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CHAPITRE CINQUIÈME Aperçu étiologique

Il a déjà été fait mention au chapitre premier de l'étiologie des diflférentes formes de décollement rétinien résultant soit de graves traumatismes soit de tumeurs intra-oculaires, soit de troubles circulatoires ou de processus inflammatoires afî^ectant l'œil lui-même ou son voisinage.

Ce serait incomplet d'avoir étudié en détail le processus pathogénique, c'est-à-dire l'ensemble des modifications intra-oculaires qui précèdent et accompagnent le décollement idiopathique, sans tenter de remontei plus haut vers la source de ces altérations locales et d'établir quelles sont les conditions premières qui les provoquent ou tout au moins les favorisent. Bien que l'étiologie du décollement intéresse un domaine très vaste et que son étude comporte des recherches multiples et longuement poursuivies dans chaque cas, telles qu'on ne peut souvent pas les entreprendre au sein d'une chentèle venue en majeure partie du dehors, je tiens à fournir ma modeste contribution à cette recherche difficile en apportant les quelques données que j'ai pu recueilUr.

La comparaison que nous avons faite entre les difi'érentes théories pathogéniques émises au sujet du décollement idiopathique, a fait ressortir que les divergences portent essentiellement sur le rôle du corps vitré, auquel les uns n'attribuent qu'une attitude passive en présence du soulèvement rétinien qui restreint l'espace qu'il occupe, tandis que les autres lui reconnaissent un rôle actif dans la production de ce soulèvement. L'accord est en revanche presque complet au sujet de l'uvée, les opinions ne différant que sur la nature des altérations auxquelles on doit faire remonter les désordres secondaires de la rétine et du corps vitré. Cette constatation nous amène logiquement à rechercher quelles peuvent être les causes premières de ces altérations de l'uvée. J'y ai déjà fait une allusion rapide aux pages 18 et 26, mais il importerait d'étabhr quelles sont parmi ces causes diverses celles dont l'action est la plus fréquente, et surtout celles qui pourraient être justiciables d'un traite-

ment préventif. Cette étude de l'étiologie du décollement rétinien est loin d'être achevée et les deux années prévues pour l'élaboration du rapport destiné au Congrès de Madrid représentent un délai bien court pour réunir la documentation nécessaire et faire de l'ordre entre tant d'opinions divergentes. Sans vouloir préjuger des conclusions de ce rapport, je rappellerai simplement en les complétant les quelques indications que j'avais données en 1920 (vi, p. 84) sur les conditions premières du décollement rétinien.

Dans quelles conditions voyons-nous en effet se produire le décollement idiopathique ?

1° chez les myopes ou chez des sujets atteints d'une ectasie du globe oculaire ; 2° à l'âge où débute la sénilité ; 3° chez des individus non prédisposés de cette façon, mais chez qui l'ophtalmoscope révèle des foyers choroïdorétiniens disséminés dans des régions antérieures soit de l'œil malade, soit de l'œil congénère. Dans ce dernier groupe nous classons tout naturellement (sans vouloir générahser) les syphilitiques ou hérédo-syphiUtiques considérés par certains auteurs comme prédisposés à tel point qu'on a même voulu distinguer un « décollement syphilitique ».

La tuberculose peut être envisagée au même titre comme une condition prédisposante ; on a invoqué aussi le paludisme, le rhumatisme, les troubles endocriniens, cardio-rénaux ou vasoneurotiques, puis, dans un domaine encore plus vaste, le facteur héréditaire et les influences de race. Il ne sera pas aisé de faire l'accord entre toutes ces hypothèses, car leur bien-fondé est souvent difficile à prouver et certains praticiens ont à ce sujet des opinions personnelles auxquelles on ne peut d'autre part opposer aucun argument péremptoire. J'ai pu me convaincre en effet que tel cas de décollement, qui aurait été tenu pour syphilitique dans telle ville ou tel pays, sera classé comme indiscutablement tuberculeux dans une autre contrée. Or le premier de ces diagnostics est fréquemment maintenu en dépit de réactions sérologiques négatives et je sais d'autre part plus d'un jeune malade qui, ayant été traité pour une « tuberculose de la rétine », se trouvait atteint simplemenf d'un décollement diffus par désinsertion rétinienne, que le traitement opératoire fit disparaître sans retour. Il faut donc, dans ce domaine incertain, n'accorder qu'une confiance prudente aux statistiques.

Si la syphihs peut être regardée comme une cause relativement commune I de choroïdite, elle est moins fréquemment à l'origine du décollement rétinien que ne le pensent les praticiens accoutumés à le traiter d'emblée par des injections intra-veineuses de mercure. Ceux d'entre mes malades qui avaient donné une réaction de Bordet-Wassermann positive ne représentent qu'une I petite minorité, conformément aux observations faites de son côté par Giesler, qui en a compté seulement quatre sur 177.

P. -S. — Arruga (254. p. 48) est arrivé à la même conclusion au sujet de la syphilis ; il attache une plus grande importance étiologique à la tuberculose et appuie cette opinion

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par quatre exemples de décollements rétiniens qui avaient montré forte tendance à récidiver. Cette importance du rôle prédisposant de la tuberculose ne pourrait être établie que par une série d'observations très prolongée.

Parmi les autres causes générales, Arruga ne retient que les insuffisances hépatiques et rénales, qu'il a confirmées dans la majorité des cas où leur recherche lui a été possible (p. 57).

I Influences de race. La forte proportion des Israélites atteints de décol-

lement rétinien est une particularité qui devait me frapper, car ils représentent environ le 10 % de mes cas, ce qui est environ le décuple de leur nombre relatif dans le reste de ma clientèle.

; L^hérédité s'est affirmée en plusieurs cas. Le père et le frère de la malade

dont la PI. XXIII représente la rétine, avaient été atteints de décoUement. Je connais une famille où le père et deux filles en ont souffert également (l'une de celles-ci bilatéralement), tandis qu'une troisième fille montre de larges opacités du corps vitré qui font craindre tôt ou tard la même complication.

Arruga (254, p. 13) rapporte également plusieurs exemples d'hérédité.

I La bilatéralité relativement fréquente de mes observations annonce

aussi une influence générale, bien que mes chiffres, comme ceux de Deutsch-

MANN (32 %) et pour des raisons analogues aux siennes, dépassent certainement

sur ce point ce que l'on peut admettre comme la moyenne générale.

Depuis qu'il s'est fait connaître dans ce domaine, Arruga a vu lui aussi la proportion des cas de décollement bilatéral augmenter de 7 14 à 24 %.

J'ai déjà mentionné le fait que cette bilatéralité se retrouve dans la situation ordinairement symétrique et dans le type des déchirures rétiniennes (Tab. XVII, fig. 2). BieiT'que l'atteinte successive des deux yeux accuse souvent un intervalle de plusieurs années, il semble que des influences momentanées, difficiles à préciser, puissent agir en certains cas : je songe à une malade de 65 ans que m'avait adressée le D"" Vergne de Dijon, et dont l'oeil droit était affecté depuis sept jours d'un décollement temporal ; au moment où j'allais l'opérer, elle se plaignit d'un trouble de son œil gauche qui m'avait paru la veille tout à fait normal avec faible hypermétropie et acuité de 0,7 : je constatai alors à ce second œil une vaste poche de décoUement symétrique à celui de l'œil droit !

Un trouble circulatoire passager semble pouvoir être incriminé : c'est

ainsi qu'il m'est arrivé plusieurs fois d'observer chez un malade arrivant

d'une station thermale, un décollement qui s'était produit brusquement

• d'après son récit, au moment où il prenait un bain chaud. La même remarque

avait été faite autrefois par O. Becker ^.

Bien que la syphihs soit rangée au nombre des causes fréquentes de décollement rétinien, les réactions spécifiques n'avaient été positives que

1 Opht. Ces. Heidelberg. 1882, Kl. M.-Bl, p. 43.

très exceptionnellement chez mes clients et je ne saurais dire combien d'entre eux avaient été traités sans aucun eflfet par des injections intra-veineuses de cyanure de Hg.

J'ai déjà dit qu'en plusieurs occasions le diagnostic de tuberculose s'était évanoui devant le résultat immédiat et durable d'une intervention locale portant sur une désinsertion rétinienne.

Chez la plupart des malades qui se sont présentés avec des rapports relatant des analyses de sang ou d'urine, le résultat de ces examens avait été négatif. L'albuminurie, la glycosurie ou l'hypertension artérielle peuvent cependant être incriminées en plusieurs des cas oii des hémorragies intravitréennes avaient précédé le décollement ; j'en dirai autant delà malaria, qui rentrait plusieurs fois dans les commémoratifs. Quant aux troubles rénaux ou endocriniens, ils m'ont été maintes fois dénoncés par le médecin traitant, mais ne m'ont jamais paru exercer une influence sur les résultats du traitement local.

C'est l'état de la réfraction oculaire qui a permis jusqu'ici les constatations les plus précises : encore varient-elles assez largement selon les conditions oii se recrute le matériel d'observation. Néanmoins la statistique que j'ai dressée sur la base de 300 cas de décollement dont la réfraction m'était connue, m'a donné, pour les yeux myopiques de 4 D. ou plus, une proportion (66 %) presque identique à celle qu'a obtenue Leber (37, p. 1595) en prenant la moyenne de onze statistiques (65,1 %). En tenant compte des myopies inférieures à 4 D, j'ai trouvé une proportion de myopes de 79 %, 16 % des cas s'étant trouvés emmétropiques, 3 % hypermétropiques et 2 % affectés d'aphakie. (La proportion des aphaques parmi les cas de décollement que j'ai observés est supérieure à ce chiffre de 2 %, mais pour la plupart d'entre eux l'état de leur réfraction m'était inconnu.)

Selon le degré de la myopie, ma statistique comporte :

Myopie faible Myopie moyenne Myopie forte Myopie très forte

(inférieure à 4 D) (4 à 8 D) (8 à 16 D) (16 à 32 D)

P.-S. — Les chiffres donnés ici entre parenthèses répondent à ceux qu'a trouvés Arruga (254, p. 18) sur un total de 398 cas de myopie pour 682 cas de décollement (58 %). Les différences en moins portent sur la proportion relative des myopies comprises entre 4 D. et 16 D.

Etant donné la rareté relative des myopies supérieures à 16 D., on peut déduire de ces chiffres que la prédisposition au décollement croît nettement avec le degré de la myopie, bien que les myopies légères n'en soient pas exemptes.

La façon dont agissent la myopie et l'ectasie qui l'accompagne sur l'inté-

grité des membranes intra-oculaires a fait l'objet d'examens anatomiques de Leber (37, p. 1545) et de Hanssen (38). Leber a pu constater dans une trentaine d'yeux myopiques une atrophie de la rétine dans une zone antérieure dont la largeur correspondait au degré d'ectasie du globe (0,5 à 1,5 mm. pour 2 dioptries de myopie, 3 mm. pour 5 D.,5 mm. pour 10 à 15 D., et 6 à 7 mm. pour 20 à 30 D. de myopie). L'atrophie des éléments nerveux s'accompagnait d'une proUfération de la névroglie, ce qui n'empêchait point la rétine d'être amincie parfois au point de se différencier à peine de la rétine cihaire.

Hanssen (38) a même observé cette réduction des couches rétiniennes jusqu'à la perforation complète au niveau d'adhérences à la choroïde. Les deux auteurs pensent que cet amincissement, s'accompagnant aussi d'une dislocation des deux granuleuses par le développement de lacunes ou de kystes au sein du tissu rétinien, doit amoindrir sa résistance à l'endroit des tractions exercées à sa surface. L'idée première de Hanssen, que l'atrophie de la rétine suffirait à provoquer son décollement, me paraît controuvée par l'expérience chnique ; il l'a du reste modifiée en admettant l'intervention d'une cause déterminante.

Les altérations décrites dans la myopie sont identiques à celles que l'on connaît dans l'œil sénile (vi, p. 85-86) et qui sont les effets d'une vascularisation insuffisante par thromboses ou simplement rétrécissements endartéritiques des vaisseaux nourriciers. Elles ont aussi une analogie frappante avec celles que j'ai décrites dans les premiers stades de la rétinite pigmentaire où les phénomènes dégénératifs sont surtout reconnaissables dans la couche de l'épithélium ^. Le bourgeonnement de l'épithéhum par la prolifération de ses cellules, suivi de leur émigration dans les couches avoisinantes est, dans la dégénérescence pigmentaire, semblable à ce qu'il est en présence d'un décollement rétinien de date récente. Si donc, au sujet de la première de ces maladies, j'ai émis l'hypothèse qu'une insuffisance de vascularisation, et par conséquent de nutrition, doit être la cause qui pousse les cellules épithéhales à quitter leur Ueu d'origine pour aller au-devant de conditions meilleures, cette explication peut s'appliquer de plein droit à l'émigration des épithéHums cihaires dans les conditions spéciales qui favorisent le décollement rétinien.

L'ectasie de l'oeil dans la myopie, la sénilité, les choroïdites équatoriales et atrophiques sont autant de causes de déficit dans la vascularisation de l'uvée antérieure. Il est intéressant de noter que ces mêmes états, qui s'accompagnent d'une proUfération épithéhale, sont aussi ceux qui influent directement sur l'intégrité de la substance vitrée ; dans les inflammations chroniques de l'uvée, dans la myopie et la séniUté, le corps vitré subit un ramolUssement de sa structure, une désagrégation de sa masse avec formation de lacunes qui sont, nous l'avons vu, une voie toute préparée pour les cellules immigrées.

' Annales d'Oculistique, janv. 1903, et Encycl. française d'Opht., t. VI, p. 914.

Lorsque ces conditions prédisposantes se superposent, lorsqu'un myope, et surtout un myope syphilitique ou soumis à une autre tare, arrive à l'âge de la sénilité oculaire, tous ces facteurs étiologiques combinés nous expliquent amplement l'apparition d'une maladie rétinienne qui, tout bien considéré, n'est « spontanée «et» idiopathique » qu'en apparence (vi, p. 87). Kapucinski (77) ayant annoncé des différences cliniques entre les décollements myopiques et les décollements séniles, je ne puis souscrire à cette opinion et je tiens pour impossible de distinguer dans la règle entre ces deux formes, pour peu qu'on admette même qu'il s'agisse de deux formes distinctes. En effet, dans la majorité des cas, les deux facteurs étiologiques sont combinés, à preuve la statistique que j'ai établie à ce sujet sur la base de mes 200 dernières observations :

Myopie sans sénilité Sénilité sans myopie Sénilité avec myopie , ..

(My. de 4 D ou plus, (Age de plus de 50 ans, (Age de plus de 50 ans, ^^î semUte,

âge de moins de 50 ans) My. nulle ou inf. à 4 D) My. 4 D ou plus) "" myopie

P.-S. — La statistique d'ARRUGA (254, p. 10 et 12) confirme que jusqu'à l'âge de 45 ans il y a une majorité de myopes parmi les malades atteints de décollement rétinien (205 myopes pour 100 non myopes), et qu'à partir de 46 ans ce sont les cas sans myopie qui prédominent (264 non myopes pour 183 myopes). C'est au reste la décade de 45 à 55 ans qui est la plus atteinte (177 cas de décollement sur un total de 672), le nombre des myopes et des non myopes étant ici à peu près égal ; dans cette décade les malades affectés de décollement représentent environ 2 y^ % des consultants, ce qui est le double de la proportion moyenne.

Si l'on ne tient compte que des sujets atteints de myopie, c'est de 35 à 40 ans que l'on note la plus forte proportion des malades atteints de décollement (1,78 %) tandis que chez les sujets non myopes la fréquence du décollement est à son maximum entre 60 et 65 ans (2,03 % des consultants examinés à cet âge). Ces chiffres illustrent, comme les miens, l'influence combinée de la myopie et de la séniUté.

Travail oculaire. — Comme facteur connexe à la myopie, on a incriminé les efforts d'accommodation parmi les causes prédisposant au décollement rétinien (v. Czapody, 193). Plusieurs praticiens, ainsi Weve et moi-même, ont vu cet accident se produire peu de temps après que les verres correcteurs d'un myope avaient été renforcés. Il est difficile d'établir s'il s'agit là d'une simple coïncidence, car on constate tout aussi fréquemment un décollement rétinien en des yeux dont la myopie r 'a jamais été corrigée.

P.-S. — Arruga (p. 29) ne tient pas pour évident qu'il y ait relation entre le travail visuel et le décollement rétinien puisque ce dernier s'observe parfois dans des yeux amblyopes ou trop fortement myopiques pour participer à la vision binoculaire.

5e.re. — La prédominance des malades du sexe masculin, signalée par plusieurs auteurs, ne m'a paru marquée que pour les cas de désinsertions dont les .3/5 concernaient des hommes et les 2 /5 des femmes, ce qui représente

la proportion enregistrée par d'autres observateurs pour le décollement en général ; cette disproportion est loin d'égaler celle que mentionne Anderson dans une monographie des désinsertions rétiniennes (176).

Les trauinatismes ayant été pris en considération au chapitre premier, j'en ai fait abstraction en tout ce qui concerne le décollement idiopathique pour autant qu'ils pourraient être considérés comme la cause unique du détachement (plaies perforantes, violentes contusions du globe oculaire). L'étiologie du décollement idiopathique ne peut être toutefois séparée de certaines influences traumatiques qui sont très souvent alléguées par le malade comme ayant été l'origine de son trouble visuel, mais qui étaient certainement insuffisantes pour provoquer soit une rupture directe de la rétine, soit la formation de brides cicatricielles de nature à entraîner une déchirure secondaire. Ces traumatismes indirects, dont les relations de cause à efiFet avec le décollement rétinien peuvent prêter à discussion, ont été classés par Ammann ^ en quatre groupes :

1° Contusions directes mais légères du globe de l'œil. 2° Ebranlement de la tête par choc ou coup directs. 3° Ebranlement du corps entier.

4° Attitude baissée de longue durée, efforts pour soulever de lourdes charges, exagération de la pression abdominale, etc.

Nous avons déjà parlé à la page 102 de la façon dont les causes minimes peuvent agir par l'intermédiaire du corps vitré sur la production des déchirures rétiniennes. L'effet d'une simple contusion peut avoir été d'exagérer, par un déplacement plus ou moins marqué des miheux intra-oculaires, les tractions déjà latentes du vitré sur la rétine, ou de déchirer celle-ci sur le bord d'une cicatrice chorio-rétinienne ; la même action nuisible est imputable aux frictions manuelles du globe oculaire qui ont été parfois suivies de décollement chez des sujets souffrant de conjonctivite, comme Vogt (365) et moi-même en connaissons des exemples. Il doit suffire de peu pour déterminer l'arrachement d'un fragment de rétine quand les adhérences qui l'entraîneront sont déjà constituées (vi, p. 88). Ainsi s'explique aisément la gravité particulière d'un choc, même léger, sur un œil fortement myopique, en comparaison des secousses bien plus violentes que supportent sans dommage des yeux normaux ; ainsi s'exphquent aussi les conséquences plus ou moins graves d'une perte de corps vitré, plus redoutable elle aussi dans l'œil myopique ou ectasié et dans l'œil affecté d'ancienne choroïdite que dans un œil intact. En pareils cas, les déchirures ne diffèrent aucunement de celles d'un décollement spontané, c'est-à-dire développé en dehors de toute action traumatique.

' Revue générale d'Opht., XXXIV, p. 109.

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Somme toute, si même on admet que la cause déterminante a été le traumatisme, ce dernier ne rentre pas dans le cadre des facteurs étiologiques, car une déchirvire rétinienne à lambeau implique la préexistence d'une adhérence avec le corps vitré et les perforations sans lambeau résultent d'un processus de raréfaction également antérieur à la secousse qui a pu les rendre perméables en déplaçant le bouchon vitréen (voy. p. 94). Il n'est pas concevable que les unes ou les autres de ces déchirures se produisent dans un œil sain par le simple eflfet d'une contusion du globe oculaire, d'un ébranlement général, d'un effort ou d'une congestion passagère de la tête. Des constatations permettant d'assimiler tel ou tel cas à un décollement idiopathique seront la preuve d'une prédisposition maladive due à l'un des nombreux facteurs étiologiques énumérés au début de ce chapitre et feront penser que, même en l'absence du traumatisme incriminé, l'œil en question aurait tôt ou tard été atteint du même genre de décollement.

La question se présente un peu différemment lorsque la prédisposition peut être mise elle-même sur le compte d'un traumatisme. Il s'agit ici essentiellement des plaies perforantes, qui, sans avoir intéressé directement la rétine, ont provoqué une issue du corps vitré ou bien son déplacement in toto d'arrière en avant par suite de l'enlèvement du cristalhn ou d'une discision capsulaire. Ces deux circonstances peuvent entraîner un décollement postérieur du corps vitré pareil à celui qui se produit spontanément dans la myopie forte ou d'autres états d'extasié oculaire (glaucome infantile). Nous avons ainsi l'une des premières conditions qui préparent le décollement idiopathique. Il importe toutefois de remarquer qu'un décollement rétinien ne fait pas nécessairement suite à toute issue du vitré (ii, p. B 31 et vi, p. 76). En s'écoulant partiellement au dehors, le vitré n'entraîne avec lui la rétine que dans les yeux où, soit une choroïdite, soit une autre cause a créé antérieurement des adhérences entre ces deux membranes. Il en est de même dans les cas oii, sans s'être écoulé au dehors du globe oculaire, le vitré a occupé la place d'un cristallin extrait ou luxé, et fait même hernie dans la chambre antérieure. Cela nous exphque que des plaies de la région équatoriale de l'œil ou des extractions de cataracte accomjiagnées d'une abondante perte de vitré puissent avoir une terminaison favorable, mais il n'importe pas moins de songer aux comphcations possibles des interventions intéressant le corps vitré. S'ils avaient pris cette précaution, les opérateurs auraient été plus circonspects dans l'apphcation du traitement de Fukala pour la myopie forte, traitement dont les résultats parfois si brillants ont été trop souvent annihilés par un décollement rétinien. Même obUgation d'individuaUser les cas pour l'extraction du cristalhn dans sa capsule ou pour la discision d'une cataracte secondaire. Toutes les interventions, en un mot, qui pourraient avoir pour effet un déplacement de la masse vitréenne. seront contre-indiquées ou ne devront être faites qu'avec beaucoup de prudence quand l'examen

ophtalmoscopique aura révélé, ou que l'on aura des raisons de soupçonner, une chorio-rétinité équatoriale. Dans l'ordre ascendant des risques qu'elles présentent, il semble que l'extraction extra-capsulaire d'un cristallin non suivie de discision soit l'intervention la moins redoutable, puis l'extraction intra-capsulaire (à supposer toutefois qu'elle n'entraîne pas plus souvent une perte de corps vitré), puis l'extraction extra-capsulaire suivie de discision. Pour cette dernière, l'emploi d'un fin couteau de Graefe paraît préférable à celui des aiguilles plus mousses, surtout à l'emploi simultané de deux aiguilles. Quant à la dangereuse manœuvre d'arrachement capsulaire, elle peut agir directement par la production d'une déchirure périphérique de la rétine (v. Czapody, 1932) ; aussi doit-elle être classée dans les traumatismes directs plutôt que parmi les causes prédisposantes du décollement rétinien.

D'après une statistique dressée par Baurmann (1929, p. 470), 99 extractions de cataracte avec perte de vitré avaient été suivies 10 fois de décollement rétinien (10 %), tandis que 931 extractions sans issue de vitré n'avaient comporté cette comphcation que 17 fois (1,8 %)• La proportion relativement grande des décollements rétiniens que j'ai eu l'occasion de constater chez des aphaques me paraît surtout marquée à la suite des extractions de cristallin pour myopie forte ou pour cataracte congénitale, et en plusieurs occasions la complication rétinienne n'était apparue qu'après une discision. J'en ai aussi observé dans un œil qui paraissait avoir été admirablement opéré par extraction intra-capsulaire, mais je n'ai pas les éléments nécessaires pour juger ici de la fréquence relative du décollement. Mânes (223), se basant sur 400 cas d'extraction intra-capsulaire, estime qu'ils comportent une proportion de décollements supérieure à celle que l'on observe à la suite des extractions extra-capsulaires.

La prédisposition des opérés de cataracte est analogue à celle que constitue la myopie en ce sens qu'elle peut rester latente pendant bien des mois ou bien des années et ne se révéler par l'apparition du décollement que sous l'influence d'une cause occasionnelle, traumatisme minime, efî^ort ou congestion passagère.

P. -S. — Arruga (254, p. 23) en rapporte un curieux exemple où le décollement se produisit simultanément dans les deux yeux à l'occasion de travaux de jardinage. Il conclut des statistiques y relatives que le décollement qui succède aux extractions du cristallin est dû moins à l'intervention elle-même qu'à la perte de corps vitré qui l'a compliquée.

Résumé du chapitre cinquième.

Les formes de décollement rétinien qui sont caractérisées par une exsudation ou transsudation d'origine choroïdienne, reconnaissent une étiologie variée mais qui, dans la majorité des cas, est facile à établir : tumeurs intraoculaires ou orbitaires, processus inflammatoires du globe de l'œil ou de son voisinage, rétinite albuminurique, stase papillaire, etc.

Les formes anatomiques les plus diverses peuvent résulter de graves traumatismes.

C'est pour le décollement idiopathique qu'il est le plus difficile de préciser le facteur ou les facteurs étiologiques qui sont en jeu. La myopie, la sénilité ou toute influence générale de nature à entraîner des troubles de nutrition dans l'uvée, se combinent dans la majorité des cas ; les traumatismes ne jouent que le rôle de cause occasionnelle à moins que leur action n'ait été de prédisposer l'œil au décollement par suite d'un déplacement de la masse du corps vitré semblable à celui qui se produit spontanément dans la myopie ou autres états ectasiques de l'œil.

P.-S. — Le Comité international d'Ophtalmologie avait mis à l'ordre du jour du Congrès de Madrid un rapport sur VEtiologie du décollement de la rétine, domaine où bien souvent les opinions personnelles remplacent les constatations positives. Il eût fallu pour traiter ce thème à l'aide d'une enquête générale plus que les deux années dont disposait le rapporteur : aussi Arruga crut devoir comprendre dans son programme l'étude de la pathogénie qui lui fournirait l'occasion de recherches directes, et c'est de ce côté que l'attention s'est surtout dirigée ; la question de l'étiologie n'a guère été traitée que par l'apport des expériences personnelles de quelques praticiens (Arruga, 254 ; Sab- BADINI, 325 ; HoRNiKER, 288) ; elle serait donc à reprendre sur les bases d'une enquête annoncée plusieurs années à l'avance et à laquelle le rapport d'ARRUGA pourrait dès à présent servir de base.

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