IX. LES ALTÉRATIONS CHORIO-RÉTINIENNES
Dans une forte proportion des yeux atteints de décollement, on reconnaît des irrégularités de pigmentation soit en foyers disséminés, soit en forme de chaînes plus ou moins continues et parallèles à l'ora serrata, comme au reste en bien des yeux myopiques ou séniles sans décollement. Ce qui nous intéresse ici au point de vue pathogénique, c'est que ces foyers font rarement défaut au lieu même où se trouve la déchirure rétinienne, notamment s'il s'agit d'une déchirure à lambeau : on les aperçoit sur la choroïde à travers l'ouverture, et souvent ils trahissent aussi leur présence par un amas de pigment dans l'épaisseur même du lambeau (Tab. XIII, 5 et 6). Cette constatation ophtalmoscopique vient à l'appui des descriptions anatomiques que j'ai données en 1904 et 1920 et qui montraient une concordance parfaite entre le siège d'une adhérence du vitré à la rétine et celui d'un foyer chorio-rétinien. Il y a même des cas où c'est la tache de pigment qui attire l'attention sur le lambeau ou sur la déchirure. Cette coïncidence est si fréquente qu'elle ne saurait être l'effet d'un hasard. S'il n'est pas rare au surplus que les foyers pigmentaires hés à la déchirure soient les seuls que l'on puisse déceler dans le fond de l'œil, on peut rencontrer aussi d'autres amas de pigmentation ou plaques d'atrophie choroïdienne dans les régions non atteintes par le décollement et même encore dans l'œil congénère (vi, p. 17).
Si les foyers choroïdiens dont il vient d'être question sont évidemment
antérieurs au décollement, il y en a d'autres qui lui ont fait suite et représentent le début d'un processus de réparation : ces derniers se voient sous la forme de lignes plus ou moins sinueuses et généralement pigmentées à la limite du décollement (Tab. XIII, 2) ou dans les parties qui, ayant été précédemment décollées sont devenues le siège d'une rapplication partielle.
Quant aux taches et aux traînées pigmentaires qui se voient assez souvent à la surface antérieure de la rétine, j'avais admis autrefois (m, p. 314) qu'elles dérivaient de l'épithélium rétinien et qu'elles devaient être parvenues au-devant de la rétine à travers la perforation. Je tiens actuellement pour certain que leur origine est dans l'épithélium ciliaire et qu'elles précèdent généralement le décollement.
Résumé du chapitre troisième.
Les faits d'observation clinique qui présentent le plus d'intérêt dans le décollement idiopathique sont :
1° L'apparition soudaine, ou tout au moins rapide, de la maladie dans
environ les deux tiers des cas.
2° L'absence d'hypertension en dépit de la saillie souvent très marquée
de la poche rétinienne dès les premiers jours. 3° Le début bien plus fréquent dans les régions supérieures que dans
les régions inférieures de l'œil.
4° La constatation possible, dans la très grande majorité des cas et
jjarfois peu d'heures après les premiers symptômes, d'une ou plusieurs
déchirures de la rétine dans la région où est apparu le décollement. 5° Les caractères spéciaux de ces déchirures dont le plus grand nombre
présentent un lambeau saillant du côté du vitré. 6° La présence à peu près constante d'opacités du corps vitré et d'amas
pigmentaires ou de formations fibrillaires à la surface de la rétine. 7° L'abaissement graduel du décollement vers les parties décKves de
l'œil quand il a débuté dans la région supérieure.
CHAPITRE QUATRIÈME Décollement idiopathique : Le processus pathogénique.