjà cité de Kummell (décollement datant de sept jours). La fig. 35. Tab. Xï. est en efiet la reproduction de deux microphotographies publiées par cet auteur {Arch.f Aug. 100 101, p. 318).
PATHOGENIE