‹ Le décollement de la rétineChapitre 24 sur 81 · VII. HÉMORRAGIES RÉTINIENNES · texte numérisé non relu

VII. HÉMORRAGIES RÉTINIENNES

De même que Leber (37), j'ai noté fréquemment de petites hémorragies rétiniennes et les ai signalées comme faisant partie du tableau ophtalmoscopique du décollement spontané (vi). Plus mes observations se sont multipliées, plus j'ai dû reconnaître que ces hémorragies offrent un réel intérêt au point de vue pathogénique ; on les retrouve dans la grande majorité des décollements récents, et presque toujours elles marquent la région où s'est produite une déchirure du tissu rétinien, sans toutefois résultei de cette déchirure elle-même, car le plus souvent elles ne siègent pas sur son bord immédiat (voyez Tab. XVI, B). En outre, quand un décollement subit une extension rapide, ce phénomène est parfois précédé ou accompagné de la multiplication des hémorragies dans la région atteinte. Enfin, fréquents sont les cas oii la production des hémorragies rétiniennes a certainement piécédé le décollement rétinien, ce dernier ne s'étant prononcé que quelques jours plus tard avec tous ses symptômes caractéristiques ; je possède toute une série d'observations dans ce sens, et, plusieurs fois, en m'adressant un malade atteint de décollement, des confrères se sont excusés du retard apporté à leur diagnostic parce qu'ils n'avaient constaté au début que des hémorragies rétiniennes (xxiv).

Il est fort difficile de distinguer ici entre les hémorragies qui ont simplement marqué le début d'un décollement et celles qui peuvent en avoir été la cause éloignée. Les premières sont généralement discrètes, en forme de pointillé ou de petites taches arrondies, et, lors même qu'elles sont multiples, elles ont l'apparence d'être toutes superficielles, beaucoup plus fréquentes à la périphérie que près de la papille, deux traits qui les distinguent des extravasations résultant d'altérations vasculaires. Leur production ne me semble explicable que par la rupture de petits vaisseaux à la surface de la rétine sous l'influence d'un décollement du corps vitré, qui, entraînant avec lui la hmitante interne, en provoque aussi le décollement partiel.

Les accidents peuvent se limiter à ces phénomènes superficiels quand il n'existe pas dans le voisinage une adhérence plus intime du corps vitré au tissu rétinien, sinon cette adhérence ayant pour effet d'arracher un lambeau de la rétine dans toute son épaisseur, c'est le tableau clinique du décollement qui fait suite à celui des simples hémorragies.

Un fait qui concorde avec l'explication donnée ci-dessus des hémorragies prémonitoires ou concomitantes du décollement rétinien, c'est qu'elles accompagnent beaucoup plus réguUèrement le décollement supérieur que le décollement inférieur, ce dernier n'impUquant le plus souvent pas une séparation de la rétine et du corps vitré.

Les hémorragies intra-oculaires qui peuvent être regardées comme la cause éloignée d'un décollement rétinien sont parfois d'origine traumatique (plaies perforantes avec ou sans pénétration de corps étranger) et proviennent en pareil cas des vaisseaux de l'uvée plutôt que de ceux de la rétine ; ou bien elles sont l'expression de troubles circulatoires comme dans l'artério-sclérose, les états néphrétiques ou le diabète. Plus massives que celles du premier type, ces hémorragies pénètrent aussi plus en avant dans le corps vitré sous forme de panaches ou de traînées qui, au moment de la rétraction du caillot, exercent sur le point de la rétine où ils s'attachent une traction suffisante pour la soulever et même la déchirer. Si le soulèvement se fait graduellement et sans déchirure, l'espace créé entre la rétine et la choroïde est occupé par un transsudat «ex vacuo», comme certaines de mes préparations le démontrent, et en pareil cas le recollement peut se faire spontanément. S'il s'est produit une déchirure, le soulèvement rétinien s'étend rapidement et prend les allures d'un décollement dit idiopathique.

Mes observations m'ont donc montré qu'il n'y a pas de hmite bien nette entre le décollement rétinien connu sous le nom de spontané ou idiopathique et celui qui fait suite à des hémorragies profuses dans le corps vitré sans traumatisme, ou encore celui qui représente une compUcation tardive d'une plaie perforante avec hémorragie intra-oculaire.

Page 1